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Edito : faut-il un ministre des vieux ?


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Annie de VivieUn gouvernement chasse l'autre. C'est une spécificité française.
A la veille de nouvelles nomination, je m'interroge. faut-il un ministre dédié aux personnes âgées, aux vieux ?

Oui, il faut un ministre (ou secrétaire d'Etat) qui porte les attentes, besoins, revendications des 16 millions de retraités
, de personnes âgées, leurs familles, leurs proches aidants, mais aussi un ministre qui connaisse et entende les centaines de milliers de professionnels intervenant à domicile, en établissements, centres de santé...

Oui, il faut une personnalité qui fasse évoluer le regard âgiste de notre société sur le vieillissement. Vieillir est une chance, une réalité individuelle et collective positive (rappelons que 8 octogénéraires sur 10 vivent bien avec leurs "pluri-mini-handicaps"), positive pour notre économie (Silver Economie), pour les emplois (de proximité non délocalisables)...

Oui, il faut incarner la défense des droits des personnes qui se fragilisent, qui deviennent vulnérables, et dont les proches eux-aussi ont besoin d'aide.

Oui, il faut un ministre qui gagne ses arbitrages au sein du gouvernement (un vrai "5e risque" défendu par le candidat Hollande se chiffre en milliards d'euros), qui défende les crédits votés pour l'aide à l'autonomie (pour ne plus assiter aux détournements de crédits CNSA ou de la CASA : contribution additionnelle de solidarité pour l'autonomie) et qui décloisonne les tuyaux d'orgue du médico-social (amont et aval de l'hôpital, préventions, aides et soutiens à domicile).

Oui mais ...
Pas un ministre qui incarne par son portefeuille les "âgés, aînés" au détriment des autres,
qui maintienne ainsi la discrimination liée à l'âge (notamment pour la compensation des situations de handicap, rappelle l'APF).

Oui mais ...
Pas un ministre qui relance de nouveaux rapports et études sur les enjeux du vieillissement.
Tout a été dit et écrit: il faut maintenant des actes pour faire évoluer la gouvernance de l'aide à l'autonomie, revoir l'outil d'évaluation des besoins d'aide, diminuer les "restes à charge" des personnes concernées, valoriser les professionnels, faire évoluer l'urbanisme, les logements, l'accessibilité, le design pour tous, la prévention dès le plus jeune âge, la lutte contre isolement ...

Oui mais ...
Pas un ministre qui donne son nom à une loi sans moyens
, et par conséquent lourdement déceptive (voir les pétitions, les mobilisations des professionnels épuisés en Bretagne, des syndicats de retraités, de France Alzheimer cette semaine encore).

Pas un ministre qui taxe les seuls retraités pour financer les services aux plus âgés fragilisés.

Si aucun moyen n'est arbitré, il faut pouvoir le dire et mobiliser d'autres leviers susceptibles de générer des économies en limitant les gaspillages. Un trés salutaire "choc de simplifications" (du millefeuille administratif, des normes) permettrait de rationnaliser les dépenses. Une attention portée aux initiatives de terrain, issues de la société civile comme ces nouvelles formes d'habitats regroupés, ces réseaux de voisinage, ces entreprises innovantes, ces expérimentations, ce label Humanitude mis au point par les maisons de retraite pilotes, permettrait de repérer les expérimentations génératrices d'économies et de bien-être pour les valoriser, les labeliser et les diffuser.

A quoi bon un ministre qui consacre ses maigres crédits à reproduire des outils qui existent déjà (la CNSA doit financer un annuaire des maisons de retraite qui existe déjà et qui en plus est gratuit... sur Agevillage notamment).

Oui mais...
Pas un ministre de "plus" mais "en lien avec"
ceux de l'économie, des finances, du logement (urbanisme, normes), de la santé (Stratégie nationale de santé, paerpa, préventions), de la justice (droits et protections des plus vulnérables, recours, risque de maltraitances), de la formation, de l'éducation ...

Alors Oui
A un ministre de l'autonomie, de la solidarité, de la citoyenneté, de la lutte contre les inégalités sociales, de la Prévention et du vivre ensemble (car aujourd'hui, ce sont quatre voire cinq générations  qui vivent les unes à côté des autres).


mis à jour le



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Vos réactions

Romans

09/04/2014 16:04

50 ans d'études et rapports pour détourner le budget de La CASA


En 2013, la CASA a été versée au Fonds de Solidarité Vieillesse au lieu d’être attribuée à l’aide à l’autonomie. Un « détournement » à mettre en perspective avec le sous-effectif des soignants et les dérives tarifaires dans les EHPAD publics. Du Monde au Dauphiné libéré, nombreux sont les médias qui, le mois dernier, ont publié sur une actualité qui en dit long sur l’action du gouvernement : les 600 millions d’euros détournés de l’aide aux personnes âgées, sous couvert de loi pas encore votée. Ce thème a été repris par l’association « Âge village » qui titre son édito « La CASA toujours pas réaffectée à 100% pour l’aide à l’autonomie ». En effet, la CASA (Contribution Additionnelle de Solidarité pour l’Autonomie), payée par les retraités, devait être attribuée à l’aide à l’autonomie (le service à domicile). Exceptionnellement, elle l’a été au Fonds de Solidarité Vieillesse (FSV). Pourtant, la dépendance et ces implications est un sujet prioritaire depuis plus de 50 ans. En 1962, le rapport Laroque alertait déjà sur le phénomène de la pyramide des âges, un sujet que les gouvernements successifs n’ont pourtant jamais abordé autrement qu’aux travers d’études et de rapports. En détournant les fonds affectés à la dépendance, le gouvernement ne respecte pas ses engagements initiaux mais surtout il manque de transparence. Devant ce jeu de bonneteau, comme l’a appelé le président de la CNRPA (Comité National des Retraités et Personnes Âgées) Sylvain Denis, les communiqués ont redoublé et les pétitions déferlé. EHPAD : sous-effectif des soignants et explosion des tarifs d’hébergement Car les conséquences de cette réaffectation sont énormes : ce sont 22 000 emplois qui passent à la trappe, alors même que le sous-effectif des soignants s’aggrave. Pour preuve de ce malaise, leurs associations recueillent de plus en plus d’adhérents (les NBNNNP – ni bonnes, ni nonnes, ni pigeonnes – comptent 36 000 inscrits sur les réseaux sociaux) et les grèves dans les hôpitaux et les EHPAD (Etablissements Hospitaliers pour Personnes Âgées Dépendantes) se multiplient. Ces conditions ont également un impact important sur les porte-monnaie : depuis 2009, les tarifs des EHPAD, pourtant établissements publics, explosent. Faute de moyen, les ARS (Agences Régionales de Santé) sous-évaluent les besoins en soins des patients. Résultat : les EHPAD, pour ne pas tomber dans une maltraitance institutionnelle, font peser les augmentations de personnel sur les tarifs d’hébergement et le conseil général valide. En moyenne, on estime ces augmentations à 6% par an. Dans certains EHPAD, elles dépassent les 20%. Pour les familles comme pour les résidents, c’est souvent l’impasse. Les conséquences peuvent être dramatiques quand, faute de pouvoir assumer la part des augmentations tarifaires restant à charge, certains se voient dans l’obligation de reprendre leurs parents chez eux alors que ces derniers souffrent de pathologies incompatibles avec leur logement. Le tarif d’hébergement devient une variable du tarif soins Même le rapport de l’IGAS (Institut Général des Affaires Sociales) de 2011 indique, dans son paragraphe 47, que le tarif d’hébergement peut devenir une variable d’ajustement du tarif soins. Autrement dit, le salaire des personnels de santé devrait dépendre du tarif soins (l’Assurance Maladie). Mais, pour pallier l’insuffisance des budgets alloués par les ARS, les EHPAD se voient contraints d’en faire peser le coût sur les tarifs d’hébergement, partiellement payés par les familles. En novembre 2012, lors d’un entretien avec la FNBAPAEF (Fédération Nationales des Associations de Personnes Âgées et de leurs Familles), la ministre de la Santé Marisol Touraine préconisait de bloquer la part restant à charge des tarifs d’hébergement, mais sans indiquer quelles maisons de retraite seraient concernées. Les constats sont donc là mais rien ne bouge, comme le prouve ce « détournement » d’une aide spécifiquement conçue pour l’autonomie. Certes, les personnes âgées en perte d’autonomie ne descendent pas dans la rue pour faire savoir leur difficulté.



retraitée et aidant familial

09/04/2014 09:04

Un ministre des vieux


j'adhère à peu près à l'ensemble de cet article, évitons la "ghettotisation" des vieux, traduisons un meilleur vivre ensemble toutes générations. ce qui n'exclue pas des lieux de concertation spécifique. mais renforçons la transversalité pour des réponses globales adaptées (santé,autonomie,logement,économie...) il faut gagner de la lisibilité dans les différentes instances consultatives et délibératrices, écourter les temps de prise de décision, affirmer la notion d'égalité de réponse entre les territoires - un forum de réflexion et suggestion serait opportun pour enrichir ce débat d'importance pour toute la société.



marie

09/04/2014 07:04

BRAVO


Bravo Annie et merci de cet édito si juste et si limpide.
J'espère qu'il sera pris en compte par les administrations en question et qu'il sera suivi d'effet. Je me joins aussi aux deux commentaires précédents.
Marie



fresnel

09/04/2014 06:04

Avocat


Bravo!
oui, voici la nouvelle feuille de route du secretaire d'Etat aux personnes âgées, son discours d'investiture. Pour gagner en efficacité , je lui suggererai de prendre Annie de Vivie comme directeur de son cabinet ... les seniors, que dis-je la France, y gagnera. le sujet est en effet politique au sens le plus noble du terme. Le clivage politique ici est sans objet. Il s'agit de l'homme.



frajau

08/04/2014 17:04

Percutant


Il fallait l'écrire . "Mal nommer les choses , c'est ajouter aux malheurs du monde" Camus , Platon , cela se vérifie sans cesse . En effet, notre ministre est peu efficiente . La loi sur l'autonomie doit se financer . Il y faut des moyens conjugués et une loi acceptée par l'ensemble du corps social . Les bilans on les connaît . Ils font consensus . Il faut aller plus loin et oser faire interagir ce qui l'est en réalité.
Merci à Annie de Vivie de secouer le cocotier
Françoise




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