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Comment conserver, sauvegarder son intimité quand on est soumis aux regards multiples et permanents de l'autre ? L'âgé a-t-il encore droit à son intimité ? Etre sollicité profondément dans sa psyché, est-ce acceptable ? Ne peut-on parler de risque de maltraitance ? Ces questions sont difficiles à aborder au sein des institutions.
"Nicolas Lépine offre au lecteur la garantie d'un espace de pensée et de questionnement et n'hésite pas à provoquer pour cela. C'est la qualité fondamentale du chercheur qui interroge l'évidence et introduit du débat dans les certitudes . Il bouscule la tranquillité et le confort de ce qui va de soi." écrit dans sa préface le Pr. Jacques Gaucher, psychologue clinicien.
L'ouvrage en effet propose un parcours de réflexions, d'hypothèses et de recherche de sens au travers des trois parties qui le composent dans une articulation étroite entre réflexion et pratique. S'adressant à l'ensemble des acteurs de l'institution concernés, il propose des "garde-fous" permettant de préserver la dignité de la personne et de garantir au mieux la cohérence éthique des professionnels concernés.
Dans une première partie qui distingue le sexuel et le sexual, l'auteur aborde le concept de sexualité dans son aspect psychosomatique puis la question de la sexualité dans le grand âge. En institution, et c'est là un premier pas vers la maltraitance, il est vident qu'aucune intimité n'est préservée pour les personnes âgées, affirme-t-il. "Il ne faut pas négliger non plus le fait que ces jeunes soignants ont une dimensions séductrice pour ces adultes âgés et qu'ils en font apparemment complèteent abstraction dans le rapport qu'ils ont avec les pensionnaires (en fait il serait plus juste de dire qu'ils sont sur ce sujet un mécanisme typique de dénégation, c'est à dire qu'il perçoiventle désir qu'ils suscitent chez l'autre âgé, mais qu'ils s'interdisent en revanche de voir dans le vieux un être désirant". S'appuyant sur le fait que des établissement en Australie, aient ouvert leurs portes à des prostituées, l'auteur dénonce en quelque sorte l'organisation gérontologique qui "bafoue" la pudeur et interdit toutte intimité, ne la tolèrant que très difficilement et uniquement sur un mode +animal+".
il introduit ainsi le concept de maltraitance qu'il convient ainsi à être pensé en référence à celui de sexualité parce que les deux notions font référence à des normes morales incertaines et parce qu'elles reposent sur des non dits lourds dze conséquences.
La seconde partie de l'ouvrage traite de la maltraitance. L'auteur rappelle les différents aspects reconnus de la maltraitance (violence, négligence, abus ..). Points de vues théoriques, indique l'auteur, qui apporte l'hypothèse selon laquelle, "dans le prendre soin, le concept de maltraitance, sur le modèle du concept de castration a une dimension structurante et fondatrice (en négatif bien sûr);de l'identité soignante". Il déplore toutefois que dans les démarche de bientraitance, s'il s'agit pour les cadres de recenser les éventuelles situations de maltraitance, personne ne pense à interroger les résidents. L'auteur insiste sur la notion de prendre soin et tend à démontrer que "les meilleurs soignants sont ceux qui sont, ni trop, ni pas assez, mais suffisemment bons".
Prédominence féminine chez les soignants et chez les résidents, notion de tendresse "prétenduement conséquence d'une libération émotionnelle du soignant" font, selon l'auteur, que la question de la sexualité infiltre celle de la maltraitance.
La transgression, le sujet de la troisième partie de l'ouvrage, est abordée à partir du mythe de Prométhée "héros du renoncement à la jouissance", selon Freud" . Pour l'auteur la transgression correspond à ces +petits manquement à la règle+ à ces +tricheries+ à ces petits +plus qui donnent du sens à l'acte de soigner. Ainsi Nicolas Lépine invite à se poser la question de savoir si bien soigner les vieillards ne relève pas de la transgression? "Transgression de la consigne implicite qui prescrit de ne laisser vivre les grands vieillards handicapés qu'à condition de les priver de toute intimité, de tout désir, bref de toute vie !"
L'ouvrage est traité à partir de sources bibliographiques d'une extrème variété allant de Paul Ricoeur à George Bataille et à Boris Cyrulnick en passant par Jean Maisondieu, Yves Gineste & Jérôme Pellissier, Christian Bobin, Paul Watzlawick, Claude Levi-strauss, Fausto Petrella, sans oublier Louis Ploton, Jean Laplanche, Bernard Ennuyer ...
Nicolas Lépine est docteur en psychologie clinique ; il est chargé de cours à l'université. Avant tout professionnel de terrain, il exerce depuis plus de vingt ans à plein-temps comme masseur-kinésithérapeute auprès de personnes âgées. Ce double éclairage sur le monde de la gérontologie lui permet d'avoir un point de vue original sur la réalité de la prise en charge actuelle du grand âge.
FG
mis à jour le 03/03/2008