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La 'Validation' : entretien avec Naomi Feil


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"La validation" de Naomi Feil est une méthode pratique éprouvée pour favoriser la diminution de l’anxiété de la personne âgée désorientée, le maintien de sa dignité et de son bien-être.

L'approche repose sur une attitude basée sur l’empathie. Elle développe une théorie sur la dernière étape de la vie des personnes très âgées et désorientées qui peut faciliter notre  compréhension de leur comportement et des techniques susceptibles d’aider les personnes désorientées (ou mal orientées) à retrouver le sentiment de dignité au travers d’un accompagnement individuel et/ou en groupe.

A l’occasion de la journée d’étude « Vieillesse et perte d’autonomie psychique », Naomi Feil nous a accordé un entretien. Merci à Patrice d’Arfeuille d’Animagine pour avoir guidé l’interview et à Kathia Munsch pour son invitation et son accueil.

Pourriez vous nous dire qui vous êtes, comment vous êtes venue à la Validation ?
J’ai étudié la psychologie et la sociologie à l’Université de Columbia à New York et suis ensuite revenue à Cleveland ou j’ai grandi –je peux le dire en Français – dans la Maison de retraite dirigée par mon père et où ma mère dirigeait le Service Social.
Mon père avait créé un Département pour personnes désorientées – aujourd’hui on dit atteints de "démence sénile". En tant que psychologue il s’était aperçu que ces personnes se sentaient beaucoup mieux dans un groupe avec beaucoup de stimulations. J’ai travaillé dans ce Département de la Maison de retraite.

Quel était votre métier au départ ?
Je travaillais avec de petits groupes appelés « Groupes psychiatriques » - terme qui n’existe plus. J’ai commencé dans ce Département en y essayant les techniques j’avais apprises.

Quelles techniques ?

J’ai d’abord essayé que ces personnes expriment leurs émotions. Elles s’y refusaient. Je les mettais toutes ensemble, je ne connaissais pas les « stades de développement » j’avais donc des personnes « orientées » et « désorientées » dans le même groupe. J’ai essayé des techniques de « modification du comportement » et lorsque les personnes se plaignaient je leur disais que tout irait bien. Puis j’ai essayé de les analyser. Rien n’a marché. Elles se mettaient en colère et certaines même me frappaient.

A l’époque, quelqu’un d’autre obtenait-il des résultats positifs avec ces techniques ?
Non. Nous étions en 1963 et personne ne travaillait sur ces personnes à l’époque, personne, nulle part au monde. Je combinais Action et Analyse car j’avais étudié Freud – l’analyse Freudienne – c’est ce que j’avais étudié.

Personne, à l’époque, ne disposait d’outils qui marchaient ?
Des outils étaient utilisés sur des personnes plus jeunes, personne ne travaillait sur les personnes âgées. Le terme « démence sénile» n’existait pas.

Comment êtes-vous venue à la Validation ?
Parce que rien de ce que j’essayais ne marchait et un jour un homme a dit que le Directeur le battait dans le grenier et il s'agissait de mon père !
J’ai beaucoup travaillé avec lui et pendant longtemps – sans succès – et après sa mort j’ai appris – en faisant connaissance avec sa sœur que lorsqu’e cette personne était enfant son père le punissait en l’enfermant dans le grenier – et il n’en avait jamais parlé.
A partir de là je me suis rendue compte qu’il était une personne de son plein droit et il y en eut d’autres… une autre disait qu’il y avait un homme dans sa chambre et qu’elle avait été violée.. et dans chaque cas, en me rapprochant des familles j’ai appris qu’il s’était passé quelque chose dans leur vie mais…..

C’était trop tard
C’était trop tard, en effet. Mais j’ai appris. Et, j’ai appris à écouter et la technique a évolué petit à petit, simplement par l’écoute de ces personnes. J’ai découvert que lorsque je les écoutais parler, elles parlaient et se sentaient mieux.
J’ai donc commencé à écouter et j’ai compris qu’il y avait des stades différents et qu’aucune personne ne ressemble à une autre que certaines sont « déboussolées/désorientées » (maloriented), d’autres perdent la notion du temps et qu’il faut utiliser des techniques différentes.
Certaines personnes n’aiment pas qu’on les touche. J’ai consulté la littérature : Erikson a écrit sur « les Batailles de la vie » et j’ai réalisé que certaines personnes n’aiment pas qu’on les touche parce que, lorsqu’elles étaient enfant, on ne leur a pas appris à « faire confiance » . Il faut accepter cela. Lorsqu’on raisonne ces personnes et que l'on essaye de les changer cela ne marche pas, c’est trop tard…

Après cette somme d’observations, comment avez-vous construit la méthode Validation ?
Très lentement, très très lentement.

Combien d’années ?
20 ans, cela a été très long. J’enseignais également à l’Université, j’étais ce qu’on appelle un «Chargé de travaux dirigés » et j’avais un groupe d’étudiants – vous savez j’ai commencé par les groupes. Mes étudiants devaient me rendre des comptes-rendus très précis et leurs écrits m’ont beaucoup appris. On m’a dit qu’il fallait rédiger mes travaux mais je n’avais pas trouvé le terme Validation donc j’ai appelé cela « travaux de groupe avec personnes âgées » et on m’a dit que cela n’allait pas qu’il fallait que mette tout noir sur blanc il vous faut trouver une appellation et c’est de là qu’est venu Validation.

Avez-vous regardé ce que d’autres ont fait : Carl Rogers, Jacques Salomé ?
Après. J’ai d’abord fait mon travail sur la "Validation" et ensuite j’ai consulté les publications pour savoir qui expliquait ces phénomènes et j’ai trouvé Carl Rogers sauf que Rogers veut que les gens fassent de l’auto compréhension et ces personnes là ne le veulent pas donc elles ne peuvent pas vraiment changer comme le dit Abraham Maslow , j’ai intégré cela ses principes sur les besoins de l'être humain. Abraham Maslow dit que les gens ont des besoins qu’ils veulent exprimer : Piaget, aussi. J’ai regardé ce qu’ils font car je devais expliquer ce que je faisais.

Quel est le point de départ de votre méthode : les besoins humains ou les souhaits ? Commencez vous par les besoins humains ?
Les souhaits c’est différent des besoins. Nous avons des besoins: chaleur, sécurité, identité, travailler, se sentir utile,  et d’autres encore.
Les souhaits c’est autre chose : avoir une belle maison, un bon job….. Ceux dont les besoins ne sont pas satisfaits rentrent en eux-mêmes, ils se retirent du monde.


Quelle valeur votre méthode apporte-elle aux personnes âgées ?
Elle fait en sorte que la personne continue à communiquer, même avec un cerveau endommagé même par des gestes qui semblent désordonnés, ceux-ci sont souvent défensifs. Ces personnes communiquent. Si leurs enfants apprennent "la Validation", elles peuvent communiquer avec leurs enfants. Par exemple si une femme joue à l’hôtesse, elle se sent utile, estimée, elle recommencera à parler. Des gens qui ne parlent plus se remettent à parler.

Vous dîtes que ceux qui ont étouffé leurs émotions toute leur vie les retrouvent en fin de vie. L’homme qui n’a jamais pleuré va pleurer…
Certains qui n’ont jamais exprimé leur sexualité vont le faire dans leur vieillesse. Un homme va se déshabiller/enlever son pantalon ou d’autres qui n’ont jamais dit une grossièreté de leur vie vont se mettre à dire des jurons.

Quelquefois ou toujours ?
Pas toujours. Vous savez le comportement est une combinaison du dommage physique et psychologique et de la façon dont vous avez mené votre vie. Donc, si vous avez un dommage grave du cerveau et avez étouffé vos émotions tout cela ressortira plus tard mais si votre cerveau est en bon état cela ne sortira peut être jamais.

Quelle est votre credo ?
Respecter les personnes et les accepter comme elles sont avec leur détérioration physique et leurs besoins psychologiques, dans leur identité. Elles n’ont pas appris à être vieilles. Elles replongent dans leur passé quelquefois parce qu’elles ne peuvent faire face au présent, quelquefois parce qu’elles ont des conflits non résolus. Tout le monde n’a pas de conflits non résolus mais certains se tournent vers le passé car ils ont perdu la vue, l’ouie, la mémoire et donc reviennent vers ceux qu’ils ont aimé et les restituent avec les yeux de l’esprit. Ils reviennent à leur travail en reproduisant des mouvements, cela s’appelle faire face. On parle de démence mais ce n’est pas de la démence c’est faire face.

http://www.vfvalidation.fr/

Naomi Feil - vidéo en anglais

 

 


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Vos réactions

denise

24/07/2014 20:07

La validation par Naomie Feil


je n'ai jamais suivie cette formation mais l'article précité en donne une bonne explication




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