AGEVILLAGE

Réconcilier Hygiène et confort : le pari de l’unité d’hygiène de l’hôpital de St Denis

L’Hygiène au service du confort des résidents

Colette BRUNELAgevillage a interviewé Colette Brunel, cadre supérieure Hygiène au Centre hospitalier de St Denis (93).
Le CH de St  Denis regroupe deux sites de part et d’autre du Stade de France  :
- L’hôpital d’aigu Delafontaine avec le plateau technique, les consultations et la maternité de 3 000 accouchements par an
- l’hôpital Casanova : 397 lits spécialisés en gériatrie (USLD, EHPAD, SSR) sur un site classé près du parc de la légion d’Honneur et de la basilic St Denis.

Elle y a fait toute sa carrière : infirmière puis IBODE, école des cadres, 10 ans à la stérilisation centrale (matériels de blocs) avant de diriger depuis 1993 l’Unité d’Hygiène en accord avec le CLIN (Comité de Lutte contre les Infections Nosocomiales).

  • Quelles ont été les étapes, les enseignements majeurs de votre implication sur le champ de l’hygiène ?

Colette Brunel : le recensement des infections nosocomiales a été une étape décisive pour la prise de conscience des personnels, des médecins. L’évolution des réflexions et des pratiques a une incidence directe sur le nombre de ces infections. Les chiffres font partie du bilan d’activité

Mais les effets se font aussi sentir ailleurs :
Les médecins ne prescrivent plus de traitements lourds systématiquement. Une réflexion en équipe a lieu pour évaluer chaque cas et chaque traitement. La diminution de la prescription des antibiotiques est sensible. L’isolement de la personne âgée infectée était autrefois la norme, avec ses conséquences difficiles pour une personne âgée (solitude, fin des relations). Les équipes sont maintenant plus averties, elles savent appeler les experts pour évaluer la situation et réagir à bon escient.
La diminution des infections urinaires est elle aussi, sensible. En effet les sondes urinaires, difficiles à manipuler,  mal entretenues, sont devenues de plus en plus rares, au point que l’on peut parler aujourd’hui d’une réelle prévention de l’incontinence (avec protections adaptées).
- L’hydratation des personnes âgées est devenue une préoccupation réelle de soignants qui constatent qu’un patient bien hydraté réagit mieux. Les protocoles ont ainsi évolué au fil des années. Aujourd’hui en cas de canicule, nous n’hésitons pas à perfuser avec douceur (sous cutanée) les résidents de 22 heures à 6 heures. Ils s’éveillent alors du bon pied.

  •  Concernant les produits pour l’incontinence, en quoi les services TENA vous ont été utiles ?

Colette Brunel : pour monter l’appel d’offre sur ces produits, nous avons été amené à tester les 50 lots du marché (alèses, surblouses, couches bébé, gants de toilette, produit incontinence etc.), avec les équipes de l’hôpital.
Nous avons découvert à quel point les procédures étaient mal connues.
Les actions de formation et de suivi de TENA ont été primordiales.
En 1996 nous avons ainsi lancé notre première journée Incontinence qui a permis aux équipes médicales et paramédicales de revenir sur des pratiques, protocoles…

Mais chaque année, il s’agit de remettre le métier sur l’ouvrage. Les équipes évoluent, l’absentéisme est réel : problèmes des transports, gardes d’enfants…

Chaque année, nous sommes amenés à refaire diverses formations pour stimuler à nouveau.

Les formations sur les produits incontinence, les process et procédures, sont animées par les équipes de formateurs TENA mais aussi avec un représentant de l’hôpital. Car selon moi, l’accompagnement de l’incontinence fait partie des soins.

Les supports de formation sont :
- des ateliers (avec jeux de rôles autour d’un lit)
- des interventions en IFSI  (Institut en soins infirmiers)
- des journées de formation aux produits (reconnaissance des produits, de leur absorption, pose, dépose…)

La sensibilisation grandit sur ce thème. Les aides soignantes et infirmières tendent à éviter l’incontinence en travaillant sur la rééducation des résidents (conduite aux toilettes, petites protections…). Les résident peuvent alors retrouver une vie normale : sortir, voir leur famille…

Les résultats des équipes sont comparés entre services, ce qui crée une certaine émulation.

  •  Quels ont été les freins rencontrés pour les nouveaux produits, protocoles, notamment pour les changes de nuit ?
Colette Brunel : l’incontinence ne faisait pas partie des centres d’intérêt et de réflexion des soignants. Leur souci reste de guérir le malade. Or en long séjour, il s’agit surtout d’apporter du confort, de soulager la souffrance.

Des protections souvent trop grandes, trop importantes au regard des besoins, n’interpellaient personne. Par ailleurs, les résidents estimaient parfois qu’ils payaient et « en voulaient pour leur argent » (grandes protections par exemple).
Il a fallu beaucoup d’explications, de communications avec les familles, pour convaincre du bien fondé de nouvelles protections plus adaptées. (Le coût de ces produits au retour à domicile a éclairé les portefeuilles.)

Physiologiquement, on sait aujourd’hui que la personne âgée urine plus la nuit.  Les organisations du travail ont donc été revues.
Les protocoles de soins se sont individualisés, cas par cas, résident par résident.
A l’arrivée de l’équipe de nuit vers 22-23H,  les changes ont lieu, sauf auprès des résidents qui dorment  et qui bénéficient de changes adaptés. A 5 heures, le rechange est proposé.

Chaque équipe dispose d’un référent incontinence qui veille au respect des protocoles individualisés et réévalués régulièrement, à la proposition de la bonne taille de protection (et non la grande taille systématique), à l’accompagnement aux toilettes.

  • Avant de partir en retraite (active au sein d’associations humanitaires), quel rêve avez-vous ?

Colette Brunel : Ce rêve, je suis en train de le réaliser. Nous mettons la dernière main à la rédaction d’un support pour la prévention et le traitement des escarres.
A partir de réunions avec des médecins, infirmières, aides soignantes, référents escarres, mais aussi à partir d’une enquête de prévalence de juin 2006 à juin 2007, de nouvelles approches seront déclinées :
- le bon produit (pansement) au bon moment avec la pharmacie
- les horaires, toilettes et protections incontinence adaptées
- la nutrition et l’alimentation seront à l’honneur avec le service diététique, mais aussi ergothérapie
- la marche sera proposée
- des aides techniques seront proposées (matelas) avec le service technique.
Tous ces produits auront bien sûr reçu l’aval du service économique.

Je mesure le chemin parcouru et les besoins à venir pour mon successeur !


Propos recueillis par Annie de Vivie - Agevillage
mis à jour le 30/03/2007

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