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Réseaux & territoires

La solitude en établissement, peut-être la pire ?

Auteur Rédaction

Temps de lecture 2 min

Date de publication 18/07/2016

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En EHPAD

Peut-on être isolé et se sentir seul en collectivité ?
La réponse est oui.

C’est un nouveau paradoxe pour ces établissements petits ou grands, médicalisés ou non, que pointe un des chapitres du numéro 149 de la revue Gérontologie et société (reprise par la Cnav) et dont le titre est vieillesses isolées, veillesses esseulées ?”.

D’un côté les personnes âgées fragilisées entrent en institution parce que le domicile est devenu trop compliqué, hostile (ils ont tous ma clé”), éloigné de tout et de tous.

L’habitat collectif est perçu comme sécurisant, rassurant, favorisant des rencontres, des échanges, entre pairs, entre frères humains du même âge (pas obligés d’expliquer ce qui leur arrive aux autres générations, qui naturellement n’ont pas vécu cette réalité).

Voici ce qu’explique Michèle Dion, professeur émérite de démographie au centre Georges Chevrier, (UMR 7366 CNRS) à l’université de Bourgogne-Franche-Comté, dans ce magazine de Gérontologie et société” : La solitude des personnes âgées en institution est une solitude cachée, car elle se déploie en milieu collectif. Quand on pense solitude des personnes âgées, spontanément on imagine un homme ou une femme seule, vivant plus ou moins chichement. C’est oublier celle des personnes déplacées”, contraintes à vivre leur fin de vie en établissement. A quatre-vingt-cinq ans, il n’est plus temps, en établissement, de se refaire un réseau, de créer des liens amicaux. Tout ce à quoi se raccrochent les personnes âgées est uniquement en lien avec un passé qu’elles n’ont pas à coeur de partager, car c’est le seul trésor d’une vie dont elles voient l’issue approcher à grand pas. Leur environnement, lui aussi subissant la crise économique et donc de ce fait très contraint, n’est rythmé que par les heures des repas. Entre-temps, il semble ne rien se passer. A la solitude vécue à domicile, souvent à l’origine de la mise en établissement, de substitue la solitude à plusieurs : c’est peut-être la pire. »

L’institution va pourtant faire de son mieux, selon ses moyens, pour respecter les attentes, les besoins, les rythmes des habitants (le H” de Ehpad). Si elle outrepasse ses droits, même pour protéger, elle sera rappelée à l’ordre (par le Défenseur des droits cette semaine au sujet de la vidéosurveillance dans l’espace privé sans l’accord de la personne concernée ou son représentant).

Question d’accord, de consentement, d’assentiment des personnes âgées fragilisées.
Question de regard sur elles, sur leurs envies, leurs projets, leurs capacités, leurs compétences.
Question collective pour une solitude choisie et non subie.

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