Agevillage
  >   Actualités  >     >   Tribunes du Docteur Bernard...

Tribunes du Docteur Bernard Pradines

Anesthésie générale et Maladie d'Alzheimer : où en sommes nous ?


Partager :

Comme médecin anesthésiste-réanimateur (avant d’être gériatre), la question me fut souvent posée par les familles de la relation entre l'anesthésie générale (AG) et le déclenchement de la maladie d’Alzheimer (MA).
 
L’AG serait-elle causale, déclenchante, révélatrice ou aggravante ? La théorie dominante penche pour la participation de l’AG aux deux dernières hypothèses.
 
En effet, il existe une suspicion, sans preuve, du rôle néfaste de l’anesthésie générale du fait d’une symptomatologie post-opératoire fréquente chez les personnes âgées : états confusionnels, délires, hallucinations, altérations cognitives, aggravation d’une pathologie démentielle. Quant à eux, les chirurgiens et autres opérateurs peuvent être tentés de répondre sommairement à une famille interrogative que l’intervention s’est bien passée mais que l’anesthésie générale a provoqué ces troubles.
 
En fait, les résultats des études sont contradictoires, tant il est difficile de faire la part de l’anesthésie générale, de la pathologie ayant nécessité l'intervention, du stress, de l’inflammation, de l’hypothermie ou de l’insulinorésistance (Chen et al, 2014) (El Khoury et al, 2014) ou encore simplement de l'hospitalisation.
 
Toutefois, depuis 2007, une équipe canadienne (Papon et al, 2011) a progressé dans la compréhension d’un élément spécifique : l’hyperphosphorylation de tau sous l’influence de l’AG ajoutée au principal facteur confondant représenté par l’hypothermie. Les anesthésiques volatils sont particulièrement suspects. Toutefois, ces études instructives n’ont été menées que chez la souris.
 
Faisant le point des recherches en cours en septembre 2014, Hussain (Hussain et al, 2014) indique qu’une future étude devrait inclure un échantillon suffisant, évaluer la cognition préopératoire, utiliser des tests neuropsychologiques standardisés à la fois pour la série de patients sous AG et pour la série témoin (sans AG), utiliser éventuellement les biomarqueurs et la neuroimagerie pour déterminer la charge amyloïde et les stigmates de la MA.
 
En somme :
 
Dans l’attente d’études bien conduites à la lumière des progrès récents en matière de démences, si l’AG est inévitable, elle doit être pratiquée du fait du risque plus important lié à la pathologie en cours. Sinon, le recours à une anesthésie loco-régionale peut être envisagé dans les seules situations qui la permettent, bien que son éventuelle relation avec la MA n’ait pas été explorée. A mon avis, il ne faut pas négliger le stress représenté par le fait d’être conscient sur la table d’opération, surtout chez un patient souffrant de troubles cognitifs. Dans tous les cas, tous les facteurs multiples favorisant un état confusionnel seront recherchés et corrigés.

Pour aller plus loin
Maladie d'Alzheimer et anesthésie générale, un autre coupable ?
Dr Bernard Pradines

Sources :
 
Chen Y, Run X, Liang Z, Zhao Y, Dai CL, Iqbal K, Liu F, Gong CX. Intranasal insulin prevents anesthesia-induced hyperphosphorylation of tau in 3xTg-AD mice. Front Aging Neurosci. 2014 May 30;6:100. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4038959/pdf/fnagi-06-00100.pdf
 
El Khoury NB, Gratuze M, Papon MA, Bretteville A, Planel E. Insulin dysfunction and Tau pathology. Front Cell Neurosci. 2014 Feb 11;8:22. doi: 10.3389/fncel.2014.00022. eCollection 2014. Review. http://journal.frontiersin.org/Journal/10.3389/fncel.2014.00022/full
 
Hussain M, Berger M, Eckenhoff RG, Seitz DP. General anesthetic and the risk of dementia in elderly patients: current insights. Clin Interv Aging. 2014 Sep 24;9:1619-1628. eCollection 2014. Review. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4181446/pdf/cia-9-1619.pdf
 
Papon MA, Whittington RA, El-Khoury NB, Planel E. Alzheimer's disease and anesthesia. Front Neurosci. 2011 Jan 31;4:272.http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3034231/


mis à jour le



LIRE AUSSI

LES LIENS UTILES

Forum Agevillage : Vivre avec la maladie d'Alzheimer


Vous-même ou une personne de votre entourage souffre de la maladie d’Alzheimer : comment organiser le quotidien, aujourd’hui, demain ?

Modérateur :
Bernard Pradines, gériatre français en retraite, ayant exercé dans le service de Soins de Longue Durée du Centre Hospitalier d'Albi de 1991 à 2010 répond à vos interrogations.



Partager :


Vos réactions

guillet

15/09/2015 09:09

Medecin coordonnateur


je confirme les propos de b pradines suite à l etude faite en 2013 pour mon memoire de capacite sur la fin de vie . plutot que promulguer une nouvelle loi il aurait ete plus judicieux de faire connaitre la loi de 2005 et mettre en oeuvre son application à tous les niveaux de prise en charge



fl

11/09/2015 18:09

BEAU TEXTE


très beau texte de Bernard Pradines à la fois explicatif et engagé



Constance

13/09/2014 08:09

L'Arche de Noé


Travaillant au sein d'un SSIAD, pas besoin de sortir de Polytechnique pour déduire l'importance des animaux de compagnie présents au domicile des personnes âgées.
Les choses, il est vrai se compliquent quand une personne âgée rentre en EHPAD.
La question de l'animal de compagnie en EHPAD renvoie inéluctablement à la question du degré d'autonomie de son propriétaire, en d'autres termes peut- elle s'occuper de son animal?
Quelle(s) articulation(s) une structure peut- elle mettre en place pour suppléer le jour où cela devient nécessaire le degré de dépendance de son maître? Une conviction. Une structure ne peut en aucun cas demander à deux catégories de salariés (Agents/ AS) de prendre en charge seuls, les problèmes éventuels d'hygiène que la présence des animaux engendrerait.



antilope

04/07/2014 11:07

ehpad(suite)


Pour faire suite a mon commentaire :je viens de lire sur mon journal quotidien
ETUDE MINISTERIELLE : 160 000 poste seront créés (aide à domicile ) hausse de 2,6% par an....
Nous ne sommes peut être pas encore prêt pour la disparition des ehpad ,mais on y va !!!! Donnons le choix aux familles ,en leur apportant plus d'aide pour le maintien au domicile ..... Mettre la loi en application ; consentement de la personne même sous tutelle pour l'entrée en établissement( loi de 2009 )!!!!



antilope

01/07/2014 15:07

ehpad


Je me trompe peut être ! Mais si 80% des plus de 80 ans sont en bonne santé ! 20% ont des pathologies plus où moins grave ! Sur ces 20% = 10% sont dans des établissements , 10% à domicile ! Il suffirait de permettre en donnant des moyens pour plus de maintient au domicile, et les ehpad se videront. EHPAD hors murs !!!! Dans le département où je suis , des ehpad ont des places libres .... Pourquoi ne pas reconnaitre comme famille d'accueil un enfant qui prendrait un parent chez lui ?




Réagir à cet article :

* ne sera pas affiché


HAUT DE PAGE

© Eternis SA -