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"S'occuper des personnes âgées, ce n'est pas juste gérer la toilette du matin", se désole Stéphanie Orain, directrice d'une maison de retraite médicalisée près de Limoges, en regrettant le manque d'intérêt des jeunes personnels médicaux pour les métiers dits du grand âge. La pénurie d'infirmiers, de médecins coordonnateurs, d'aide-soignants, d'assistants familiaux ou d'animateurs est criante dans de nombreux établissements, alors que les pouvoirs publics estiment à 400.000 le nombre d'emplois qui devront être créés d'ici 2015 dans le secteur des services et des soins aux personnes âgées et handicapées.
Dans les allées du premier "Salon des métiers du grand âge" qui s'est tenu à Paris les 10, 11 et 12 avril 2008, hôpitaux, maisons de retraite, services à la personne, agences d'interim, et ANPE (Agence nationale pour l'emploi) assurent éprouver de grandes difficultés à recruter des jeunes dans ces domaines, malgré des besoins en personnels qualifiés qui vont augmentant. Maeva Nubul, responsable dans un cabinet de recrutement à Paris, l'Appel Médical, explique, par exemple, que "depuis novembre, 12 postes d'infirmières pour personnes âgées en CDI ne trouvent pas preneuses sur plusieurs départements".
Selon elle, les infirmières sont "de plus en plus exigeantes, au niveau des horaires, des salaires, et ce dès la sortie d'école alors que la demande est de plus en plus forte en maison de retraite". La mauvaise image dont souffrent ces métiers est liée à des conditions de travail difficiles, des salaires peu élevés, et le manque de perspectives d'évolution de carrière. Certain(e)s appréhendent tout simplement le contact avec des personnes âgées et dépendantes, dont l'évolution et les progrès sont souvent inverses à ceux d'un bébé rieur. Evelyne Lartigau, cadre de santé à l'hôpital Emile Leroux en banlieue parisienne, reconnaît une "charge émotionnelle et psychologique très forte" à travailler avec les personnes âgées et comprend que cela puisse "rebuter".
Mais pour elle, il faut montrer aux jeunes qui "souvent, préfèrent la petite enfance" que les personnes âgées "apportent également énormément en retour" et qu'on a "du plaisir à travailler auprès d'eux". A 20 ans, Mélaid, titulaire d'une mention complémentaire d'aide à domicile trouve "gratifiant" d'aider les personnes âgées, souvent "très seules", dans leur quotidien. Hortense, 38 ans, à la recherche d'un emploi d'aide-soignante en maison de retraite dit "se sentir utile": "A domicile, on accomplit des tâches quotidiennes comme la toilette ou le ménage et on les accompagne en faisant de la lecture ou des jeux de société, on sent que notre présence leur plaît".
C'est là tout l'enjeu pour les années à venir. "Il faut valoriser nos métiers, développer les vocations", explique Mme Orain qui regrette que "beaucoup de jeunes s'orientent vers nos établissements seulement parce qu'il y a du travail alors qu'on a besoin qu'ils y viennent par passion". Pour elle, il est essentiel d'obtenir les moyens d'éviter "l'épuisement professionnel" dans des structures qui travaillent à flux tendus pour que les jeunes n'assimilent plus leurs stages en gériatrie à une "expédition punitive".
Les groupes d'établissements présents : Dolcéa, Les Jardins de Cybèles, les associations AREFO-ARPAD (valorisant les métiers des résidents accueuillis), le groupe Médica-France (et son vivier de candidatures Medi CV) rivalisent de propositions pour attirer les candidats : directeurs d'établissements, médecins coordonnateur, infirmières, aides-soignantes notamment
Cette valorisation passe par une prise de conscience des pouvoirs publics, pourtant absents sur le salon.
Les établissements et services ont besoin de moyens pour répondre aux objectifs qualité, aux normes, aux attentes des clients, de leurs familles, des professionnels.
La question de l'équisement de soignants a été posée. Elle interroge l'image de ces métiers, la qualité des managements au sein des structures, l'intérêt propre de chaque professionnel pour ces vieilles personnes. Les formations initiales et continues ont été débattues. Elles vont nécessiter une meilleure adéquation entre la théorie et les réalités de terrain. L'agence régionale de l'hospitalisation d'Ile de France propose des Tuteurs pour accompagner les futures infirmiers ou aides-soignants dans leur formation, pour leur premier poste.
"Pour changer le regard sur le vieillissement, pour oser parler de la mort, il faudra proposer de réfléchir à ces questions dès le plus jeune âge, dès l'école", insiste Annie de Vivie fondatrice d'Agevillage, sur le Forum Géroscopie. Par des actions inter-générations construites et pérennes, des initiatives comme le Prix Chronos : Grandir-Vieillir (prix de littérature pour la jeunesse orchestré par la FNG : fondation nationale de gérontologie).
JD - AdV
mis à jour le 14/04/2008