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Colette Roumanoff contredit le Pr Maisondieu


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Colette RoumanoffSensibilisée aux problématiques liées à la maladie d'Alzheimer, Colette Roumanoff réagit aux théories développées par le Pr Maisondieu dans son dernier ouvrage, Le crépuscule de la raison, la maladie d'Alzheimer en question. Agevillage ouvre le débat.

"Un livre très noir sur Alzheimer
Par Colette Roumanoff

Jean Maisondieu occupe une place non négligeable dans l’univers médical Alzheimer, il prétend assoir ses démonstrations, que lui-même juge assez révolutionnaires, sur des observations purement cliniques. Il va jusqu’à dire : « Partons du principe qu’il n’y a pas de déments qu’il n’y a que des souffrants » faisant preuve d’une approche humaniste.
L’effet de ses démonstrations et de ses prises de position n’en est que plus pervers. Suite à ses observations menées avec une ouverture d’esprit apparente, Maisondieu conclue que les déments sont radicalement fous, « fous de peur », et qu’il n’y a rien à en tirer : ils ont choisi de tout oublier pour oublier qu’ils sont mortels.

Comme s’il partait de sa conclusion pour dérouler ses raisonnements, les cas cliniques sont interprétés non à la lumière de la raison mais au travers des préjugés de l’auteur sur l’existence, énoncés de manière répétée et répétitive dans son ouvrage de plus de 350 pages (5ème Edition 3ème tirage en mai 2013).
Cette belle théorie a donc 22 ans d’ancienneté et parait à beaucoup étayée scientifiquement. A quoi bon se tourmenter pour des gens qui ont choisi de vivre dans un état pathétique et d’empoisonner la vie de leur entourage ? C’est ainsi qu’arrive le message de Maisondieu aux oreilles de ceux qui sont confrontés à la maladie d’un de leur proche : « Je n’ai plus de relation avec ÇA, il a choisi sa maladie pour m’emmerder, il n’est plus rien pour moi. »

Pourtant le discours de Maisondieu est loin d’être limpide : « Les déments ont des troubles de cognition mais ils n’ont pas perdu la raison pour autant… Les prétendus déments sont des êtres-pour-la-mort conscients à leur corps défendant de la finitude des choses… Fous de peur à l’idée de perdre la vie au point de perdre la raison. »

Responsable d’un hôpital psychiatrique, Maisondieu a fait des expériences en mélangeant les patients Alzheimer et puis en les séparant, en introduisant un nouveau mode de soin, vacances au camping, sortie au restaurant.

1- Le restaurant
« Les déments ont su l’espace d’un repas retrouver les règles du savoir-vivre parce qu’ils étaient au restaurant  ».

Questions :
a) Est ce que l’environnement est plus important que le degré de pathologie pour les gens qui ont perdu mémoire et repères ?
b) Est ce que les patients font exprès de mal se conduire une fois rentrés à l’hôpital pour embêter les soignants?

Mon commentaire :
La pathologie évolue à son rythme et elle s’exprime de manière différente en fonction de l’environnement présent, le seul qui compte pour une personne qui doit fonctionner sans mémoire et sans repère. Cet exemple est la preuve qu’avec le même état de dégradation des neurones le comportement change en fonction du contexte. Un patient dont la pathologie est à un stade avancé et le contexte favorable fonctionnera mieux qu’un autre tout au début de la pathologie dont le contexte est défavorable voire invalidant.

2- Alice
Alice est décrite comme quelqu’un qui cache ses excréments derrière les radiateurs ou les enveloppe dans du papier  pour « en faire cadeau » soignants. Alice participe au séjour camping où l’on prend des photos. Quand ces photos sont projetées elle reconnait les autres participants et exprime une certaine joie et quand c’est elle qui est sur les photos, elle ne se reconnait pas.

Questions :
a) Est-ce qu’elle est capable de se rendre seule aux toilettes, à savoir les trouver, les reconnaitre et s’en servir?
b) Elle ne se reconnait pas parce qu’elle ne peut pas se voir en peinture ?
c) Elle ne veut pas se voir pour ne pas voir la mort ?
d) Parce qu’il y a très longtemps qu’elle n’a pas vu de photo d’elle ?

Mon commentaire :
Parcourir les étapes du processus cognitif concernant les toilettes et les autres objets quotidiens: 1-les trouver, 2-les reconnaitre et 3-s’en servir  ne demande  aucun effort à un individu sain. La pathologie sépare le parcours en étapes qui deviennent de plus en plus laborieuses  et nécessitent un accompagnement intelligent.
On décrète que les patients sont « déments », mais il va de soi qu’ils doivent être capables de trouver les toilettes et de s’en servir quand ils ont en besoin. Rien n’est plus faux, s’ils le pouvaient, ils le feraient et ils trouveraient et reconnaitraient bien d‘autres choses qui leur rendraient la vie plus facile. Ils sont confrontés à toutes sortes de situations pénibles concernant leur excréments dont ils ne peuvent pas se débarrasser tout seuls.
La difficulté réelle et incontournable de trouver les toilettes à partir d’un certain degré de pathologie est niée par l’institution ou la famille. Elle crée de la souffrance, de la gêne, de la honte et constitue une atteinte grave à la dignité des personnes malades.
Quand un patient est enfermé, la famille en général prend soin de disposer des photos du conjoint, des enfants ou petits-enfants. Jamais personne n’a l’idée d’accrocher dans sa chambre une photo de la personne malade. Or il faut d’abord qu’elle se reconnaisse elle-même avant de pouvoir reconnaitre les autres.
Maisondieu ajoute que les déments ne se reconnaissent pas dans un miroir. Alors comment a-t-il pu croire qu’Alice pourrait se reconnaitre sur une diapositive ?

3- Madame D
Madame D dit au médecin: « Depuis la mort de mon mari, je pense aux vers qui viendront me manger dans ma tombe. »

Questions :
a) C’est l’expression d’une angoisse « aux frontières de l’innommable » ?
b) C’est l’expression d’un esprit enfantin qui croit que les morts une fois enterrés sont encore vivants ?

Mon commentaire :
Quand il entend cette patiente, le docteur ne sait pas quoi répondre : « Il se sent conduit par elle aux frontières de l’innommable…» Il écrit que « la confrontation à l’abject » l’a laissé sans voix. L’angoisse atroce qu’il a ressentie en écoutant cette dame justifie définitivement à ses yeux sa théorie de l’oubli volontaire. Il a manqué une occasion d’apaiser la patiente en lui expliquant que dans un corps mort,  il n’y a justement pas de sensation… Il semble que c’est une chose qu’il n’a pas incorporé lui-même puisqu’il écrit : «La où il y a la vie, il n’y a pas la mort », ce qui est faux : dans un corps vivant  les cellules meurent.

4- L’angoisse collective de la mort
« La maladie d’Alzheimer n’est que l’horrible concrétion dans le cerveau de certains de l’angoisse de tous…elle soulage l’angoisse collective au prix d’une pathologie sévèrement invalidante chez certains ».
 Dans sa description de cette angoisse, le médecin va plus loin et dépasse les bornes du bon sens : « Derrière le désordre apparent des conduites démentielles, on peut déceler des intentions cachées…Le reniement et la fécalisation sont directement liés au fait que le sujet se prend en abjection. »
« Le reniement est principalement à l’origine de la non reconnaissance de soi et d’autrui… le dément n’exprime plus rien avec des mots, il n’a plus rien à dire, il est devenu rien. »
Maisondieu est intarissable sur ce qu’il appelle la fécalisation : « Les odeurs des matières fécales et des urines… Les vêtements mal fagotés, le nez morveux les chaussons mal assortis agressent les sens de visiteurs qui pénètres dans les salles ou sont rassemblées les déments…» La description est exacte mais l’interprétation discutable:
« Déchet à ses propres yeux, il se jette lui-même à la poubelle et s’aliène dans son effort pour que son corps excrément se détache de l’image dont il garde la nostalgie… tout se passe comme si les déments se salissaient à plaisir. »

On peut même lire un peu plus loin (page 233) qu’un dément urine partout « pour marquer son territoire »! Il n’est d’ailleurs pas le seul à le dire!
Pourtant l’auteur écrit (page 313) : « Les déments sont aussi capables de réagir aux ambiances, si on arrête de les considérer comme des tubes digestifs décérébrés».  Mais il y a « L’obstacle : l’horreur qui rend maladroit et distant… le refus de notre chair en présence d’une autre chair plus visiblement vouée à la mort. »

En conclusion, Maisondieu parle d’une prouesse à réaliser : celle de « reconnaitre le dément comme un semblable.» Exprimée ainsi l’idée est absurde : qui a envie d’être semblable à un dément ?
Les médecins ne peuvent pas guérir, alors au moins ils devraient expliquer que les patients sont entrés dans un processus de confusion, qui va aller grandissant. Que la confusion est normale pour eux, qu’ils réagissent en fonction de ce qu’ils perçoivent et de ce qu’ils ne perçoivent pas, qu’ils dépendent des informations que leurs neurones leur communiquent. Ils ne sont ni fous ni déments, ils ont une maladie neurologique.
Si on veut les aider il faut supprimer au fur et à mesure de l’environnent tout ce qui devient objet de confusion et donc de souffrance, en y ajouter des objets de plaisir, de satisfaction et d’affirmation de soi."

Pour en savoir plus :
Le Pr Jean Maisondieu lors du Colloque sur les approches non médicamenteuses de la maladie d'Alzheimer


mis à jour le



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Vos réactions

Psy cause

23/03/2017 07:03

Haldol est grand, et Valium est son Prozac !


J'ai été hospitalisé pour schizophrénie dans un établissement dans lequel a éxercé le dr Maisondieu. Bien qu'il n'etait pas mon psychiatre, j'ai eu une fois un rdv avec lui. Je souhaitait avoir accès à mon dossier pour essayer de comprendre ma maladie. Le dr Maisondieu a refusé. Déjà auparavant j'avais demandé à mon psychiatre traitant comment agissaient les médicaments que l'on me donnait. Il m'a répondu que ce sont des molécules. Comme dans l'air, les pattates ou les semelles de chaussures. Lorsque l'on m'a prescrit du therfluzine, j'ai voulu que l'on m'en débarasse. Mais comme mon point de vue ne valait rien, je ne suis plus retourné à l'hopital pour le suivi (Nb: le therfluzine c'était de l'halzheimer en comprimer). Heureusement que mon médecin de famille était à l'écoute de ses patients sans les prendre de haut. Il m'a mis en garde sur le risque d'arrêt de mes traitements. Mais il a entendu ma détresse avec ce therfluzine. Et c'est étape par étape que j'ai pu être débarasser de ces poisons. Il m'a fallu encore plusieurs mois pour retrouver ma concentration. J'ai pu ensuite reprendre des études en formation adulte et obtenir un diplôme universitaire. J'ai obtenu un bon emploi bien payer et j'ai gravi les echellons avec plus de responsabilités. Je me suis ensuite marié. Aujourd'hui je suis toujours schizophrène avec mes hallucinations. Mon épouse était au courant mais pas mes employeurs. Quelques temps après que j'ai arrêté le therfluzine, ce médicament a été interdit il me semble. Pour finir, le souvenir que j'ai gardé des psy ? Voir pour ça mon pseudo et le titre que j'ai donné à mon commentaire. Je pense aussi que lorsque l'ego de psy se met à décoller, avec l'âge il ne doit être plus être loin de saturne.




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