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La France aime-t-elle ses vieux ?


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Ils sont près de 728 000 vieux à vivre en EHPAD ou cliniques de fin de vie. Éloignés des regards et des centres villes dès le XIXème siècle, la France cache ses vieux comme si vieillir était la pire des maladies, la pire des hontes. Mourir cela n’est rien, mourir la belle affaire, mais vieillir… comme le chantait Brel.

pm chaponLa France des vieux, c’est la France du passé, la France d’hier. Place aux jeunes, à la modernité et à l’innovation digitale. La situation est difficile pour un personnel épuisé, insuffisant et mal rémunéré entraînant de fait une maltraitance institutionnelle dont la grève du début de semaine constituait une première nationale. Le secteur médico-social lance un appel au secours.

A la sortie de la seconde guerre mondiale, la France se lance dans le chantier de transformation des hospices composés d’immenses dortoirs insalubres en maisons de retraites pour accueillir les anciens le plus dignement possible.

En 1962, la France prend conscience de la nécessité de s’occuper des personnes âgées par la mise en place de politiques transversales et ambitieuses décrites dans le rapport de Pierre Laroque. Les grandes lois de 1975 ont créé un cadre juridique pour accueillir et héberger les personnes en perte d’autonomie.

Mais, alors qu’ironiquement la génération qui a créé le secteur médico-social et notre système de retraite par répartition est aujourd’hui âgée, la société semble oublier ses anciens.

Près de 30 % des 75 ans et plus sont totalement isolés et on compte près de 3000 suicides par an chez les plus de 65 ans mais cela n’intéresse personne.

Pourtant, la France vieillit. En 2040, plus de 22 millions de personnes seront âgées de 60 ans et plus contre moins de 15 millions en 2007. Plutôt que d’adapter notre société au vieillissement, nous réduisons et rationalisons les dépenses. La réforme de la tarification des EHPAD coutera ainsi 200 millions d’euros aux établissements publics. La création des contrats pluriannuels d’objectifs et de moyens (CPOM) tueront discrètement les petits établissements à taille humaine au profit de grands établissements standardisés. Par ailleurs, rien n’est fait pour renverser la crise des vocations dans un secteur pourtant non délocalisable. Le système est à bout de souffle alors même que les besoins vont exploser dans les prochaines années.

Le véritable problème réside en réalité dans notre propre rapport à la vieillesse. Ne voulant pas nous même vieillir, nous ne lançons pas les véritables actions pourtant indispensables pour prévenir la perte d’autonomie, l’isolement et mieux accompagner les personnes en fin de vie dans la dignité. Plutôt que de réformer, on recherche des coupables dans la lignée d’Alfred Sauvy et son « péril vieux ». D’ailleurs comme le chantait Goldman, les jeunes reprochent aux vieux » qui ont « tout, paix, liberté, plein emploi », de leur laisser un monde instable et embrumé avec « chômage, violence et sida ».

Changer de regard

Il est impératif de changer l’image de la vieillesse en l’acceptant comme elle est en relativisant la perte d’autonomie qui ne touche lourdement que 20 % des plus de 75 ans.

La France fourmille d’initiatives positives comme Monalisa (Mobilisation nationale contre l’isolement des âgés). D’après l’IRCANTEC, 82 % des français participent à une activité de solidarité intergénérationnelle.

Changer de regard, ce serait par exemple d’intégrer des actions auprès du grand âge dans le futur « service national universel » qui pourrait être une formidable chance pour nos ainés,

Changer de regard, ce serait de redonner une véritable place aux aidants naturels qui représentent 8,3 millions de français,

Changer de regard, ce serait aussi de reconnaitre qu’il existe des approches non médicamenteuses et plus humaines comme Humanitude dont l’efficacité dans le prendre soin est largement prouvée tant pour les patients que pour le personnel.

Le vieillissement de la population est une chance en termes de cohésion et de fraternité.  L’engagement des personnels dans l’établissement est remarquable. Ecoutons-les, accompagnons-les, formons-les sur de nouvelles pratiques. Ne les laissons pas seuls.

Relevons-nous. Bien sûr qu’il est possible de « vieillir debout » mais encore faut-il ne pas faire l’autruche !


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