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Tribune : la fracture horizontale


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Un court texte a récemment été publié ici à propos de la fracture verticale. Je poursuis ma réflexion sur les césures du monde de l’accompagnement des personnes âgées en envisageant une autre divergence potentielle.
 
Bernard PradinesEcoutons ce qui se dit dans les congrès de professionnels qui accompagnent les personnes âgées. Lisons les éditoriaux policés de nos revues spécialisées.

Prêtons à présent l’oreille au bruissement ou à la clameur venant des réunions d’échange et de transmission rassemblant les professionnels de terrain. Lisons leurs écrits sur les réseaux sociaux et leurs commentaires sur les sites et sur les blogs.
 
Comment ne pas être frappé par la cohabitation de deux extrêmes ?
 
D’une part un discours élaboré empli d'interrogations se voulant humanistes. Elles nous entretiennent de ce cher immortel Hippocrate, d’immanence, de dignité ontologique intangible, etc.

Ici, pas de dissimulation sous des pseudonymes. Au contraire, l’exposition est de rigueur ; c’est à celle ou à celui qui sera le plus connu pour la finesse et l’originalité de son propos. Il convient de publier dans les revues les plus renommées, de communiquer dans les congrès les plus cotés, voire de publier un ouvrage. En principe, pas de faute d’orthographe ni d’anomalie d’accord du participe passé. A l’occasion, l’imparfait du subjonctif ne sera pas banni. S’exprimer en anglais, tout au moins afficher que l’on comprend cette langue, est une exigence qui prend ostensiblement les apparences de la banalité. Il n’est pas interdit de faire un détour sémantique par les langues mortes, surtout grecque et latine, qui sont à l’origine de notre melting pot lexical.

D’autre part, pour reprendre les termes exacts d’une aide-soignante parmi mes correspondants, une réalité quotidienne exprimée comme des gifles.

Je n’en peux plus. J’en ai marre. Je suis pressée comme un citron. Certaines le supportent ; pour ma part, je quitterai ce secteur dès que je le pourrai. Les noms d’oiseaux fleurissent au rythme de la fatigue quotidienne faite des tracas domestiques conjugués au sentiment de non-reconnaissance professionnelle. Le tout couronné par une augmentation inédite des exigences des familles des patients ainsi que des employeurs envers les soignantes. Mari ou compagnon, enfants, métro, voiture, boulot avec charges physiques, financières et psychologiques, tout s’accumule. Sans compter que je ne serai pas remplacée en cas d’incapacité temporaire ou que je serai appelée de manière impromptue si une collègue est absente.
 
Comment comprendre cette différence, ce gap pour utiliser un mot à la mode ?

Voici mes hypothèses :

  • les capacités d’expression sont inégales entre celles et ceux qui ont effectué de longues études supérieures et les autres.
  • les origines sociales diffèrent fortement dans l’ensemble, par exemple entre les aides-soignantes et les médecins. Ces derniers doivent légitimement s’appuyer sur une vision humaniste. Donner un aspect éthique à toute observation de la cruelle réalité est un détour obligatoire.
  • le temps manque à celles et à ceux qui ont le « nez dans le guidon ».
  • les acteurs du terrain ne sont pas généralement ceux qui formulent les concepts dominants. 
  • un agent hospitalier ayant peu d'ancienneté peut avoir peur des foudres de ses supérieurs car le devoir de réserve et la discrétion professionnelle sont des outils efficaces pour rendre taiseux. D’où les pseudonymes.
  • la parole est traditionnellement validée pour des catégories professionnelles déterminées telles que les administrations, les médecins ou les cadres de santé.
  • les lieux d’expression sont distincts, les discours ne sont pas dans l’exigence de se rejoindre. 
 
Ma conclusion se fera sur le mode optimiste. La situation décrite ci-dessus est mouvante. De plus en plus souvent, même si ceci est trop timide, la parole est donnée à des professions trop longtemps reléguées au rang d’exécutrices. Poursuivons !


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