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Il y a quelques jours, Mme R. évoquait avec moi la promesse qu’avait dû faire son père à son grand-père mourant : s’occuper de sa mère jusqu’à la fin et ne jamais la placer en maison de retraite.
Dans l’établissement où je travaillais, je rencontrais fréquemment des fils et des filles qui avaient fait des promesses similaires à l’un de leur parent. Ne pas tenir l’engagement qu’ils avaient pris en « plaçant » le parent survivant en établissement générait une énorme culpabilité.
Rien n’est plus terrible que la parole donnée à un mort ; si nous ne la tenons pas, nous ne pourrons pas lui en expliquer les raisons et risquons de vivre avec ce remords et cette culpabilité pendant de longues années.
J’ai l’occasion régulièrement, avec des personnes que j’accompagne en psychothérapie, de vérifier les effets psychologiques désastreux du sentiment d’avoir trahi un être cher disparu.
Notre père, sur son lit de mort, nous a demandé, en allant puiser dans ses dernières forces, de bien prendre soin de notre mère et de nous occuper d’elle jusqu’à la fin…
Dans de telles circonstances, comment ne pas dire : « Oui, papa, je te le promets » ? C’est une situation extrêmement difficile et douloureuse.
Pourtant, il serait préférable de ne pas prendre d’engagement sur un avenir que nous ignorons totalement. Aussi dur que cela puisse être dans de telles circonstances, mieux vaut s’en tenir à ce dont on peut être certain.
Assurez votre père de votre amour pour lui, de votre volonté de faire tout ce que vous pourrez, mais dans la mesure de vos moyens. Malgré la meilleure volonté du monde, malgré l’immense amour que certains peuvent porter à leurs parents, qui, aujourd’hui, pourrait affirmer qu’il sera en mesure, dans 10 ans, dans 20 ans de prendre en charge son père ou sa mère ? Nous avons tous rencontré des conjoints, des fils et des filles qui sont allés bien au-delà de leurs limites pour accompagner un proche atteint, par exemple, de la maladie d’Alzheimer, et qui, pourtant, un jour, doivent se résoudre à une entrée en institution.
Certes, votre père est peut-être proche de la fin, les émotions sont intenses, mais il n’en demeure pas moins important de mesurer l’engagement que vous allez prendre.
Promettez ce qui vous paraît réaliste : vous occuper d’elle, mais dans la mesure de vos moyens, en précisant qu’il sera peut-être difficile, suivant les circonstances, de la prendre en charge jusqu’à la fin.
Répondez honnêtement que vous ne pouvez pas prévoir de quoi vous serez capable dans quelques années, même si vous l’assurez que vous ferez tout votre possible pour qu’elle soit bien.
Et si vous avez promis à votre père, aujourd’hui décédé, de ne jamais « mettre » votre mère en maison de retraite, et qu’aujourd’hui, les circonstances vous y contraignent ? Et si, de surcroît, votre mère vous rappelle vos engagements : « Tu avais promis à ton père… » Difficile de faire face, difficile de ne pas alors être envahi par la culpabilité, voire par la honte. L’estime de soi peut en prendre un coup…
Vous pouvez expliquer qu’effectivement, vous aviez promis, en toute bonne foi… Mais que vous ne pouviez prévoir l’avenir et les difficultés potentielles de façon précise, que vous ignoriez alors que l’état de santé d’une personne âgée pouvait rendre impossible le maintien à domicile ou la vie chez un des enfants.
Nous ne sommes pas coupables de ce que nous avons fait, à une époque, en toute honnêteté et sincérité. Même si votre mère ne comprend pas, dans une telle situation, il n’y a pas d’autre issue que la vérité et l’authenticité…
Ce n’est sûrement pas facile d’échapper à la culpabilité, mais le plus important est d’être au clair avec soi-même et d’assumer ses actes et ses décisions passés et présents en restant fidèle à soi-même… Vaste chantier….
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Meilleurs voeux 2008 !
CLAUDINE BADEY-RODRIGUEZ
mis à jour le 14/01/2008