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Tribunes du Docteur Bernard Pradines

Non, les maisons de retraite ne sont pas des camps de concentration ! Tribune libre de Bernard Pradines


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Bernard PradinesUn écrit par ci, un thème de mémoire par-là, une intervention ou des allusions dans un colloque ou un séminaire. Les institutions d’hébergement et de soins pour personnes âgées seraient des camps de concentration. Pas moins ! Au pire, nous en serions les gardiens, au mieux les conducteurs de la locomotive qui amène les résidents vers leur funeste destin.

Argument grossier, né de la culpabilité collective du « placement » en contrainte et de l’angoisse d’y être soumis ? Peut-être, mais plus difficile à démonter qu’il n’y semble à premier vue. D’autant que la notion de mouroir, aussi imprécise soit-elle, a ouvert la voie vers des qualificatifs encore plus radicaux : invoquée si souvent sans considération pour l’Histoire, la deuxième guerre mondiale aurait donc le présent et l’avenir devant elle. Première analogie : ce sont des lieux de regroupement où l’on se retrouve un jour sans l’avoir souhaité. Deuxième analogie : nous mourons de plus en plus souvent un EHPAD ou en SLD, des lieux concentrant de nombreux décès. Pour appuyer ses arguments, une de mes correspondantes me confia qu’un ancien déporté souffrait d’une résurgence de sa captivité.

Pourtant il y a loin des analogies à l’amalgame. Nos résidents ne sont pas venus dans nos établissements pour leurs convictions, leurs orientations politiques ou religieuses, leur origine ethnique ou leurs préférences sexuelles. L’intention et la réalité ne sont pas de les faire travailler comme des esclaves, voire de les tuer par le travail. Ils ne sont pas exilés manu militari loin de chez eux, séparés de leur famille, soumis à des conditions inhumaines, à un sort totalement incertain, à la menace de punition par la torture et par la mort, à une survie aléatoire parfois au dépens d’autrui. Que je sache, ils n’y sont pas systématiquement exterminés par familles entières comme cela fût le cas par exemple lors de la Shoah par balles ou à Birkenau.

Soyons sérieux : tout au plus devons-nous plutôt réfléchir aux bouleversements sociétaux liés à la professionnalisation massive auprès de la vieillesse depuis un demi-siècle, à l’effondrement partiel mais significatif du rôle familial « artisanal » laissant place à l’industrialisation du secteur, au déplacement coutumier du lieu de la fin de la vie. Il y a déjà tant à faire pour améliorer cette réalité. Qui plus est, comment pourrions-nous laisser entendre à nos continuateurs qu’ils ont sous les yeux un exemple de camp de concentration dans l’observation d’une maison de retraite ? Cette forme outrancière de relativisme n’est-elle pas, in fine, le faux nez d’une sorte de révisionnisme ?

Pour contacter Bernard Pradines
www.geriatrie-albi.fr


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Bernard Pradines, gériatre français en retraite, ayant exercé dans le service de Soins de Longue Durée du Centre Hospitalier d'Albi de 1991 à 2010 répond à vos interrogations.



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Vos réactions

guillet

15/09/2015 09:09

Medecin coordonnateur


je confirme les propos de b pradines suite à l etude faite en 2013 pour mon memoire de capacite sur la fin de vie . plutot que promulguer une nouvelle loi il aurait ete plus judicieux de faire connaitre la loi de 2005 et mettre en oeuvre son application à tous les niveaux de prise en charge



fl

11/09/2015 18:09

BEAU TEXTE


très beau texte de Bernard Pradines à la fois explicatif et engagé



Constance

13/09/2014 08:09

L'Arche de Noé


Travaillant au sein d'un SSIAD, pas besoin de sortir de Polytechnique pour déduire l'importance des animaux de compagnie présents au domicile des personnes âgées.
Les choses, il est vrai se compliquent quand une personne âgée rentre en EHPAD.
La question de l'animal de compagnie en EHPAD renvoie inéluctablement à la question du degré d'autonomie de son propriétaire, en d'autres termes peut- elle s'occuper de son animal?
Quelle(s) articulation(s) une structure peut- elle mettre en place pour suppléer le jour où cela devient nécessaire le degré de dépendance de son maître? Une conviction. Une structure ne peut en aucun cas demander à deux catégories de salariés (Agents/ AS) de prendre en charge seuls, les problèmes éventuels d'hygiène que la présence des animaux engendrerait.



antilope

04/07/2014 11:07

ehpad(suite)


Pour faire suite a mon commentaire :je viens de lire sur mon journal quotidien
ETUDE MINISTERIELLE : 160 000 poste seront créés (aide à domicile ) hausse de 2,6% par an....
Nous ne sommes peut être pas encore prêt pour la disparition des ehpad ,mais on y va !!!! Donnons le choix aux familles ,en leur apportant plus d'aide pour le maintien au domicile ..... Mettre la loi en application ; consentement de la personne même sous tutelle pour l'entrée en établissement( loi de 2009 )!!!!



antilope

01/07/2014 15:07

ehpad


Je me trompe peut être ! Mais si 80% des plus de 80 ans sont en bonne santé ! 20% ont des pathologies plus où moins grave ! Sur ces 20% = 10% sont dans des établissements , 10% à domicile ! Il suffirait de permettre en donnant des moyens pour plus de maintient au domicile, et les ehpad se videront. EHPAD hors murs !!!! Dans le département où je suis , des ehpad ont des places libres .... Pourquoi ne pas reconnaitre comme famille d'accueil un enfant qui prendrait un parent chez lui ?




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