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Fin de vie
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Que faut-il en penser de la proposition de loi relative à l'assistance médicalisée pour mourir ?
(Ndlr : Texte de M. Jacques MÉZARD et plusieurs de ses collègues, déposé au Sénat le 31 juillet 2012).
Il ne FAUT en penser que ce que notre conscience nous dicte.
Je soumettrai deux éléments de réflexion :
1. Pour les personnes conscientes, je rappelle que nous ne sommes pas en Irlande et que le suicide n'est pas répréhensible en Fance. Et quand on sait "l'efficacité" du suicide de nos aînés, on ne voit pas l'intérêt d'une telle proposition... sauf en regardant bien l'article 5 troisième alinéa : quand c'est le docteur qui me suicide, je suis considéré comme pas victime d'homicide (encore heureux), mais surtout comme "pas suicidé" (décédé de mort naturelle) et donc mes assurances décès vont pouvoir être versées à mes ayant droit, ce qui ne serait pas le cas si je me suicidais "seul"...
2. Pour les personnes inconscientes ou incapables de communiquer au moment de l'application de leurs directives anticipées, la situation est évidemment plus complexe. Tellement que la proposition "oublie" que des soins palliatifs peuvent aussi bénéficier à ces personnes. Et que dire de la resonsabilité de la (ou des) personne(s) de confiance, qui vont avoir à décider de mettre en oeuvre - ou pas - les directives anticipées. Parce que là, la personne qui a rédigé les directives ne peut plus révoquer ce qui fut son choix, mais qui devient le leur !
Ma position est donc de promouvoir l'application de la loi Léonetti, jusque dans son extrémité, à savoir les traitements antalgiques et sédatifs au risque du décès anticipé (contrairement à ce que prétend l'exposé des motifs de cette proposition) : je cite le texte de loi du 22/04/ 2005: "Si le médecin constate qu'il ne peut soulager la souffrance d'une personne, en phase avancée ou terminale d'une affection grave et incurable, quelle qu'en soit la cause, qu'en lui appliquant un traitement qui peut avoir pour effet secondaire d'abréger sa vie, il doit en informer le malade, sans préjudice des dispositions du quatrième alinéa de l'article L. 1111-2, la personne de confiance visée à l'article L. 1111-6, la famille ou, à défaut, un des proches". Cette disposition n'est pas assez appliquée. Appliquons-la donc, et nous verrons se réduire comme peau de chagrin les demandes de "mort médicalement assistée".
Et si, dans certains cas extrêmes, notre conscience nous enjoint de dépasser les limites de la loi, entourons-nous des précautions suffisantes pour que nos actes (ce pluriel signifie pour moi qu'il ne peut s'agir d'une décision individuelle mais bien de l'expression de l'accord d'un patient et/ou de ses proches et/ou de l'ensemble des soignants) puissent être compris par tous, y compris par d'événtuels magistrats instructeurs.
Enfin, quelle ironie de placer ce texte sous l'autorité de Sénèque, qui a pris une décision courageuse s'il en est : il s'est suicidé, certes avec l'aide de ses serviteurs (est-ce là la "mort assistée" modèle ?), pour obéir à l'ordre de celui qui avait été son élève et était devenu l'empereur fou qu'on connaît : Néron. Ci-dessous une traduction à peu près acceptable du récit de cette mort par Tacite.
"Ensuite le même fer leur [sa femme voulait mourir avec lui, Néron l'a fait empêcher] ouvre les veines des bras. Sénèque, dont le corps affaibli par les années et par l'abstinence laissait trop lentement échapper le sang, se fait aussi couper les veines des jambes et des jarrets[...]comme le sang coulait péniblement et que la mort était lente à venir, il pria Statius Annéus, qu'il avait reconnu par une longue expérience pour un ami sûr et un habile médecin, de lui apporter le poison dont il s'était pourvu depuis longtemps, le même qu'on emploie dans Athènes contre ceux qu'un jugement public a condamnés à mourir. Sénèque prit en vain ce breuvage : ses membres déjà froids et ses vaisseaux rétrécis se refusaient à l'activité du poison.
Enfin il entra dans un bain chaud, et répandit de l'eau sur les esclaves qui l'entouraient, en disant : "J'offre cette libation à Jupiter Libérateur." Il se fit ensuite porter dans une étuve, dont la vapeur le suffoqua. Son corps fut brûlé sans aucune pompe il l'avait ainsi ordonné par un codicille, lorsque, riche encore et tout-puissant, il s'occupait déjà de sa fin."
Certes Sénèque s'était procuré de la cigüe (comme beaucoup de citoyens romains à l’époque, et nous ne savons pas si c’était pour se l’administrer ou pour en faire « profiter » quelqu’un). Certes il s'était - en bon stoïcien - préoccupé "de sa fin". Mais ce qu’il « avait ainsi ordonné par un codicille » , sa directive anticipée en quelque sorte, concernait son cadavre !
Dr Renaud Marin la Meslée
mis à jour le 27/08/2012
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Vos réactions
3 réactions affichées dans cet article
Pierre : Administrateur EMERA
Je trouve le Dr Marin La Meslée remarquable d'humanité, de prudence et de culture.
le 03/09/2012 à 11:09
Commentaire modéré par l'administration du site 03/09/2012 à 11:09
philmed : médecin coordonnateur
Attention à ne pas dénaturer la loi : c'est l'intention qui compte. Augmenter les antalgiques autant que nécessaire pour soulager la douleur, oui ; pour déguiser un acte euthanasique, non.
le 28/08/2012 à 15:08
Commentaire modéré par l'administration du site 28/08/2012 à 16:08
jmk77 : euthanasie
La loi Leonnettie appliquée répondra aux attentes de tous, alors que l'euthanasie autorisée aura des dérives...La vie est sacrée et sauf à vouloir réduire le défficit de la SS et des caisses de retraite l'euthanasie n'a pas lieu d'être surtout que dès qu'on approche réellement de malades on se rend compte qu'ils ne veulent pas souffrir mais qu'ils ne veulent pas forcément mourir, mais espèrent toujours un miracle...La vie est un mystère, ne jouons pas les apprentis sorciers!
le 28/08/2012 à 08:08
Commentaire modéré par l'administration du site 28/08/2012 à 09:08
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