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Quel rôle pour les communes dans les politiques grand âge de demain ?

Entretien avec Hélène-Sophie Mesnage, déléguée générale adjointe de l'Unccas


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Alors que la loi grand âge se prépare, les questions et débats liés au déploiement des politiques autonomie s’arrêtent généralement à l’échelle départementale. Pourtant, les communes, échelle de vie principale des Français, jouent un rôle clef dans l’accompagnement du grand âge, et l’ont encore une fois démontré lors du confinement du printemps. Quelles missions, quels financements pourraient être les leurs demain ? Eclairage d’Hélène-Sophie Mesnage, déléguée générale adjointe de l’Unccas (Union nationals des Centres d'Action Sociale).


Le grand âge, parent pauvre des politiques sociales communales ? C’est ce qu’affirmait en septembre lors des Plateaux-Web de la Fondation Korian Frédéric Erzen, délégué général des services à la Ville de Saint-Maur-des-Fossés (94).




S’appuyant sur des chiffres de l’Insee, il souligne que « trois milliards d’euros par an, à peu près, [sont] consacrés par les communes à la petite enfance, pour 242 millions d’euros en dépenses agrégées pour les personnes âgées. »

Un ratio de près de 1 pour 10, que viennent confirmer les données du Rapport de l’Observatoire des finances et de la gestion publique locales, qui porte sur les finances publiques pour 2020. Selon la taille de la commune, le rapport entre les dépenses d’action sociale personnes âgées et action sociale petite enfance est compris entre 1 pour 8,5 et 1 pour 12 (hors CCAS).

Des chiffres nuancés par Hélène-Sophie Mesnage. D’abord parce que les Villes peuvent gérer directement les établissements petite enfance ou confier cette gestion aux CCAS, ce qui occasionne des différences dans les budgets.

Mais aussi car les personnes âgées constituent le public le plus fréquemment accompagné par les CCAS, rappelle-t-elle. Portage de repas, services d’aide à domicile, aides sociales… leur action est diverse.

Durant le confinement, les Villes étaient en première ligne, face à l’isolement notamment. Des soutiens de proximité, au plus près des personnes, par des agents qui n'ont pas ménagé leurs efforts, salue Hélène-Sophie Mesnage.

Mais leur rôle ne se limite pas à ces aides du quotidien.

« Les CCAS ont un rôle de veille sociale et territoriale, via les analyses des besoins sociaux, mais également de coordination et d’animation territoriale », rappelle la déléguée générale de l'Union nationnale de Centres communaux d'action sociale.

Une connaissance fine des réalités propres à chaque territoire, pas assez prise en compte aujourd’hui.

L’échelle communale mieux prise en compte demain ?


Pour demain, elle souhaite que les communes soient associées en amont aux travaux de prospective territoriale, d’organisation des acteurs pour sortir de cette vision très descendante dont les communes, les CCAS « et tous les acteurs en bout de ligne » font les frais.

Mais aussi que les politiques embrassent une vision large du vieillissement : « la place du citoyen âgé dans la cité ne coïncide pas avec le champ des personnes âgées. Il fait faire des ponts avec les autres politiques de la ville ».

Avec, aussi, un plus grand rôle donné aux politiques préventives. « Il faut prendre le contrepied de l’approche sanitaire, qui prime aujourd’hui sur tout le reste », déplore-t-elle.

Précarité en hausse


Autres chantiers, la réduction des disparités territoriales et la question de l’accessibilité financière et territoriale. « Les établissements gérés par les CCAS accueillent les profils sociaux les plus compliqués, et ce sera encore plus le cas à l’avenir : les travailleurs pauvres d’aujourd’hui feront les personnes âgées pauvres de demain ».

Avec une précarité générale qui augmente et des budgets restreints, Hélène-Sophie Mesnage s’inquiète : « si la réforme ne donne pas un cadre global général, qui permet la baisse des restes à charge, les communes auront du mal à compenser les difficultés des personnes âgées. C’est une période extrêmement compliquée qui démarre. »


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