Passer du possible au droit de vivre chez soi, quand les aléas de la vie, la situation sociale ou familiale, le vieillissement…. sont des compagnons de vie : des points d’éclairage.
DU NEUF AVEC DU VIEUX : UNE INSCRIPTION DANS LE 20ème SIECLE
L’on pourrait croire, de la vision des médias que le développement des services aux personnes découvre le phénomène ; or c’est très tôt dans le 20ème siècle, et ce, dès 1920 que les premiers services d’aide à domicile ont été créés, en direction des familles en difficulté.Les personnes âgées et les personnes handicapées vivaient dans leurs familles, quelques-unes trouvaient une place dans les hospices tant décriés, mais qui ont pour autant permis à bien des personnes un accueil qui nous interroge tant d’années plus tard sur la place des exclus.
Le temps et la conviction d’hommes et de femmes, de congrégations religieuses, appuyés par les plans d’action préconisés par le rapport Laroque ont permis de couvrir assez largement le territoire de service d’aides aux personnes âgées, puis aux personnes handicapées ; chemin faisant, les soins à domicile sous toutes leurs formes se sont développés.
Le 20ème siècle a été le témoin de cette inscription ; le 21ème a fait savoir qu’il était là avec son avalanche de réformes allant jusqu’à la transformation profonde de ce champ d’activité qui ne sera plus jamais ce qu’il fut, mais qui pour autant est ancré dans une histoire qui fait sens !
Ces grandes réformes s’articulent autour de plusieurs axes : les diplômes professionnels, la formation, les conditions d’emplois et de rémunération, l’aménagement et la réduction du temps de travail constituent autant de mots qui pèsent lourd dans la mise en œuvre. Les avancées de la loi sociale et médico-sociale et l’inscription des services à domicile dans son champ accompagnées de la redéfinition des champs de compétence poussant vers la décentralisation constituent une révolution de l’approche de ces services.
Pendant ce temps, les grandes prestations sociales vont bon train : l’allocation personnalisée à l’autonomie en 2001 destinée à couvrir les besoins des personnes âgées dites dépendantes (un million de bénéficiaires !), la loi pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées en 2005 destinée à permettre aux personnes en situation de handicap une place ordinaire dans la vie avec un système de compensation.Pour bouster tout cela, le plan de développement des services aux personnes encourage le développement de ces services et débouche sur la mise en place d’un secteur concurrentiel entre services et opérateurs sans précédent !
Ca va mieux en le disant ! Mais au bout du compte, pendant ce siècle, comment ont évolué les populations ?
UNE DEMOGRAPHIE EN MOUVEMENT, UNE MODIFICATION DE LA STRUCTURE DE LA POPULATION PAR AGE
Le 20ème siècle a découvert ses vieux, le 21ème siècle en a peur !
L’allongement de la durée de la vie est une incroyable découverte ; on est passé en 100 ans de l’époque où l’on mourrait à la naissance de son premier petit enfant à l’époque où cinq générations se côtoient.On a gagné 30 ans en 100 ans, ce n’est pas rien ! C’est un phénomène sans précédent à vivre ensemble entre toutes les générations ; et puis, ça fait des nombres : 12 millions de personnes sont âgées de plus de 60 ans en 2005, soit 2 personnes sur 10 ; en 2050, il y en aura deux fois plus, et trois fois plus pour les plus de 75 ans, et 5 fois plus pour les plus de 85 ans ! On va s’arrêter là !
Alors, il y a des conséquences bien entendu : il y a la dépendance (seulement pour 20% des personnes âgées, on ne le sait pas assez !). La prévalence des grandes pathologies (Alzheimer, cancer….) et la fin de vie, celle qui mérite d’être accompagnée.
Mais il y a aussi de la vie, de l’inter-génération, de l’entraide et de la solidarité, de l’activité économique créée… ô combien par notre secteur !
Et puis, il y a des personnes handicapées, et de plus en plus, parce qu’elles veulent vivre parmi les autres, et ça se voit, parce que, elles aussi vivent longtemps et vieillissent avec leur handicap, parce que aussi, contrairement au siècle passé, elles survivent à leurs parents. Bien présentes dans la société, les personnes handicapées revendiquent une expertise de leur propre situation, mais aussi une adaptation du système social ; là encore, cela entraîne des conséquences : il faut adapter les technologies, penser cette place dans la société, adapter le travail, l’école, la culture…, et aussi comprendre que chacun est porteur de différences et de différence d’approche.
Les personnes malades ne sont pas en reste ! Désormais, l’hôpital soigne ! La maladie et les malades seront accompagnés à domicile. Ca va vite, ces évolutions là, et il s’agit pour les professionnels du domicile de prendre la mesure rapidement de ces transformations profondes. Et les familles dans tout ça ? Elles sont là et bien là les familles, elles sont même lourdement mises à contribution ; mais avec ces générations qui s’empilent, chacun ne va pas pouvoir s’occuper de tous les autres…. Il va falloir y penser, surtout quand la mobilité géographique s’en mêle ! Et puis les familles ou les familiers, il faut aussi les aider à aider et surtout leur permettre d’être pour les leurs ce qu’ils sont dans le lien initial, en confiant aux professionnels ce qui est de l’ordre des actes techniques et du soutien tel qu’il peut être prodigué par un corps professionnel dédié à cet effet. Ca pose des questions sur ce que nous voulons !
SOLIDARITE, HUMANITE, ETHIQUE… QUELLE SOCIETE VOULONS-NOUS ?
Que voulons-nous pour les humains que nous sommes, collectivement et individuellement ?
> face au nombre croissant de personnes concernées par des besoins d’aide, de soins et d’accompagnement ;
> face aux modes de vie et au choix du lieu de vie, du domicile, à l’institution, à la rue pour d’autres ;
> face à la variété des situations aux noms évocateurs de démence, de psychiatrie, de maltraitance, de fin de vie, de maladie des enfants, de vieillissement, de vieillissement de personnes immigrées ;
> face à l’épuisement des aidants, comment allons-nous penser les solidarités familiales et les solidarités collectives ?
Il n’y a pas de réponses toutes prêtes !
Il s’agit d’aller au-delà des déclarations, des interventions, des contradictions. Il s’agit de mette en œuvre un débat collectif fait de questionnements éthiques, de choix politiques, d’adhésion collective et individuelle, et aussi….les moyens d’y parvenir.
Quel modèle de société souhaitons-nous privilégier ?
ET LES ENJEUX ECONOMIQUES DANS TOUT ÇA ?
Soigner, aider, accompagner à domicile, ça coûte !
Mais ça coûte combien à qui ? Qui paye quoi ? Ca créé combien d’emplois, et quels types d’emploi ?
Toutes ces questions nous intéressent.
Solidarité, équité, assurances personnelles, assurances solidaires : ce débat reste à faire, ces termes méritent des clarifications, il y a urgence.
Nous militons pour un financement solidaire, à hauteur des enjeux.
DES CHOIX POLITIQUES ET CITOYENS, C’EST DANS L’AIR DU TEMPS !
Du gouvernement, aux Conseils généraux, aux communes et aux associations, en passant par les organisations représentatives des personnes âgées et des personnes handicapées, c’est bien en partant de la parole, de la place et des besoins de chacun que nous accompagnons le mouvement pour le droit de vivre chez soi, soigné, aidé, accompagné par des organisations professionnelles soucieuses de l’autre et sur le chemin de la vigilance à autrui jusqu’à la promotion de la citoyenneté.
Florence Leduc
mis à jour le 11/07/2007
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