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Santé et sécurité des salariés dans le domaine gérontologique

Regard croisés France Québec


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La santé et la sécurité des salariés des services et établissements, est une question oubliée de la réflexion dans le domaine gérontologique.

Les habitudes sociales, parfois construites en exigences de gestion, peuvent instrumentaliser l’attention envers le personnel, au détriment de souhaits de certaines personnes âgées. Parmi tant d’autres les exemples sont multiples : interdit du lit personnel au profit du lit médicalisé, au nom de la pénibilité du travail des soignants ; sexualité et cohabitation au nom de l’organisation générale de l’établissement par état de santé ; horaires de repas au nom de la disponibilité du personnel en soirée ; interdit des animaux domestiques au nom de la charge de travail des personnels ; alcoolisme ; existence d’horaires de « visites » au nom du travail des soignants en matinée ; ... 

Hygiène et santé, ne sont pas toujours au rendez vous de la sécurité des personnels. Alors doit-on choisir entre « maltraitance » des aînés [BEAULIEU M. 2004-2005] et « maltraitance » du personnel ?
Les deux relèvent de la même logique de primauté des habitudes de gestion, voire de restriction budgétaire érigées en contraintes, sur l’attention aux personnes. Que dire aussi des aidants familiaux, plus souvent « aidantes surnaturelles » [PAQUET M. 2003] elles aussi maltraitées et pas par leur parent âgé. Les oppositions ne sont pas toujours celles qu’on voit, celles qu’on croit ou celles qu’on crée.
Là est la grande leçon d’un séjour au Québec à l’automne 2007, plus particulièrement d’un échange avec Michel BIGAOUETTE, initié par Agevillage.

Au Québec, l’association paritaire pour la santé et la sécurité du travail du secteur des affaires sociales (ASSTSAS) intervient pour des situations qu’on retrouve, en France dans les comités d’hygiène et sécurité et des conditions de travail (CHSCT) ou dans l’inspection du travail. Elle diffère cependant fortement dans les missions et modalités de mise en œuvre, non sans révéler des différences culturelles fortes entre deux peuples qui pourtant ne partagent pas que la langue. Elle n’inspecte pas, elle ne contrôle pas, elle réalise des interventions "pratiques" en concertation.

Une culture de la négociation est privilégiée sur une culture de la coercition, productrice de conflit, qui appelle lois et règlements. Par exemple, en CHSLD, elle vise à donner aux habitants (pensionnaires !!!) et aux divers personnels, des outils concrets et bien utiles pour aider à la résolution de situations susceptibles de porter atteinte aux droits de la personne, pour permettre de bien vivre ensemble.

Le lieu de vie professionnelle des salariés est aussi le lieu où vit la personne âgée, remarque tout d'abord Michel BIGAOUETTE. Selon les propres termes du Ministère de la Santé et des Service Sociaux, le Centre d’Hébergement et Soins de Longue Durée, particulièrement affecté par les accidents du travail, constitue un « milieu de vie de qualité pour les personnes hébergées ». Cela suppose que le CHSLD offre les mêmes garanties qu’un domicile privé en considérant les habitudes de vie, les capabilités, notamment d’expression, les libertés individuelles pour que soit reconnu un droit à la vie sociale en établissement. Ce pourrait être à domicile.

Un environnement respectueux des personnes plus que de rapidité d’exécution des actes, profite à tous, directement, et à chacun, indirectement, par le comportement apaisé, moins agressif des patients et soignants en interaction. Selon Michel BIGAOUETTE, la pratique du « gagnant-gagnant » est la règle du jeu de la négociation.
Cette philosophie, au Québec, n’est pas sans lien avec la pratique de « l’accommodement raisonnable » qui voit les particularismes se concilier et non s’opposer inlassablement en rupture d’une des parties en présence, qui entraîne l’autre en contre coût.
Une culture du dialogue, de la concertation, de la conciliation n’est pas le seul caractère de la relation. Ce rapport au pouvoir, à la décision, imprégnée d’une culture protestante, tourne le dos à l’uniformité érigée en loi de l’égalité.

Le droit à la différence semble essentiel au Québec. En matière alimentaire, les régimes spéciaux, les jours de fêtes ou de jeûnes sont légions dans un pays aux multiples différences. Dans de nombreux CHSLD, la marque quasi générale de l’héritage catholique francophone (chapelle), ne gêne en rien la cohabitation d’autres pratiques religieuses, les uns n’étant pas plus stigmatisés de particularismes que l’autre. La seule limite est la continuité du service. « Agir localement et penser globalement » insiste Michel BIGAOUETTE.
Ces méthodes d’intervention concrètes sont en œuvre pour résoudre les dilemmes de la vie quotidienne. Il en est ainsi, par exemple, pour l’ajustement des horaires de soins et des souhaits de vie familiale des personnels.
Ces quelques lignes ne peuvent qu’amener à la réserve, à la nuance face à une perception comme homogène d’une culture d’Amérique du nord. Les québécois, pour leur part, ne sont ni des américains francophones, ni des français du nouveau continent. Les seniors, anciens, retraités et autres personnes âgées, ne sont pas plus homogénéisables, sans autre identité, sous prétexte qu’ils sont perçus comme vieux.

La méthode d’intervention concrète, ainsi décrite inspirée de la "Philosophie de l'humanitude" basée sur les concepts de Bientraitance, de Règles de l'Art dans le soin, n’est cependant pas réservée à un cadre culturel. Les Instituts Gineste-Marescotti la développent de chaque coté de l’atlantique. Elle apporte une réponse efficiente pour une amélioration concrète du service aux personnes âgées, par une action sur les pratiques sociales.

Dans une perspective plus globale de « soin à la société », des sociologues travaillent aussi sur les effets et enjeux des politiques publiques [GUILLEMARD A.M. 2003], d’autres sur les organisations de soins, d’autres encore sur les types d’institutions aptes à engendrer des solidarités, notamment par les entreprises coopératives [PERRON G. 2005] et les associations, ou l’économie solidaire [LAVILLE J.L., SAINSAULIEU R. 1997].
On peut penser que seul le travail conjoint dans tous les domaines que sont les politiques publiques, les institutions, les organisations et les pratiques sociales est susceptible d’engendrer une transformation où les intérêts différents ne seraient plus inexorablement contradictoires et antinomiques. Une telle perspective ne peut faire l’abstraction d’une réflexion sur le pouvoir des aînés [VIRIOT-DURANDAL J.P. 2003], sur la participation [SEVIGNY A. 2003] et en fin de compte sur l’engagement citoyen [CHARPENTIER M. 2007]


Daniel REGUER, Maître de conférences en sociologie, CNRS, CIRTAI-UMR IDEES,  IUT, Université du Havre.

 


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