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Edito : Bienvenue à Zombieland


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Annie de VivieJ'ai deux adolescents à la maison qui adorent les BD, les films sur les zombies, les morts vivants. J'ai découvert que la série Walking dead battait des records d'audience dans le monde.
Quelle ne fut pas ma surprise en lisant le livre de Fabrice Gzil de le voir comparer les malades Alzheimer à ces zombies.

Malades incurables, dépendants des années sans mourir, ayant perdu la tête... Ces malades se dépersonnalisent et sont l'expression de nos angoisses d'hommes modernes, branchés, hyperactifs.

Alors entrer en unité Alzheimer en maison de retraite, ce serait "Bienvenue à zombieland (pays des zombies *)" ?

Oser poser la question est salutaire.

Tout d'abord pour éviter de tomber dans le piège de l'épuisement, seul face à la maladie. Celle-ci nous entraîne vers l'indifférence et l'abandon. Prendre conscience de nos peurs, de nos représentations est un début de réaction positive. Pour mettre des mots sur nos ressentis, trouver de l'aide, et garder un regard d'humain à humain, de citoyen à citoyen avec ces personnes (nos frères) malades.

Malgré les progrès dans le prendre soin, l'architecture, l'accueil hôtelier, l'image des maisons de retraite reste très négative dans la société. On y entre sans vraiment y consentir, elles sont chères, et ce sont encore souvent des lieux de soin, moins des lieux de vie (chers au label Humanitude).

Oser parler de Zombieland peut permettre aux équipes professionnelles de s'interroger sur leurs projets d'établissement, les moyens afférants, les pièges du quotidien (très bien décrits par Carine Beaufils, la banquière devenue animatrice en EHPAD : Etablissement pour personnes âgées dépendantes, dans son livre préfacé par Mme Delaunay).

Non, les malades Alzheimer ne sont pas morts. Malgré notre souhait "inconscient" de ne plus les voir, ils sont là, bien vivants, debouts, avec nous. Ils nous percutent avec leurs difficultés, leurs vécus du quotidien, leur mémoire défaillante, souvent poétiquement. Véritables éponges émotionnelles, ils ressentent immédiatement l'ambiance chaleureuse ou électrique que nous mettons en oeuvre.

Savoir prendre soin d'eux, c'est aussi savoir prendre soin de nous. Pour ne pas nous aussi nous transformer en morts-vivants, automates, malheureux de la qualité de notre accompagnement, de notre travail.

Un enjeu individuel mais surtout collectif pour ne pas transformer toute notre société en Zombieland.
La future loi d'adaptation de la société au vieillissement ne doit pas l'occulter.

(*) film comédie



mis à jour le



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Vos réactions

NICO

11/03/2014 11:03

Médecin


ah,comme je suis heureux de vos remarques...Nous avons un peu travaillé la question du mort-vivant (Maisondieu) et du zombi autour de Louis Ploton, et nous avons débusqué à maintes reprises des allusions inconscientes à ce fantasme très présent. Par exemple, les phrases de déments que nous trouvons si expressives et poétiques peuvent réveiller chez le néophytes énormément de tel fantasme, j'ai à votre disposition un court power point qui pourrait vous intérresser. J'ai aussi fait une lecture à travers ce miroir du mort-vivant d'une exposition itinérante proposée aux EHPAD par un établissement de Rhones-Alpes. Et enfin je vous recommande la lecture d'un ouvrage "petite histoire des zombis" qui analyse très précisément le rapport de notre société avec ces représentations. tout ceci pourrait servir de base à des articles plus approfondis...Vous pouvez me passer votre adresse mail si vous voulez que je vous envoie ces éléments, de mon côté je serai très intéressé de re-travailler là dessus...
Bien cordialement, N Rullière (hopital local de Pont de Veyle)



mcbh

11/03/2014 11:03

Brava Annie !


Très bel édito ! la grande capacité émotionnelle des personnes atteintes d'Alzheimer, c'est une vraie piste pour ajuster nos comportements et entrer en relation avec elles. Je ne l'ai découvert que bien trop tard avec ma propre mère aujourd'hui décédée. En changeant ses points de référence, il est possibles de ne plus s'épuiser mais au contraire de puiser à la source d'un état mystérieux de l'esprit. Cela peut même devenir de la poésie en acte comme vous l'écrivez si bien. C'est ce que décrit admirablement Christian Bobin dans son recueil poétique "La Présence Pure" à propos de la maladie de son père. Je souhaite un très grand courage et une belle ouverture à ceux qui traversent ce qui reste quand même une épreuve de force. Mc




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