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Le concept de projet de vie en institution gériatrique

présenté pour le Master Ethique, Science, Santé et Société, Blandine Orellana-Gélain (2006-2007)

 

Introduction

En 2005, les Maisons de Retraite du Centre d'Action Sociale de la Ville de Paris (CASVP) ont été soumises à une commande de la Ville de Paris: en plus d'un Contrat de séjour qui doit être signé entre le résident (ou son représentant) et la Direction, stipulant les conditions financières, la réglementation intérieure, le nom du médecin traitant etc., il faut dorénavant faire signer un avenant sur les conditions de vie propres au résident (repas, sorties etc.) et les objectifs de son projet de vie, décrits en toutes lettres.

Le projet de vie individualisé est donc mis en place officiellement depuis Juin 2005 mais il existait déjà auparavant des dispositifs de prise en charge individualisée des résidents dans l’établissement, ces dispositifs s’inscrivant dans la démarche qualité à laquelle est tenu tout établissement d’accueil  : dossiers de soins, fiches de suivi des activités d’animation, enquêtes alimentaires… Depuis quelques années, dans le même but de recherche de qualité, existe le projet de vie institutionnel, document rendu obligatoire par une convention signée entre l'établissement et ses tutelles (préfet et conseil général), décrivant la mise en oeuvre des potentialités humaines et matérielles au service des personnes hébergées et dont l'objectif est d'améliorer leur qualité de vie au quotidien. 

De nos jours, le projet est ainsi souvent devenu une obligation juridique et nombre d'acteurs individuels ou collectifs sont mis en demeure de se lancer dans un projet par les institutions qui les encadrent. C'est une démarche qui est en train de se développer dans un certain nombre de maisons de retraite, manière d'encourager sinon de garantir à la fois la bonne qualité des prises en charge et le dynamisme d'institutions qui étaient, il y a encore peu de temps, considérées ni plus ni moins comme des mouroirs.

C'est pourquoi en Etablissement d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes, sont apparus ces derniers temps le contrat de séjour et son avenant, dans un contexte de formalisation et de traçabilité des actions de soin ainsi que de judiciarisation du monde sanitaire et social.
Dans cette conjoncture, les relations entre l'institution et ses résidents (et leur famille) ont changé, faisant de ces derniers des clients, usagers et consommateurs de services, et la contractualisation devrait permettre d'objectiver les prises en charge dans le but de les améliorer, grâce à des critères relativement précis. 

Bien qu'en accord avec le principe selon lequel toute personne peut avoir et exprimer un projet de vie personnel, nous relevons tout de même dans la commande du CASVP un paradoxe: ce projet que l’on demande à des personnes de formuler est une obligation légiférée qui apparaît comme un double message contradictoire, imposant à la personne d'avoir un projet et de s'y engager, établissant donc un contrôle sur sa liberté de pouvoir se projeter.
Cela nous paraît d'ailleurs contradictoire à plusieurs titres que nous développerons par la suite, en essayant de répondre à ces questions : quel projet de vie une personne âgée, dont les jours sont comptés et dont le périmètre d'actions est limité à une institution, peut-elle avoir ?

Comment connaître le projet de vie d’une personne qui ne peut l’exprimer, pour autant qu'elle en ait un ? Pourquoi cette nécessité de prescrire un projet de vie, de l'écrire et le signer ? Quel impact cette contractualisation aura-t-elle sur la prise en charge réelle et sur les moyens mis à disposition des résidents par l'institution ?  

Nous aborderons ces questions à travers, tout d’abord, l’étymologie du projet, avec ce qui le caractérise chez tout-un-chacun et chez les personnes âgées en particulier. Puis nous décrirons et analyserons un ensemble de projets de vie recueillis auprès de nombreux résidents en EHPAD.
Nous verrons en quoi les résultats de ce recueil dépendent des valeurs portées par les soignants et des représentations qu'ils ont de leur travail et des résidents qu'ils soignent. Nous verrons à quel point l'image que les uns ont des autres et la reconnaissance que les uns accordent aux autres influent sur la capacité d'une personne âgée à se projeter.
Car dans la société et en particulier au sein d'un établissement d'hébergement, chacun vit en fonction de ce que les autres lui laissent comme espace d'expression, de réalisation, de liberté et d'initiative. C'est en fonction de tout cela que l'on peut envisager son futur et avoir ou non un projet de vie même à un âge très avancé.

Ainsi nous élargirons notre champ d’investigation à la société civile toute entière, à l’image qu’elle renvoie de ces personnes âgées et à la place qu’elle leur réserve, qui a certainement des répercussions sur leur façon de définir leur projet de vie, c’est-à-dire de se projeter dans le temps qu’il leur reste à vivre.           

Nous essayerons enfin de comprendre pourquoi l'on s'intéresse aujourd'hui en ces termes à la fin de vie de ces personnes très âgées et souvent handicapées, dans une société hyper-individualiste qui, malgré tout, prend conscience de ses insuffisances et pose la question de la réhabilitation de ses valeurs perdues.


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Blandine Orellana-Gélain
mis à jour le 06/12/2007

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