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Edito : les soignants comptent sur nous et surtout sur eux-mêmes !

A l'heure des décomptes terribles et avant l'heure des comptes, ils comptent surtout sur eux-mêmes


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Les soignants comptent sur nous. A l'heure des décomptes macabres, avec la communication des décès en Ehpad.

Les fédérations professionnelles ont alerté sur le risque de 100 000 morts pour faire pression sur le gouvernement et déployer les moyens de protections pour les professionnels de première ligne, tant aux domiciles qu'en établissements d'accueil. Ils ont été en partie entendus et restent vigilants.

De son côté, la Fnapaef (fédération des associations de personnes agées et leurs familles) cite Patrick Pelloux, président de l'Association des médecins-urgentistes de France, qui tire la sonnette d'alarme "On va vers une hécatombe dans les EHPAD. Je pèse mes mots. J’ai eu des conversations avec des directrices et des directeurs d'établissements. Avec des gériatres. C'est bien beau d'avoir dit : on évite que les personnes viennent aux urgences. D'avoir dit : les personnes âgées on va les confiner. Je comprends la logique médicale… mais confiner ne veut pas dire abandonner." Chaque équipe ajuste au mieux les consignes de confinement, avec le plus de réflexion éthique possible, avec le plus d'humour possible, en musique, comme le suggère le sociologue Michel Billé.

Les approches non-médicamenteuses aussi se mobilisent auprès des soignants : espace éthique, sophrologie, art-thérapie, Humanitude... Elles aident à réfléchir aux ajustements en unités Covid dédiées pour les personnes à risques de troubles du comportement notamment.

Les soignants comptent sur nous. Mais face aux pénuries qui subsistent (masques, lunettes, SHA, blouses), ils comptent surtout sur eux, sur leurs réseaux. Le système D s'active pour fabriquer les matériels qui n'arrivent pas, pour activer des circuits professionnels éloignés de la gérontologie (le BTP, la mécanique, la chimie...).

Ils comptent sur eux pour repérer les signes cliniques atypiques en gériatrie et anticiper au mieux l'explosion de la bombe du Covid-19 dans leur service à domicile, dans leur établissement.

Si les applaudissements chaque soir à 20h, si les messages, les dessins, les protections livrées, leurs vont droit au coeur, on entend aussi que ces soignants ne veulent pas être des héros sacrifiés. Ils veulent se sentir moins seuls après déjà 20 jours de confinement, avec un lourd sentiment d'abandon.

Voici quelques mots envoyés par Sophie Brobecker, cadre de santé à l'Ehpad Le Séquoïa à Illzach qui s'accroche malgré tout à ses valeurs, à son professionnalisme, à la qualité de son prendre soin :

"20 jours maintenant que les résidents sont isolés de leurs familles,
20 jours ou chaque agent vient avec l’envie de pleurer, avec une boule au ventre.
20 jours ou nous disons au revoir à notre famille, à nos enfants, à nos nourrissons, sans savoir quand nous allons pouvoir revenir, sans savoir si nous n’allons pas les contaminer.
20 jours où nos amis, familles, enfants, parents, grands-parents décèdent du Covid-19.
20 jours de pleurs, de larmes, de désespoirs. Plus questions de rentrer si vous avez des symptômes, vous restez « au front », le personnel tombe de température dans le couloir, seul le résident tend la main pour nous relever. AVC, fractures, fin de vie, ils sont seuls, pas d’accès médical, seuls face à la mort !
Nous sommes seuls."

Dans cette crise sanitaire inédite, où la réponse médicale tarde à venir même si des pistes semblent  avancer, le médico-social est brutalement confronté à la médecine de catastrophe, à la médecine d'urgence, à la pénurie de ressources.

Face à cette médecine de catastrophe, il faut maintenir la pression pour obtenir des moyens, insiste le Dr Rony Brauman, co-fondateur de Médecins sans frontières. En cas de situations critiques, la médecine de catastrophe a prévu d'activer une délégation de tâches, cadrée, anticipée, négociée.

Les soignants comptent sur nous pour les aider à faire face ENSEMBLE à la fin de vie des personnes qu'ils aident, rappelle le Dr Véronique Lefebvre des Noettes, psychiatre de la personne âgée à l’AP-HP et , docteure en philosophie pratique et éthique médicale (Upem) que nous avons sollicitée.
Ils inventent mille idées pour organiser jusque des veillées virtuelles pour éviter de mourir seul, ce qui est terrible comme le souligne Boris Cyrulnik.
La fondation Boulanger et la Fondation Hopitaux de Paris vont distribuer 10 000 tablettes dans les structures publiques et associatives.

A nous tous de faire bloc pour aider ces soignants. A nous de les aider à obtenir ces moyens et à négocier ces ajustements éthiques.

Tous solidaires de Sophie, mais aussi de Gaëlle, de Florence... à qui je pense tout comme les soignant.e.s qui prennent soin de mes proches.


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