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Edito : interrogeons le confinement

Question éthique


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Interrogeons le confinement individuel et collectif pour les plus âgés, en cette rentrée 2020.

Elle s’annonce compliquée, aussi difficile dans certains « clusters » que le début d’année. Effet de sidération passé.

Les professionnels ultra-mobilisés pendant la crise sanitaire, ont enchaîné avec des épisodes caniculaires cet été, et se retrouvent aujourd'hui avec cette angoisse, cette peur latente de la contamination.

Après les dotations en moyens de protections, après les primes (qu'il a fallu négocier), la fin de l’état d’urgence sanitaire ce 10 juillet a définitivement levé les mesures de confinements, pour le plus grand soulagement des plus âgés. Mais on le voit : la circulation du virus voire certains relâchements dans le respect des mesures barrières, augmentent à nouveau le risque de nouvelles contaminations involontaires et le stress des équipes.

Aujourd’hui, des clusters réapparaissent en Ehpad avec leurs cortèges de « recommandations » nationales déclinées régionalement.

Ni le ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran, ni sa ministre déléguée à l’Autonomie Brigitte Bourguignon n’envisagent de reconfinements généralisés.

Mais on lit cette mesure plusieurs fois répétée dans les dernières recommandations.

Leur traduction opérationnelle repose alors sur les épaules des professionnels, des directions… Bonjour la responsabilité !

Et si nous interrogions aussi cette responsabilité ?

Comme le précise l’avis du CCNE d’avril 2020, le décret du 15 décembre 2016 sur la liberté d’aller et venir, les guides de l’Haute Autorité de Santé (HAS) sur les contentions (car le confinement en est une, faut-il le rappeler), la décision de confiner ne repose pas que sur les seules épaules du médecin, du directeur… mais sur les résultats d’une évaluation pluridisciplinaire avec la personne concernée ou son représentant : vers où penche la balance bénéfice/risque ?

Cette démarche éthique peut aussi trouver des alliés, des avis, des regards auprès des membres du Conseil de la vie sociale (CVS), des associations représentatives des habitants, des ressources éthiques et gériatriques du territoire. Plus la culture d'entreprise est forte (avec ses valeurs partagées et concrétisées jours après jour), plus les soutiens apparaissent (entraides, équipes mobiles, cellules d'urgence, médiations, expertises...).

L’enjeu est de trouver les moyens de protéger la santé des personnes fragilisées comme des professionnels qui les accompagnent, tout en défendant coûte que coûte là-aussi, l’alignement des valeurs affichées, professionnelles, républicaines, avec les actes de prendre soin quotidien.

Sinon, le risque est grand de voir fuir les professionnels, tiraillés par ces injonctions contradictoires aux antipodes de leurs valeurs.

Quel professionnel voudrait confiner dans son logement une personne désorientée aux troubles du comportement sévères et malade du covid ?

Que répondre à une personne confinée déjà plusieurs mois qui ne supporte plus d’être coupée physiquement des siens ? Quid de la fin de vie avec ce covid qui rôde ?

Qui pour défendre les droits (et les devoirs) de ces citoyens âgés visés par un reconfinement ciblé ?

Mener les réunions éthiques, au cas par cas, quasiment chaque jour, trouver et metre en oeuvre des plans de compensations personnalisés des mesures de protection (comme un confinement), cela demande du temps, des moyens, des renforts en personnels formés et compétents.

Les fédérations, les professionnels réclament ces renforts sur le terrain, dans les établissements comme les domiciles. Voir aussi cette semaine l’enquête de Fondation Médéric Alzheimer sur les Ssiad certes renforcés et mais confrontés voire démunis face aux troubles du comportement des personnes malades, l’expérience des équipes citoyennes Monalisa contre l’isolement mais aussi l’expérimentation du Parcours ambulatoire pour seniors atteints de troubles cognitifs, Passcog, qui prévoit des impacts médico-économiques positifs.

Les professionnels veulent les moyens d’accompagner les projets d’accompagnement personnalisés (PAP) de chaque personne aidée, dans le respect des valeurs affichées, dans des conditions de travail favorables. Ils veulent être fiers de leur prendre soin.

Les technologies pour continuer de rester en lien, pour communiquer, pour se former et s’informer sont utiles. Ainsi nous serons au congrès de la SFAP début septembre à Strasbourg. Il sera aussi accessible en ligne comme le colloque annuel Agevillage/Humanitude sur les approches non-médicamenteuses en novembre, 100% virtuel : son thème cette année est « la liberté ». Zoom sur les impacts positifs de la musique pour la qualité de vie au travail cette semaine avec une étude Music Care.

Nous sommes aussi partenaires des Assises des Ehpad à Paris ces 16 et 17 septembre où les premiers enseignements de la crise et les questions éthiques seront évidemment abordées.

Ces évènements sont l’occasion de nous interroger, entre professionnels, sur nos réponses au risque covid dans le respect de nos valeurs. Ils sont aussi l’occasion d’interpeler les décideurs, les pouvoirs publics, les médias, les représentants des plus âgés eux-mêmes.

Comment aider à vivre, vieillir debout, jusqu'au dernier souffle, même avec ce satané coronavirus ?


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Vos réactions

mld

14/09/2020 10:09

larebelle


Bonjour Je pense qu'en premier lieu, le personnel travaillant dans les Ehpad devrait obligatoirement passer le test pour le Covid-19. Etre contrôlé (e) pour la température.. Au sujet du respect des gestes barrières . Confiner les résidents, résidentes des Ehpad , c'est inadmissible.C'est de ne pas respecter les droits d'un être humain.



Francoise

27/08/2020 15:08

EHPAD et confinement


Oui, interrogeons nous sur le confinement en maison de retraite. Bénévole des Petits Frères des Pauvres, je visite depuis un an des résidents isolé dans une EHPAD de l'Action Sociale de la Ville de Paris, situé à Neuilly sur Seine, Galignani. Durant le confinement, l'équipe des bénévoles s'est mobilisée pour maintenir le lien autrement, téléphone, cartes postales, petits cadeaux. Nous avons même édité un Journal du confinement qui reprenait tous les bons moments que nous avions vécus ensemble. Fin du confinement et changement de Directrice. Et depuis, aucune visite permises aux bénévoles. Il faut revoir la convention. Mais pourquoi interdire les visites dans ce temps de réflexion sur une convention ? Cette décision est maltraitante pour les résidents et pour les bénévoles. Elle met aussi en relief que la relation a finalement peu de valeur puisqu'elle peut être suspendue brutalement. Alors que pour les résidents comme pour les bénévole, les relations établies lors des visites sont importantes et inhérentes à la vie. Cette décision montre aussi qu'il y a un manque d'imagination et de créativité pour vivre avec le Covid et trouver des solutions. Mais où est donc passé la bientraitance ?




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