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Qualité & management

La bientraitance, ça ne va pas de soi

Auteur Rédaction

Temps de lecture 2 min

Date de publication 17/06/2013

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Annie de VivieLes cas de maltraitance que les médias nous révèlent sont généralement horrifiants : photos obscènes de personnes âgées dénudées, coups, mauvais traitements….

Mais ces excès – rares heureusement — masquent généralement une maltraitance beaucoup plus ordinaire. Des établissements sont-ils bien traitants lorsqu’ils privent une personne âgée de liberté au nom de la sécurité ? Lorsque des soignants privent une résidente grabataire de regards, de paroles, de touchers par souci d’accomplir « vite et bien » des soins quotidiens ? Ou bien lorsqu’ils privent une personne âgée de la marche de peur qu’elle ne tombe…

Les tensions financières des établissements et services à domicile (comme des familles pour recourir à ces aides), la fatigue des soignants, le caractère fermé des maisons de retraite, la force de l’habitude et le manque de temps pour repenser des pratiques apparemment « normales » et surtout la loi du silence, sont génératrices de maltraitance.

Ces mauvais traitements là sont plus sournois que les actes de violence pure, mais beaucoup plus répandus.

En réalité, ce que personne ne veut savoir, c’est que la bientraitance n’est pas l’absence de violence, mais une authentique réflexion éthique et des savoir-faire qui passent par l’apprentissage de pratiques différentes.

Pourtant des établissements existent qui ont remis en question leurs pratiques, qui ont formé leurs soignants, lesquels ont retrouvé le sourire et la fierté du « bon » travail accompli. De beaux accompagnements ont lieu tant à domicile qu’en établissements (voir cette maison de retraite aux 9 centenaires pour 71 résidents). Des labels fleurissent pour en attester la réalité. Vivre, vieillir et mourir en toute sérénité est possible. Encore faut-il s’en donner les moyens.

Ces labels exigeants sont par nature limités dans le temps. Le Label Humanitude s’appuie sur 5 principes comme « zéro soin de force sans abandon de soin », « vivre et mourir debout » et 300 critères (voir les images d’un des trois établissements labélisés à ce jour). Il a une durée de 3 ans. Une visite surprise peut être déclenchée au cours des 3 ans en cas d’évènements alertant comme un changement de direction, un déménagement, des signalements.

Comme je le disais au Magazine de la Santé (le 11 juin, sur France 5), aucune structure (même labellisée) n’est à l’abri d’un acte dit maltraitant”. Si sa philosophie de soin est solide, partagée et incarnée par la direction. Si les savoir-faire, les compétences des professionnels (en nombre suffisant) sont densifiés pour répondre aux nouveaux besoins (troubles du comportement). Si l’organisation est centrée sur le bien être des clients. Si la vigilance est de mise, en toute humilité, et que la parole circule dans les instances de concertation (CVS : conseils de la vie sociale), via des procédures de signalements, d’alerte (3977). Si la structure est ouverte aux regards extérieurs, aux énergies dynamisantes… le risque est fortement atténué.

Oui la bientraitance ne va pas de soi, elle se travaille, elle s’apprend, se met en oeuvre et s’évalue. On parle d’éthique de la fragilité.

La bientraitance est fondée sur le regard que l’on porte sur le soin, l’accompagnement, qui avant tout ne doit pas nuire (primum non nocere selon l’adage médical).
Elle est fondée sur le regard que l’on porte à cet autre soi, à cette vieille personne fragilisée, handicapée, mais sensible à la qualité de notre relation, avec elle, jusqu’au bout.

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