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Covid-19 - Demandes de confinements en chambre et états confusionnels, risque de syndrome de glissement : pistes de stratégies adaptatives justifiées

Pour le Pr Emmanuel Hirsch : Qu'on leur donne plutôt les moyens d'assumer la plénitude de leurs responsabilités. C’est le meilleur soutien qu'on peut leur apporter, avec une reconnaissance publique réelle


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Dans le 7/9 de France Inter du 31 mars, la directrice de l'Ehpad de l'Armée du Salut de Saint-Malo (35) tremblait à l'idée d'imposer un confinement strict en chambre pour les 24 personnes atteintes de troubles sévères du comportement, d'états confusionnels. Hors de question d'avoir recours à la contention physique. Impossible de raisonner et d'empêcher ces personnes de bouger, explique de son côté la directrice de l'Ehpad labellisé Humanitude de Saint-Germain la Ville. Même désarroi aux domiciles, où chacun cherche des stratégies adaptatives justifiées, avec les matériels adaptés, pour limiter les risques de syndrome de glissement. Ces dilemmes éthiques face au confinement pèsent sur les épaules des professionnels qui se sentent bien seuls. Or "il faut défendre et affirmer leur capacité de discernement et leur reconnaître les compétences qu’ils partagent et enrichissent au quotidien", estime le Pr Emmanuel Hirsch, Professeur d'éthique médicale, Université Paris-Saclay. "Qu’on leur donne plutôt les moyens d’assumer la plénitude de leurs responsabilités. C’est le meilleur soutien qu’on peut leur apporter, avec une reconnaissance publique réelle". Son Espace éthique Ile-de-France a ouvert un observatoire pour soutenir les professionnels de terrain lors de cette crise sanitaire. Quant au CCNE, son avis sur les mesures de confinements rappelle leur temporalité limitée, proportionnée aux situations individuelles et en cas de mesures de contention demande une discussion préalable, interdisciplinaire et collégiale avec si possible un avis expert de cellules éthiques.


Les professionnels de terrain connaissent leur métier rappelle le Pr. Emmanuel Hirsch

"Notre société se découvre vulnérable, désemparée face à ce virus et à ses conséquences pour les plus fragiles.

Sur l’un des fronts les plus difficile, là où dans les domiciles, dans les EHPAD, les professionnels vivent avec celles et ceux qu’ils soutiennent dans la lutte, nous sommes témoins de ce qui se réalise depuis le début de la crise sanitaire. Ces professionnels sont exemplaires. Qui mieux qu’eux savent ce qu’est la réalité du confinement dans un EHPAD, ce qu’il signifie lorsque l’existence de personnes si fragiles et dépendantes tient à la qualité d’une relation, d’un regard, d’une écoute, d’une disponibilité ?

Il est inacceptable de les assigner à des pratiques systématisées de contention physique et chimique, alors qu’ils savent d’expérience que l’environnement doit être respectueux et rassurant y compris pour des personnes atteintes de maladies d’Alzheimer et qui ont besoin de déambuler.

Ils n’ont pas besoin de prescription pour être inventifs de dispositifs « barrières » visant à éviter les contaminations.

Encore aurait-il été justifié de mettre à leur disposition les masques et autres protections qui ne commencent à leur parvenir qu’aujourd’hui ?

Le désastre de morts que nous commençons à observer aurait pu être limité si les responsables publics avaient pris la mesure de ce qui se vivait dès le début dans les domiciles, dans les EHPAD. Cela n’a pas empêché les équipes d’être présentes, au risque de leur santé et de leur accablement psychologique, renonçant parfois à leurs proches pour se consacrer à celles et ceux qui survivent parce qu’ils sont à leurs côtés.


Les mesures verticales, unilatérales, non adaptées aux réalités de chaque situation ne font qu’aggraver la défiance sociétale et le désarroi des professionnels.

Pour préserver l’essentiel, pour préserver le professionnalisme des acteurs de terrain, il nous faut défendre et affirmer leur capacité de discernement et leur reconnaître compétence qu’ils partagent et enrichissent au quotidien.


Seuls les professionnels sur le terrain sont en capacité d’évaluer les situations et proposer des stratégies adaptées, justifiées. Chacun sait à quel point ils développent une expertise auprès des personnes qu’ils accompagnent, en dialogue avec les familles et tous ceux qui éclairent leurs décisions.

Les injonctions administratives imposées de l’extérieur dans des circonstances qu’aucune autorité n’a anticipé et ne maîtrise, représentent des insultes à leur savoir-être et à leur savoir-faire.

Il faut faire confiance à celles et ceux qui nuit et jour sont les veilleurs de notre démocratie. Ce sont des professionnels responsables. Qu’on leur donne plutôt les moyens d’assumer la plénitude de leurs responsabilités.

C’est le meilleur soutien qu’on peut leur apporter, avec une reconnaissance publique réelle.

Ils ne demandent pas des hommages qu’on leur refusait pendant trop longtemps, mais à être respectés pour ce qu’ils sont. Des acteurs de notre démocratie dont nous devons être fiers.

Je les remercie de leur engagement et comprends ce qu’il signifie pour nous tous."
 

Avis du Conseil national consultatif d'éthique pour les Ehpad et USLD - Cliquez-ici

Paru ce 1er avril, l'avis refuse toute mesure de contention physique ou pharmacologique sans décision contextualisée, préalable, interdisciplinaire et collégiale avec le soutien d'experts en gériatrie, d'experts de cellules d'éthique.

Pour maintenir le désir de vivre des personnes très fragilisées, le CCNE est pour la réouverture aux volontaires bénévoles, pour des secteurs séparés pour les malades, pour des espaces de circulation physique même limités, pour des visites des proches au moment des fins de vie, pour des retours à domicile.


Partages de stratégies adaptatives justifiées


Passages réajustés, appels, visios, ateliers virtuels, présences simulées, protections renforcées, révisions des espaces, des sectorisations... Les professionnels du médico-social font face chaque année à des épidémies : gastro-entérite, grippe et même les punaises de lits (voir le magnifique article de Florence Aubenas du Monde en immersion dans l'Ehpad les Quatre Saisons à Bagnolet).

Les professionnels des établissements et services aux domiciles déploient des stratégies adaptatives, justifiées, tracées et aussi des soutiens auprès des personnes aidées mais aussi auprès des personnels eux-mêmes face aux peurs, aux stress : groupes de parole, soutiens psychologiques voire de coachs.

Ces stratégies adaptatives sont tracées jour après jour pour justifier de la qualité du prendre soin... et prévenir les futurs contrôles (ils en ont conscience).

Partages de bonnes pratiques : 

- le maintien de la pression pour les protections ajustées en cas de maladie déclarée : tests, masques FFP2, lunettes, blouses, gants... Voir notre article sur le système D sur ces approvisionnements.
- contacts tracés, réguliers, à distance ou physiques, ajustés.

- activités, ateliers, vie sociale en immeuble, dans les couloirs, de plus en plus individualisée comme à l'Ehpad La Neuville de Amiens avec sur chaque pas de porte, des activités physiques le matin (éveil musculaire, danse avec même une chorégraphie en construction !) et l'après-midi chants, loto, jeux de mémoire. Voir aussi la page Facebook Humanitude Vie Sociale et les tutos pour les pilotes de la vie sociale (animateurs) de sa chaîne Youtube
- utilisation d'espaces fermés (accueils de jour, PASA) comme unités Covid permettant des activités protégées ou des déambulations.

Les mesures de confinements sont ajustées jour après jour, selon un protocole prédéfini comme à l'éhpad La Neuville de Amiens ou l'Ehpad Le Séquoïa à Illzach près de Mulhouse. Ces deux structures en sont à leur stade 2, espérant de pas passer au stade 3, et sinon à contre-coeur.


Stade 1 : confinement de la structure aux visites extérieures et confinement par unité, par étage avec prise des repas et activités, animations dans les espaces dédiés.


Stade 2 : confinement partiel dans les logements (les chambres) au maximum, avec leurs portes ouvertes, la fermeture des portes coupe-feu de chaque aile (jour et nuit) et la sécurisation des issues de secours, les repas en chambre, l'arrêt des animations dans les lieux collectifs mais temps d'animations dans les couloirs (jeux, chants), des temps de marche individuel, psychomotricité et kinésithérapie dans le couloir, dans l’aile ou à l’extérieur (jardin de l'unité protégée).

En cas de décompensation psychique, acceptation de la déambulation dans l’aile et augmentation du temps de psychologue avec renforcement des équipes pour la distribution des repas (16h30 -20h) et démultiplication des "actes gratuits" auprès des résidents (voir l'intervention de Rosette Marescotti, co-auteure Humanitude, et Florence Lasnon, formatrice et instructeur, au colloque Agevillage/Humanitude 2019 sur les approches non-médicamenteuses).

Stade 3, à partir de cas confirmés positifs au Covid-19 (Pour Illzach le choix est le passage au stade 3 à partir de 3 résidents) : augmentation des temps de travail des professionnels et un isolement complet de chaque aile, un isolement des résidents dans chaque chambre sans enfermement à clé qui reste interdit, la mise en place de contention chimique des résidents ayant des angoisses, des troubles sévères du comportement après avis collégial, pluridiciplinaire et si possible avis d'une équipe expert en éthique et/ou en gériatrie, avec le renforcement du temps de psychologue à Illzach, des activités individuelles (avec les professionnels protégés) : animations, temps de kinésithérapeute et de psychomotricienne, actes gratuits de tous les agents, tournées des infirmiers pour les personnes sous contention pharmacologique.


Nous vous invitons à écrire à la rédaction d'Agevillage pour partager vos stratégies adaptatives justifiées que nous relayerons : redaction@agevillage.com


mis à jour le



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Vos réactions

FRAMB

01/04/2020 20:04

Des masques, des tests, pas des contentions


Que les donneurs de consignes viennent passer quelques jours avec nous, dans un EHPAD où 90% des résidents ont des troubles du comportement sévères avant de vouloir imposer plus d'enfermement encore. Après 3 semaines de huis clos, déjà certains perdent pieds, alors la contention physique ou chimique ne sera-t-elle pas l'ultime affront qui sera fait à leur Humanité. Depuis des semaines nous réclamons des moyens, on nous les refuse allant jusqu'à venir dans nos établissements réquisitionner les dons fait par les familles ou les amis et le directeur serait le seul responsable en cas de catastrophe? Qui a pris les mauvaises décisions? Qui fait preuve de cynisme? Du COVID-19 peut être ou de désespoir surement, ils mourront devant nous, combattants aux mains nues, et pas devant le ministre. Sur le terrain on serre les dents, on improvise pour faire face, alors oui, il faut nous faire confiance, mais aussi admettre que si le drame arrive les responsabilités seront à chercher ailleurs. Nous nous aurons fait tout pour éviter le pire avec ce qu'on nous a donné, c'est à dire rien.




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