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Avec les souhaits de bonne année, s’achève la période des fêtes. Nostalgie pour certains, lorsque les fêtes sont synonymes de retrouvailles familiales longuement préparées, de joyeux moments, de plaisirs, de surprises, de rires d’enfants… Soulagement pour d’autres, lorsque la solitude, la complexité des situations familiales, les relations conflictuelles sont de mise.
Noël, tout en restant un des rares rituels collectifs qui a survécu à travers le temps, est une fête ambivalente par excellence. Noël reste le symbole privilégié de son appartenance à un groupe familial. Cette fête nous rassure : elle nous inscrit dans une lignée et resitue la place de chacun dans un réseau de parenté. Mais Noël exacerbe aussi les tensions et situations conflictuelles, entre les membres de la famille. En nous ramenant inéluctablement à notre enfance, la fête fait souvent ressurgir les blessures anciennes, les émotions enfouies, les frustrations, les jalousies, les sentiments contradictoires, les non-dits.
Les personnes âgées sont, à ce moment-là, souvent en proie à la tristesse du souvenir des Noëls d’antan, à la solitude, même lorsque leurs proches viennent passer un moment ou la journée avec eux le jour de Noël.
Pour elles, les fêtes sont fréquemment l’occasion d’une augmentation de la tristesse : nostalgie des temps qui ne sont plus, sentiment de solitude, mais aussi de ne plus occuper leur place dans le réseau de parenté. Pour les personnes vivant en établissement, les réunions familiales, dans bon nombre de cas, se tiennent désormais souvent sans elles.
Je me souviens particulièrement des Noëls que Monsieur A passait dans l’établissement où je travaillais. Une dizaine de jours avant, son humeur commençait à s’assombrir et les larmes lui venaient souvent aux yeux. Il me racontait alors les Noëls dans sa maison. La famille arrivait en nombre, certains devaient dormir dans le foin de la grange. Il me décrivait la joie ambiante, l’affairement devant les fourneaux, les menus de fête, les treize desserts provençaux, l’agitation qui s’emparait de la maison. Une grande émotion se dégageait de ses souvenirs.
Pour les familles et proches, les choses ne sont pas simples non plus. Les grands parents sont souvent les organisateurs de la fête. Mais la confusion règne lorsqu’on se retrouve avec 4 ou 5 générations. Qui va organiser Noël ? En invitant qui ? Chez qui va-t-on passer Noël ? Lorsque les familles sont disséminées, conflictuelles, recomposées, les choses sont très compliquées.
Quoiqu’on fasse, on risque de blesser quelqu’un, de culpabiliser : certains de nos proches souhaitaient qu’on soit avec eux, nos parents vont se retrouver seuls parce que, cette année, on avait promis aux beaux parents qui habitent loin d’être avec eux…
Quant à vos parents très âgés en institution, il n’est peut-être plus possible qu’ils sortent pour venir chez vous, ou vous êtes invités avec vos enfants et vos petits-enfants… Vous savez que, pour eux, ce sera peut-être particulièrement difficile…
Pas de Noël sans négociation ni concession. Pas de Noël sans frustration des uns ou des autres. Qu’on le veuille ou non, les enjeux d’amour sont au centre: « Si tu passes Noël avec eux, c’est que tu les préfères à moi »…
Les enjeux sont parfois tellement importants qu'aujourd’hui, certains préfèrent ne pas se réunir, ni « marquer » les fêtes par des repas particuliers.
Alors, essayez de tirer les enseignements des fêtes de cette année. Comment se sont-elles passées ? Avez-vous le sentiment que certains de vos proches ont été blessés ? Vous êtes-vous senti coupable ? De quoi ? Quand avez-vous décidé de l’organisation de ces fêtes ? Qui a décidé ? Laissez-vous sentir si tout cela vous a convenu. Sinon, demandez-vous ce qu’il aurait fallu pour vous, pour que les choses se passent au mieux.
Pour l’année prochaine, promettez-vous de penser aux fêtes suffisamment à l’avance pour ne pas vous laisser piéger par des propositions auxquelles vous répondez « à la va vite », sans suffisamment prendre en compte l'ensemble de la situation et surtout sans vous laisser sentir ce qui est bon pour vous.
Exprimez vos envies, vos souhaits. Prévoir les choses de bonne heure permet de mieux préparer les personnes avec qui vous ne passerez pas Noël et d’examiner avec elles comment elles peuvent s’y prendre pour que la fête soit assez satisfaisante pour elles. Rassurez vos proches avec qui vous ne passerez pas les fêtes : vous les aimez, mais il y a aussi d’autres membres de votre famille que vous aimez. Expliquez-leur ce qui est important pour vous, bref, sachez affirmer vos désirs et assumez-les !
On ne peut pas toujours satisfaire tout le monde, on ne peut pas rendre tout le monde heureux, et le bonheur de nos proches ne repose pas que sur nos épaules.
Plus généralement, prenez du temps pour sentir ce qui est bon pour vous, du temps pour négocier avec vos envies parfois contradictoires, pour composer avec votre culpabilité en sentant ce que vous pouvez faire pour la diminuer… Mieux on est avec soi-même, plus on prend en compte nos propres besoins, plus on est authentique, mieux on aime les autres…
Ce seront mes vœux pour l’année à venir : épanouissement personnel et sérénité… Tout un apprentissage !!
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CLAUDINE BADEY-RODRIGUEZ, psychologue en EHPAD, auteur de « La vie en maison de retraite » - Albin Michel, 2003
mis à jour le 15/01/2008