AGEVILLAGE
Actualités Fin de vie
imprimer l'actualité envoyer l'actualité

Des formes d'euthanasies se pratiquent dans l'ombre

La loi Léonetti doit être connue et soutenue pour être appliquée

La loi Léonetti sur la fin de vie permet  d'abréger les souffrances, mais des euthanasies illégales se pratiqueraient en  France dans l'ombre.

"Il y en aurait entre 10.000 et 15.000 par an", lance Jean-Luc Romero,  président de l'Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité (ADMD). Côté praticiens, que l'on soit pour ou contre l'euthanasie, on admet que la  médecine ne peut pas lutter contre toutes les douleurs, ni résoudre la totalité  des situations de fin de vie.

Par crainte des dérives, donner délibérément la mort en faisant une piqûre  ou en aidant à boire un cocktail mortel sont interdits en France. La loi Léonetti de 2005 permet aux médecins d'administrer des traitements  anti-douleur pour soulager la souffrance, même si cela abrège la vie du malade  en "phase avancée ou terminale d'une affection grave et incurable", à condition  d'en informer le malade, la famille ou un proche.  Mais la frontière peut être ténue entre ces gestes. "Parfois, on ne peut  plus contrôler la souffrance physique et morale d'un malade incurable. On y va,  sans se retenir avec la sédation, et il meurt endormi", raconte un  cancérologue.

Peu de praticiens, pour l'instant, témoignent à visage découvert. Le Dr Bernard Senet (Vaucluse), membre de l'ADMD, reconnaît avoir pratiqué  des euthanasies à la demande de malades. Il lui est arrivé d'aider quelqu'un à partir "avant l'heure "naturelle". Au  fils des années, ce médecin généraliste indique avoir été "hors-la-loi une  trentaine de fois" en utilisant "plutôt des anesthésiants", comme la morphine ou  le pentothal.  Pour lui, les médecins devraient avoir le courage de reconnaître ces  pratiques pour que la loi évolue.

Egalement généraliste, Christelle, 58 ans, a constaté au cours de sa  carrière que ses confrères avaient eu à faire des euthanasies "en leur âme et  conscience. "J'en ai fait moi-même", a-t-elle témoigné jeudi sur France Inter,  en dénonçant l'"énorme hypocrisie professionnelle et sociale vis-à-vis de cette  question". Elle juge d'une "cruauté terrible" de rejeter ce problème sur les  familles.

Jean, qui exerce dans le sud, avoue avoir, avant 2005 et par peur,  laissé le fils d'un patient en fin de vie se débrouiller tout seul avec les  ampoules de morphine et quelques conseils pour mettre fin à l'agonie de son  père, comme ce dernier l'avait souhaité. Le Comité national consultatif d'éthique (CCNE), dans un avis sur la  question, évoquait en 2000 "le voile d'hypocrisie et de clandestinité qui  recouvre certaines pratiques". Il avançait alors l'idée d'"une sorte d'exception  d'euthanasie", en réponse à une demande d'assistance médicale au suicide, sans  cependant réclamer la dépénalisation.

L'Ordre des médecins, qui mène une réflexion à ce sujet, préfère pour sa  part parler d"'assistance médicale à la mort délibérée". Didier Sicard, président d'honneur du CCNE, se dit "prêt à ce qu'on affronte  réellement ces situations sans se cacher derrière un voile d'ombre". "Il ne faut pas non plus se cacher derrière une certaine hypocrisie", a-t-il  ajouté sur France Inter, en évoquant ces situations où l'on donne un médicament  qui raccourcit de façon certaine la durée de vie. Mais nombre de médecins rappellent aussi qu'il faudrait d'abord remédier à  l'insuffisance des soins palliatifs en fin de vie, pour réduire des demandes  d'euthanasie motivées par des douleurs qui ne sont pas soulagées. Le rapport de Marie de Hennezel  de fin 2007 sur l'application de la loi Léonetti pointe un manque de services et surtout d'informations et de formations des médecins sur la loi.


BC-AdV
mis à jour le 25/03/2008

imprimer l'actualité envoyer l'actualité


Retour vers la liste des actualités pour ce sujet: Fin de vie