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Edito : Report de la loi Grand Age : le système va craquer ?

Comment piloter les projets des structures ?


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Le compte-rendu du Conseil des ministres et du séminaire gouvernemental de ce 13 janvier 2021 est tombé à 15 heures : "“La réforme grand âge et autonomie a été abordée à l’occasion de ce séminaire (...), elle reste à l’agenda de ce quinquennat, dès lors que nous serons parvenus à maîtriser l’épidémie et la crise sanitaire”.

En clair : elle est ajournée à la fin 2021, voire en 2022...

Alors que les besoins sont connus, archi-connus, rapports après rapports, mouvements sociaux après grèves...

Et aujourd'hui : les coûts de la non-qualité s'accumulent. Les professionnels n'en peuvent plus.

Dernier chiffre : 25 % de turn-over des directeurs d'Ehpad dans le Groupe SOS Seniors
communiqué en marge du webinaire 18h18 ce mardi 12 janvier.

Comment définir, porter le projet d'un établissement quand la direction change ainsi ? Comment le déployer, le manager, l'évaluer, l'ajuster, le communiquer ? Comment piloter une situation de crise comme celle que nous vivons, sans s'éloigner drastiquement de ce projet, de ces valeurs ? Cette semaine, l'ARS Île-de-France propose un outil de gestion de risque épidémique en 3 volets.

Comment déployer une stratégie de vaccination, ajustée structure par structure, territoire par territoire, cas par cas après une mobilisation forcément pluridisciplinaire, faisant appel aux parties prenantes : habitants, proches, conseil de la vie sociale et dans le meilleur respect possible des attentes des tutelles comme ce fameux pavé de 58 pages brandi avec provocation par le président du Sénat Gérard Larcher... sachant que pour le secteur du domicile le protocole reste attendu ?

Comment mobiliser les forces en présence : les personnes fragilisées, leurs proches, tous les corps de métiers, les bénévoles pour participer aux consultations nationales comme celle de l'HAS pour le prochain référentiel national d'évaluation de la qualité ?

Comment mener la transition écologique d'autant que 80 % des Ehpad sont en retard ?

Comment déployer et pérenniser les bonnes pratiques en gériatrie comme cette semaine l’empathie dont le mot peut porter à confusion quant à son utilité et sa faisabilité ? Comme la musicothérapie au service des personnes malades aux troubles du comportement et aussi au service de la qualité de vie au travail des professionnels ?

Certes la culture du service, de l'établissement, ses valeurs, son éthique, sa vision déclinées dans son projet ne reposent pas que sur les seules épaules de la direction. Ces projets institutionnels sont de plus en plus conçus en mode participatif puis déployés, communiqués, ancrés, évalués et ajustés, petit à petit, individuellement et collectivement (ex. le déploiement de lieux de vie-lieux d'envies comme le renouvellement du label Humanitude malgré la crise).

On le sait : plus la culture d'une structure est solide, partagée, travaillée, défendue, évaluée, ouverte, plus elle agit comme un système immunitaire vaillant face aux crises, aux agressions, aux risques. Cette culture solide pour un prendre-soin de qualité favorise la solidarité (voir les conseils de Vincent Chagué). Elle peut permettre à une équipe de faire face quelque temps quand la direction change. Mais elle a besoin d'un leadership soutenant pour ré-évaluer la vision, l'alignement avec les valeurs, les moyens associés et éviter de tomber dans l'arbitraire, les prises de pouvoir, les réflexes automatiques, historiques, la réification des personnes, les besoins de liens, de relations...

Mais cette culture, cette vision, cette qualité du prendre soin centrée sur la vie, le lien, demande des moyens humains, formés, ajustés aux projets des personnes accompagnées. Cette qualité exige la présence de ces personnels aux hauts degrés de professionnalisme, capable de diagnostiquer les situations, de réfléchir aux pistes de réponses ajustées, de collaborer de manière pluridisciplinaire. Au regard des niveaux de besoins d'aides, de soins, de projets des personnes concernées, un taux d'encadrement opposable de 0,8 à 1 professionnel par personne fragilisée est requis, comme le demandait déjà le Plan Solidarité Grand Age en 2008. Mais ces équipes et ce professionnalisme ne peuvent se déployer sans sens, sans vision, sans éthique partagée dans les temps dédiés, sans des organisations adaptées, pilotées et ajustées régulièrement aux réalités changeantes de chaque personne accompagnée.

Rien à faire : cela demande des temps d'appropriation (ateliers, réunion) et d'évaluations régulières et ouvertes pour éviter les dérapages, les repérer, les sanctionner et les prévenir, éviter les situations à risques de maltraitance par défauts de compétences.

Ce turn-over des directeurs témoigne de leur sentiment d'impuissance face aux manques, aux peurs (de contaminer, d'être contaminé), face au sentiment d'isolement, voire d'abandon face aux chiffres macabres pointés sur les seuls Ehpad culpabilisant encore plus les équipes pourtant très engagées et démunies au début, face aux professionnels qui tombent malades, face à la pression des attentes des uns et des autres notamment en cas de confinement à compenser, sans soutiens, sans moyens humains formés (avec de très nombreux postes vacants), face aux injonctions contradictoires, face aux morts, aux décès que les professionnels n'ont pas le senstiment d'avoir accompagné avec la présence et le professionnalisme requis... face ainsi, à mon avis, à la perte du sens du métier, au manque du reconnaissance du niveau de professionnalisme indispensable pour un prendre soin de ces situations complexes dont on pourrait pourtant être fiers, si on s'en donnait les moyens. Regardez les propos de l'encadrement dans le documentaire Vieillir enfermés sur Arte tourné dans un Ehpad public à Paris.

Cette fuite des professionnels accentue encore la faible attractivité des métiers, les coûts de la non-qualité non mis en valeur comptablement mais socialement et humainement terribles.

Il est très urgent de questionner le sens, la vision de ces métiers du grand âge comme de ces structures pour les rendre inspirantes, attirantes, motivantes, co-construites et co-gérées avec les premiers concernés eux-mêmes, en partageant le "pouvoir" se savoir ce qui est bon pour l'autre.

Pas sûre que la seule carotte de la rémunération, même si elle est importante, suffise. Voir cette semaine la situation des médecins coordonnateurs.

Sachant que la pression économique sur les seuls citoyens âgés ne pourra répondre au défi numérique du vieillissement démographique qui va s'accélérer à partir de 2030. En 2017, 2018, exaspérés, tous les professionnels de terrain, directions comprises, s'étaient mis en grève. Aujourd'hui ils fuient le secteur.

Nous n'avons pas 10 ans pour agir.

La consultation citoyenne en cours est justement l'occasion d'affirmer les valeurs, le sens, la vision attendues mais elle n'aboutira pas à court terme à une vraie loi Grand âge autonomie arrimée à un vrai 5eme risque de protection sociale digne de ce nom.

Compliquée sans la loi de déployer une vraie campagne des métiers du grand âge revalorisés, financés.

Le grand âge pâtit encore aujourd'hui de la priorisation d'autres projet de loi. Pourtant ce secteur est une porte de sortie par le haut de cette crise sanitaire, avec des centaines de milliers de merveilleux emplois (comme les qualifie ce vieux monsieur habitant d'un Ehpad à 1 heure 49 de la vidéo) : si on lui donne du sens, du corps, une structuration, une coordination nationale et locale.

Les arbitrages ne vont pas dans ce sens à court terme. Nul doute que les coûts de la non-qualité risquent de s'aggraver encore... Avec un appel à un mouvement social dans le secteur lancé pour le 21 janvier prochain après un premier rassemblement devant le ministère de la Santé ce 12 janvier.

Parce que les professionnels n'en peuvent plus et veulent pourtant être fiers de leur métier, de leur prendre soin.


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