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Edito - Loi Grand âge : l'arlésienne

Les professionnels réclament 20 000 postes, tout de suite


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« Personnage décisif d'une intrigue qui, pour une raison ou une autre, n'apparait pas à l'écran. »

« Action ou événement dont on parle souvent, qu'on attend, mais qui n'aboutit pas, ne se produit pas ou ne vient jamais. On parle alors d'« arlésienne » comme on évoque « la Saint Glinglin » ou « les Calendes grecques ». »

Ces définitions traduisent bien cette loi Grand âge/Autonomie en lien avec la création d'une 5eme branche de protection sociale votée le 23 juillet dernier, constamment repoussée, attendue, réclamée par les acteurs de terrain, par les plus âgés eux-mêmes et leurs proches aidants.

« Stop au blabla, faites notre loi » résume la Fnadepa, la fédération nationale des associations de directeurs au service des personnes âgées.

Tout le secteur médico-social est notoirement sous-doté. Les professionnels manquent à l'appel avec des dizaines de milliers de postes vacants. Pierre Gouabault, le directeur de l'Ehpad La Bonne Eure qui a reçu le Président de la République hier, demande 20 000 postes, tout de suite.

Depuis 2018, ces professionnels descendent dans la rue pour crier leur détresse, leur sentiment d'abandon et leur refus d'être complices d'une mauvaise qualité du prendre soin.

Depuis deux ans et demi, pas moins de 7 rapports et 411 propositions sont sur la table pour étayer les décisions des décideurs publics, les élus.
« Jamais une loi n'a été aussi étayée » estime la député Agnès Firmin-Le Bodo. « Mais je ne reviendrai pas vers vous aux Assises des Ehpad 2021 sans des réponses concrètes. » Elle co-signe un courrier que la député Annie Vidal a adressé au Premier ministre pour accélérer le calendrier.

D'autant qu'après la crise sanitaire, après un été caniculaire avec des congés tronqués, s'ouvre la saison 2 du coronavirus. Avec les risques de contentieux que peut éviter la médiation, explique l'ancien ministre de la Santé Claude Evin. Avec des professionnels qui pourront bénéficier régulièrement des nouveaux tests et des stratégies d'ajustement au cas par cas cette fois-ci.

Mais partout sur le territoire, les acteurs appellent à l'aide : personnels malades, explosion des absents, irruption du virus alors que la situation des plus âgés s'aggrave encore (polypathologies, troubles du comportement, fins de vie compliquées)... Le système est à bout.

Mais ce n'est que mi-octobre que sera lancé le "Laroque de l'autonomie" (en mémoire de Pierre Laroque le père de la Sécurité Sociale sans oublier Geneviève Laroque qui a présidé la Fondation nationale de gérontologie ?).

La loi sera adoptée en première lecture avant l'été 2021 promet l'entourage de Brigitte Bourguignon.

En lien avec le PLFSS 2021, cette loi devra répondre concrètement à la revalorisation des salaires des personnels (à domicile, en établissements), au renforcement des taux d'encadrement (+ 25 à 30 % en Ehpad notamment), avec une campagne télévisée pour les métiers du grand âge, des équipements pour limiter la pénibilité, ouverture à l'alternance...

Mais ces mesures attendues, nécessaires, indispensables, ne pourront se pérenniser sans plusieurs évolutions.

Celle des formations initiales avec une philosophie dynamique du prendre soin, des techniques pour prendre soin des situations complexes. Pourquoi reformer, voire déformer ces professionnels qui sortent de formation ? 

Impossible de pérenniser une qualité de prendre soin avec des professionnels présents, motivés, sans une culture attirante, inspirante et claire en termes d'éthique. Une culture qui travaille ces dilemmes éthiques autour de la liberté, de la sécurité (thème de notre colloque virtuel cette année accessible en ligne pendant un mois).

Une culture ouverte, décloisonnée, centrée sur l'autonomie et la qualité de vie au travail. Voir cette semaine ces expériences concrètes pour la QVT (avec un directeur d'Ehpad ayant diminué l'absentéisme par 10 en 4 ans) et les conseils de Vincent Chagué pour un management de proximité face à la crise. Voir aussi les clés proposées par l'architecture qui pense les lieux, la notion d'habiter au grand âge, l'importance des activités physiques (taï chi, handfit), la médiation culturelle même avec la maladie d'Alzheimer.

Une culture qui interroge la parole des personnes directement concernées, autonomes jusqu'au bout au sens où elles nous font comprendre ce qui est bon pour elles. Ecoutez ce reportage en Ehpad sur France Culture : « Si on est à nouveau enfermé, je saute par la fenêtre ! »

Une culture d'établissements, de services, qui affirme la nécessité d'un professionnalisme fin, précis pour aider à vieillir debout, malgré tout, jusqu'au bout.

Une culture de la bientraitance, de la qualité de vie, positive, dotée, outillée au coeur du plan de relance.

Pas une arlésienne... elle.


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