Il se fait d’énormes efforts pour mieux répondre aux besoins et aux souhaits des aînés et de leurs familles. La réforme du CAFDES, visible, n’est qu’une partie, nécessaire mais insuffisante dans le souci général de bien faire car le travail d’un dirigeant d’établissement ou de service est composé de multiples facettes.Le rôle administratif est lourd et pas toujours bien ressenti par les personnes qui se sont engagées dans ce métier par conviction, désireuses avant tout du bien-être de nos aînés. Faire face aux obstacles réglementaires dont on reconnaît en même temps l’utilité, décrocher subventions et aides, jongler avec les fournisseurs, équilibrer recettes et dépenses tout en disposant d’un personnel suffisant et qualifié, ces tâches et bien d’autres dévorent un temps que beaucoupvoudraient occuper autrement. Beaucoup de directeurs et de directrices avouentleur frustration de ne pouvoir se libérer davantage pour être plus attentifs àla vie quotidienne, voir comment les gestes, les paroles, les repas, les événements de chaque jour peuvent se transformer en moments de plaisir et mettre uneâme dans la maison. La tentation est parfois grande de démissionner devant la grosse machine de l’administration ou la moyenne machine de l’organisation, de s’en laver les mains et de se contenter de faire honnêtement un travail qui ne remette pas en question les habitudes.Voilà pourquoi la compétence nécessaire à un dirigeant va bien au delà du savoir, de l’acquisition de connaissances et de techniques. Un diplôme ne suffit pas et une formation n’est jamais définitive. Au savoir, il faut ajouter le savoir faire et le "savoir faire faire", le savoir proposer, motiver, stimuler, le savoir communiquer et le savoir être sans lequel tous les autres savoirs sont désincarnés.
Face à l’alourdissement des handicaps des résidents, la rareté des ressources etc., le travail en équipe est une nécessité. La concertation, difficile, est indispensable. Mais, ce travail en équipe est exigeant, on en sort avec des cicatrices. Car il ne s’agit pas seulement de partager l’information. Encore faut-il faire en sorte que l’intervention de chacun tienne compte de celle de ses collègues, que les informations reçues influencent les décisions et modifient les comportements. Si l’on en croit les témoignages des dirigeants, le temps libéré pour écouter les résidents est moins un problème d’organisation que le fruit d’un travail d’équipe.
Si les "ressources humaines" accaparent la majorité des budgets d’un établissement, ce sont elles qui "tiennent le fort", qui contribuent à la création du climat. Superviser le personnel ne consiste pas seulement à vérifier les tâches matérielles mais à peaufiner la qualité de ses relations avec les résidents.Accompagner une vieille personne, encourager ses efforts, prendre en charge ce qu’elle ne peut plus faire : tout cela exige des personnels qu’ils re-choisissent presque chaque jour ce travail et se gardent intéressés.Le dirigeant doit donc aussi développer des antennes ultra sensibles aux signaux d’alarme. Il est une oreille attentive pour le personnel et donne un sens au travail de chacun afin qu’il ne perde pas de vue ce pour quoi ou ceux pour qui il travaille. Un directeur sait revaloriser les gestes simples du quotidien qui ne sont pas de simples gestes : un bain, un réglage de fauteuil roulant, un menu, un médicament distribué, un sourire, un mot prononcé d’une voix douce donne vie à la personne. Pouvoir s’asseoir régulièrement avec son directeur et quelques collègues pour prendre ensemble du recul par rapport à l’immédiat, voilà où conduit une relation de confiance qui s’établit au fil des mois entre les personnes qui travaillent dans l’établissement.
Autre charge du dirigeant : conserver l’enthousiasme, donner la capacité de se décoller de la routine quotidienne pour élaborer ou soutenir des projets qui sortent de l’ordinaire. Briser la grisaille tout en ajustant au mieux les attentes du personnel au potentiel des résidents demande attention et un grain de folie. Mais, en général, les retombées de ces expériences valent largement l’énergie investie.Car le désarroi des personnes âgées et de leurs familles est une maladie contagieuse dont il faut se protéger et protéger son personnel. Rien de plus normal que de se sentir impuissant devant la souffrance morale de certaines personnes, dépassé par l’ampleur de la tâche, incapable de toujours répondre de façon adéquate aux multiples besoins. Comment permettre aux résidents d’avoir chacun leur rythme de vie quand ils sont 80 ou plus ?Il s’agit de se faire confiance et d’avoir confiance dans la capacité collective d’une équipe à influencer les pratiques .Et il y a les familles, qui souffrent quand elles ont un parent ou un conjoint qui vieillit mal. Les proches ont besoin d’un soutien moral. Tous ceux qui sont en contact avec les familles ont pour tâche de leur accorder du temps, pour les écouter, pour leur avouer aussi qu’ils partagent leurs peurs. Cela fait du bien à un fils, une épouse de s’entendre dire que son inquiétude est liée à l’amour qu’il porte à son parent. Les familles ont faim d’être tranquillisées, acceptées comme elles sont, entre leur sentiment de culpabilité et leur désir d’être libérées. Elles espèrent qu’on respecte leurs souffrances, leurs secrets, qu’on pardonne leurs mauvais côtés et qu’on mette en valeur les bons.Certes, il peut y avoir loin de la coupe aux lèvres, du vouloir à sa réalisation dans le quotidien. Il n’empêche, diriger un établissement de retraite, prendre soin de vieilles personnes en perte d’autonomie est un dur et beau travail. Accompagner des personnes qui vivent la dernière partie de leur vie, assurer une présence auprès de personnes aux prises avec leurs inquiétudes, leur ennui, leur désarroi, parfois leur confusion est un travail qui requiert certes des connaissances livresques et techniques pointues mais aussi des aptitudes et des attitudes dictées par des qualités de cœur.Qu’on se le dise et qu’on le fasse savoir accompagner des personnes qui vivent une étape importante de leur vie, la dernière, est un travail noble, presque un privilège.
Agevillage
mis à jour le 15/01/2007
Lire le reste de l'article :
1)
3) Le CAFDES
4) Le témoignage d’une directrice
5) Le témoignage d’une résidente
6) Directeur : fiche de poste
Retour vers la liste des articles pour le dossier : Formations - Métiers