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Edito : Urgences urgentes

Pressions épuisantes et contre-productives


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Si l'urgence peut être un aiguillon (pour agir), la pression d'urgences urgentes montre ses limites.

On le voit avec ces services des urgences qui appellent à l'aide. Ils ont besoin de réponses concètes face au flux des patients. Flux qui pourrait diminuer par une mobilisation tous azimuts des acteurs du système de santé (et donc médico-social), par une transfomation de l'écosystème, par un renforcement des systèmes d'informations...

Ce flux coûte cher, comme la non-qualité qui s'écoule faute de pouvoir la stopper.

Le HCAAM (Haut conseil pour l'avenir de l'assurance maladie) avait estimé à 2 milliards d'euros les dépenses de santé évitables (hospitalisations, surmédications...).

Les CARSAT et la CNAM Risques professionnels alertent sur la sinistralité dans le secteur de la santé, qui épuise les personnels et la qualité du prendre soin.

Ces réalités concrètes, quotidiennes, épuisantes était cachées, balayées par le flux des urgences à gérer : répondre aux attentes des personnes aidées, des aidants, des autorités de tarification, des professionnels qu'il faut sans cesse remplacer, former, accompagner...

En 2003, les 14 802 morts de la canicule ont réveillé la République qui a débloqué des crédits vers le secteur de l'aide aux plus âgés. Quinze ans plus tard la société sait mieux accompagner ces épisodes climatiques mais continue de tirer sur la bonne volonté et l'engagement des professionnels... qui eux-même tirent sur leur santé.

Il a fallu que ces professionnels de l'aide et du soin s'arrêtent, se mettent en grève mi-juin 2017, puis début 2018, pour qu'ils soient écoutés et qu'un projet de loi Grand Age/Autonomie soit lancé.

Malgré l'urgence de la situation, malgré la démographie qui accélère les besoins, malgré les mouvements sociaux qui se profilent, des rapports ont été commandés.

Après moultes consultations, ils partagent les constats, les recommandations dont certaines osent sortir du bois (rapport Libault)... avant de nouveaux rapports (El Khomri sur les métiers).

Comment construire une culture institutionnelle dans l'urgence ? Comment être fier d'un prendre soin proposé dans l'urgence ?

Comment tisser des liens, incarner la solidarité, assumer ses responsabilités ?

Impossible de traiter ces sujets dans l'urgence. Ils
demandent du temps, des ressources, des compétences, un professionnalisme gériatrique, technique, affirmé et défendu. Plusieurs évènements vont y travailler en cette rentrée. Agevillage s'y associe.

Comment transformer l'écosystème grand âge, comme l'appelle Marie-Anne Monchamp ? Cette transformation ne se fera pas dans l'urgence, sans moyens pour la financer.

Face au flux des enjeux, il faut du temps pour s'informer : cette semaine sur le handicap mental et Alzheimer, l'accompagnement des personnes malades jeunes, sur l'amélioration de la préparation de l'entrée en institution. Il faut du temps pour évaluer les risques en restauration collective et mettre en oeuvre les plans d'actions correctives et préventives.

Mais face aux urgences, mettre en oeuvre une démarche d'amélioration continue de la qualité vaut le coup. Les Ehpad et services labellisés Humanitude en sont convaincus. Leurs investissements, leurs professionnalismes portent leurs fruits avec des impacts médico-économiques positifs : moins d'absentéisme, d'hospitalisations, de médicamentations. Ils subissent moins la pression de l'urgence et ouvriront leurs portes le 11 octobre prochain pour partager leur démarche positive avec le grand public et les professionnels qui s'interrogent voire se désespèrent.

Il y a urgence à se poser et s'inspirer de démarches porteuses d'espoir.


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