A partir du 1er juin 2004, Météo France fournira au public une nouvelle carte de vigilance consacrée à la caniculeet aux « vagues de chaleur ». Cette carte de « vigilance canicule » ne pourra cependant être produite que quelques jours à l’avance. A l’heure actuelle, ancun modèle de prévision météorologique ne peut dire, plusieurs mois à l’avance, si l’été sera chaud ou non, encore moins prévoir une canicule.
A partir du 1er juin 2004, Météo France fournira au public et aux médias une nouvelle carte de vigilance consacrée à la canicule et aux « vagues de chaleur ». Ce nouveau service viendra s’ajouter aux cinq vigilances météorologiques déjà existantes (vents forts, fortes précipitations, orages violents, neige-verglas et avalanches)La carte de « vigilance canicule », que vous retrouverez cet été sur vos écrans de télévision, dans vos journaux ainsi que sur le site de Météo France (www.meteo.fr) comporte4 couleurs destinées à marquer le degré de vigilance qui s'impose.Niveau 1 (vert) : Pas de vigilance particulièreNiveau 2 (jaune) : Soyez attentifs si vous pratiquez des activités sensibles au risque météorologique ; des phénomènes habituels dans la région mais occasionnellement dangereux (ex. mistral, orage d'été) sont en effet prévus ; tenez-vous au courant de l'évolution météorologiqueNiveau 3 (orange) : Soyez très vigilant ; des phénomènes météorologiques dangereux sont prévus ; tenez-vous au courant de l'évolution météorologique et suivez les conseils émis par les pouvoirs publics.Niveau 4 (rouge) : Une vigilance absolue s'impose ; des phénomènes météorologiques dangereux s'intensité exceptionnelle sont prévus ; tenez-vous régulièrement au courant de l'évolution météorologique et conformez-vous au conseils ou consignes émis par les pouvoirs publics.La carte est un exemple de ce qu’aurait pu être une telle carte si elle avait existé le 10 août 2003 lors du troisième et dernier épisode de la terrible et meurtrière canicule de l’été dernier.Le communiqué du 17 février 2003 de Météo-France et de l’Institut de Veille Sanitaire (InVS), qui ont commencé à travailler ensemble dès août 2003 pour améliorer la prévention et la prévision des éventuels futurs évènements caniculaires, indique que « le dispositif […] reposera sur les prévisions de Météo-France associées à l’utilisation d’un indicateur biométéorologique spécifique permettant d’identifier les phénomènes de forte chaleur présentant un risque sanitaire majeur. »
Un « indicateur canicule », associant températures maximales, minimales et humidité de l’air, ainsi que des seuils critiques arrêtés pour chacune des grandes régions climatiques françaises ont été définis grâce à une étude consistant à correller des données de mortalité fournies par l’Insee avec des données climatologiques de Météo-France portant sur les périodes du 1er juin au 31 août de 1977 à 2003.Lorsque pour un phénomène prévu, un ou plusieurs seuils critiques régionaux de l’indicateur canicule seront atteints ou dépassés durant plusieurs jours, Météo-France déclenchera un « avis de canicule » et présentera l’information sur la carte accompagnée d’un « bulletin de suivi » qui précisera les températures maximales et minimales prévues par région et la durée du phénomène de forte chaleur, ainsi que des conseils de comportement élaborés par l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (INPES).Le communiqué de Météo France et de l’InVS précise également que « les mesures de prévention seront établies par les autorités sanitaires dans le cadre des plans d’action canicule, à destination notamment des populations les plus sensibles (personnes âgées, enfants, malades souffrant d'affections respiratoires ou cardiovasculaires).» Ainsi « le niveau orange avertira la population qu'un risque sanitaire la menace » explique Jacques Manach, directeur adjoint de la prévision à Météo France.Le seuil d’alerte déclenchant le niveau orange (niveau 3) pour les minima de température est de 18°C pour le nord-ouest de la France, de 21°C pour la région parisienne, et de 23°C le long de la Méditerranée. Pour les maxima, le seuil est de 29°C sur les côtes de la Manche, de 31°C pour la région parisienne, et de 36°C pour le Sud-Ouest, le sud de la vallée du Rhône, avec un maximum relatif sur le Massif Central.Le niveau rouge (niveau 4) sera activé uniquement si les vagues de chaleur perdurent et s’étendent à l’ensemble de la France.Par exemple, si un tel outil avait été mis en place avant l’été 2003, le niveau d’alerte rouge aurait été déclenché les 7 et 8 août.
Cette carte de « vigilance canicule » ne pourra cependant être produite que quelques jours à l’avance. Les modèles de prévision du temps à court terme ARPEGE (global) et ALADIN (à domaine limité) de Météo France sont en effet limités respectivement à 5 et 3 jours : le compromis central se situe entre rapidité et fiabilité des calculs. La simulation (modélisation) des nombreux processus physiques en jeu, dont les interactions complexes sont représentées sur le schéma ci-dessous, est fortement dépendante des conditions initiales. Comme l’atmosphère possède un caractère chaotique, sa prévisibilité théorique se limite à 2 ou 3 semaines au plus. Par exemple, un déplacement de 1 cm dans l'atmosphère peut en une journée s'étendre sur 10 km et en 2 semaines sur tout le globe.En dépit de l'amélioration constante des prévisions météorologiques réalisées avec les modèles numériques, il a fallu se rendre à l'évidence de l'impossibilité de fournir des prévisions précises au-delà d'une certaine limite. Cette limite de prévisibilité pratique tient à plusieurs raisons : la nature non linéaire des équations d'évolution (Lorenz, 1969), les imperfections des modèles numériques censés simuler l'atmosphère réelle, enfin les incertitudes inhérentes aux mesures effectuées pour déterminer l'état initial. Aussi l'approche scientifique consiste-t-elle, compte tenu de notre connaissance de l'état initial et de ses incertitudes, à prévoir pour une échéance donnée la distribution des diverses valeurs prévues et les probabilités qui leur sont associées. On ne parle alors plus de prévision déterministe mais de prévision probabiliste.La possibilité de faire fonctionner les modèles numériques d'atmosphère sur de très longues périodes permet également d'envisager leur emploi pour réaliser des prévisions à des échéances allant du mois à la saison (prévision saisonnière). Dans ce type de prévision, il ne s'agit pas de prévoir l'occurrence ou la position de tel ou tel phénomène météorologique, mais plutôt de prévoir des écarts par rapport à une moyenne climatologique. Il devient alors nécessaire de prévoir l'évolution de la température de surface de la mer ; celle-ci peut être prévue, soit à l'aide de méthodes statistiques, soit grâce à un modèle simulant la circulation océanique et couplé au modèle atmosphérique. (Météo France)
Des chercheurs ont étudié l'efficacité des modèles de prévision saisonnière européens et américains appliqués avant la canicule. Ils estiment, en conclusion de leur travaux, qu'il n'est pas possible de prévoir à coup sûr les vagues de chaleur dans nos régions (sous les tropiques, l’absence de saisons rend l’affaire plus facile). La canicule « met en jeu de nombreux mécanismes atmosphériques et océaniques et la prévision d'un tel événement exige des modèles couplés plus évolués que ceux actuellement utilisés » . L’observation de certains signaux avant la canicule de 2003, tels que des anomalies de température sur l'océan Atlantique nord et un déplacement marqué de l'équateur météorologique vers l'hémisphère Nord constituent cependant des indicateurs intéressants qui, si leur lien avec la canicule est confirmé par les recherches, permettront peut-être d’anticiper davantage les évènements afin que des catastrophes humaines telles que nous avons connues en 2003 ne se reproduisent plus. La prévision à court terme (1-5 jours) des canicules est donc possible et le système d’alerte mis en place par Météo France et l’InVS permettra, espérons-le, de gérer plus efficacement une éventuelle nouvelle canicule. Même si les prévisions à plus long terme ne sont pas encore à l’ordre du jour, on ne peut s’empêcher d’imaginer que l’été pourrait être encore bien (trop) chaud, compte-tenu du contexte de réchauffement global et de la sécheresse (facteur amplificateur des vagues de chaleur) actuelle dans certaines régions, due aux faibles pluies de l’hiver 2003. En Ile-de-France, Champagne-Ardenne, Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte-d'Azur, le déficit hydrique est "quasi général", constate Météo France. "Dans ces régions, la sécheresse s'installe et peut devenir préoccupante. Si l'absence de précipitations perdure au printemps, la situation de sécheresse sera identique à celle de 2003". S.F.
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Sébastien Freudenthal
mis à jour le 22/02/2007
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