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Réseaux & territoires

A garder, à jeter : que retenir de l’année 2021 pour le secteur grand âge ?

Auteur Raphaëlle Murignieux

Temps de lecture 8 min

Date de publication 05/01/2022

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L’an passé, nous formulions le vœu que 2020 reste unique en son genre. Force est de constater que le covid est toujours là, et avec lui l’épuisement physique, psychologique des professionnels. Des professionnels de plus en plus nombreux à jeter l’éponge, faute de se sentir soutenus. Malgré ce contexte difficile à tous points de vue, 2021 nous a aussi réservé quelques bonnes surprises. Retour sur l’année écoulée en cinq tops et cinq flops.

De 2021, on jette…

La saison deux du covid

Confinements, couvre-feu, pass sanitaire… les vagues de covid-19 continuent de s’enchaîner en 2021, laissant peu de répit aux professionnels soignants.

L’année s’achève avec une cinquième vague, et surtout un nouveau variant qui se propage à une vitesse folle : fin décembre, tous les records sont battus avec plus de 200 000 contaminations journalières.

Heureusement, la vaccination amorcée en décembre 2020, dans les Ehpad, a permis de limiter un peu les dégâts. Fin 2021, 93 % des résidents avaient reçu une primovaccination complète, et 75 % des résidents éligibles une dose de rappel.

Devenue obligatoire pour les professionnels le 15 septembre, cette vaccination protectrice a aussi créé des tensions… jusqu’à l’utilisation, parfois, de faux pass sanitaires…

La loi grand âge enterrée

Malgré les promesses, les annonces renouvelées durant le quinquennat, la loi grand âge autonomie est officiellement abandonnée le 8 septembre. Une déception, mais pas vraiment une surprise pour les acteurs du secteur, après des mois de report et de revirements.

Ce qui n’empêche pas une certaine amertume. « Grand âge : adieu la grande loi du quinquennat. Ou comment ruiner un projet de société pour en faire un véritable serpent de mer. Quel gâchis ! », commente alors l’Unccas.

Le « paquet autonomie » de la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) 2022 doit venir alléger un peu la déception. Mais il sera partiellement retoqué par le Conseil constitutionnel. La réforme du grand âge continue d’avancer à pas de tortue… et le changement de paradigme n’y est pas.

Les tensions RH qui s’amplifient

Epuisement physique et psychologique, différences de traitement selon les lieux d’exercice, le statut de l’employeur, obligation vaccinale aussi : le secteur est à bout.

Si la pénurie de professionnels n’est pas née de la pandémie, la crise sanitaire l’a exacerbé au point que les départs se multiplient, que les lits, les places ferment un peu partout, que les postes vacants restent non pourvus.

Mois après mois, les acteurs alertent inlassablement les pouvoirs publics, l’opinion aussi. Malgré des avancées sur le plan salarial, malgré de nouvelles formations, des expérimentations, des nouveaux canaux de recrutement, les campagnes de communication, la révolution n’aura pas lieu en 2021.

L’éthique, les droits mis à mal

Malgré les vaccins, malgré les enseignements terribles de la première vague, les recommandations du Comité consultatif national d’éthique, les droits des âgés restent mis à mal en 2021.

Pourtant, sous la houlette de l’éthicien Fabrice Gzil, de nouveaux outils voient le jour, comme ce document-repère pour l’accompagnement des personnes âgées en ESMS.

Dans un rapport publié en mai, la Défenseure des droits Claire Hédon affirme que « l’adoption ou le maintien de telles restrictions, gravement attentatoires à la liberté d’aller et venir, ne peut être laissé à la seule appréciation des directions d’Ehpad ».

Malgré tout, ces situations perdurent sur le terrain, et des associations, des collectifs de familles lancent régulièrement l’alerte au sujet de ces Ehpad-prisons.

Et l’arrivée d’Omicron n’arrange rien : certains établissements continuent de fermer leurs portes, de restreindre les libertés des résidents, au point que Brigitte Bourguignon doive à nouveau s’exprimer en décembre pour rappeler que les mesures restrictives doivent rester « exceptionnelles », « adéquates », « proportionnées » et « limitées dans le temps ».

Le rôle propre des aides-soignants toujours pas reconnu

Entamés en 2015, les travaux de réingénierie du métier d’aide-soignant ont enfin abouti en 2021. Au programme, l’allongement de la durée de la formation et des compétences élargies.

Mais l’accès des aides-soignants au statut libéral et la reconnaissance de leur rôle propre ne sont toutefois pas pour cette fois.

Dommage pour ces professionnels en première ligne durant la crise, qui souhaitent pouvoir se former, évoluer… et qu’il faudra former et attirer en nombre pour faire face aux besoins des années à venir.

De 2021, on garde…

L’avenant 43 enfin agréé

Enfin ! Signé par les partenaires sociaux début 2020, l’avenant 43 à la Convention collective de la branche de l’aide, de l’accompagnement, des soins et des services à domicile a été agréé par les pouvoirs publics en juin 2021. Il permet la révision des classifications de la branche, associée à des revalorisations salariales d’envergure : de 13 à 15 % pour les professionnels du secteur associatif.

Mais la mise en œuvre de ces augmentations reste compliquée, avec certains Départements qui ne jouent pas le jeu. Et quid des salariés du public territorial, du privé ?

Le secteur commercial plaide pour sa part pour un tarif socle, qui permettrait de revaloriser les salaires de toutes les aides à domicile, et plus de liberté pour fixer les tarifs 2022, toujours dans le but d’augmenter les salariés.

Des demandes partiellement entendues puisque le gouvernement a instauré à partir de 2022 un tarif Apa socle à 22 euros, assorti d’une dotation qualité de 3 euros… Un tarif qui reste toutefois en deçà des coûts estimés par les pros.

La féminisation de la profession

D’aide-soignante à présidente, les femmes sont partout ! La profession se féminise, et ce à tous les postes : désormais, les femmes ne sont plus cantonnées qu’aux métiers les moins valorisés. Un pas de plus vers une réelle égalité hommes-femmes.

De l’aide-soignante/autrice/chroniqueuse Florence Braud à Nathalie Salles, nouvelle présidente de la Société française de gériatrie et gérontologie, de Fanny Durig, présidente de l’association des jeunes gériatres à Amandine Petit, Miss France 2021 et élève directrice d’Ehpad, elles sont de plus en plus nombreuses à porter haut et fort la voix des professionnels du grand âge !

Le retour du colloque ANM

Après une édition 2020 à distance, le colloque des approches non-médicamenteuses fait son grand retour sur la scène de la Villette, à Paris, en novembre.

Consacré au temps, il a réuni près de 800 professionnels pour deux jours riches de partages, d’enseignements et d’émotions. Après ces mois enfermés, séparés, les différents événements professionnels qui ont pu avoir lieu en 2021 traduisaient une vraie envie de se retrouver, une vraie envie d’envies…

Et pour celles et ceux qui n’auraient pu se déplacer, l’équipe du colloque propose une session de rattrapage, à distance cette fois.

La transformation de l’offre

Bon an mal an, le secteur poursuit sa transformation et cherche à se réinventer pour mieux accompagner les âgés d’aujourd’hui et de demain.

L’habitat inclusif compte parmi ces nouvelles solutions, soutenu par la Caisse nationale de la solidarité pour l’autonomie qui publie un cahier pédagogique sur le sujet à destination des porteurs de projet, en vue de favoriser son déploiement.

Mais aussi le fameux Ehpad hors les murs. Devenu Drad, pour dispositif renforcé d’accompagnement à domicile, il tire en 2021 un premier bilan après un an d’expérimentation. Verdict : les personnes accompagnées, leurs proches et les professionnels plébiscitent la formule, mais des questions restent à éclaircir, notamment celle de son financement si elle devait se généraliser.

En octobre, Brigitte Bourguignon lance un plan d’investissement massif dans les Ehpad, doté de 710 millions d’euros pour créer une nouvelle génération d’établissements, ouverts sur leurs quartiers mais aussi à « haut niveau de médicalisation ».

Parmi les pistes pour mieux intégrer ces Ehpad sur leurs territoires, la création de tiers-lieux au sein même des structures, encouragée par un appel à projet dédié de la CNSA.

Mais il faudra plus que cela pour transformer les résidents en habitants, pour qu’ils deviennent sujets et non plus objets de droit, avertissent l’architecte Fany Cérèse et le directeur du living lab de Rennes Kevin Charras.

La mobilisation des professionnels, de la société civile

Malgré les tensions, les déceptions — et peut-être aussi à cause d’elles -, les professionnels du secteur et la société civile se sont fortement mobilisés en 2021 pour imaginer un autre avenir, engagé et solidaire.

Dominique Libault propose la création d’un service public de l’autonomie, sur tous les territoires. La filière Silver Eco mobilise ses troupes pour continuer de faire avancer les sujets, malgré l’abandon de la loi. A Paris s’ouvre une première Maison des soignants, un lieu dédié au soutien psychologique et au bien-être des professionnels.

Le directeur d’Ehpad Laurent Garcia lance quant à lui l’Observatoire du grand âge (Ogra), un projet rejoint notamment par la journaliste et écrivaine Florence Aubenas et qui a vocation à « rendre visible ce monde clos des Ehpad, que l’on ne connaît pas ».

Puis en décembre, les premiers concernés par les enjeux du vieillissement donnent à leur tour de la voix, avec le lancement du Cnav, Conseil national autoproclamé de la vieillesse.

Porté par Francis Carrier (Grey Pride), Eric Favereau (journaliste, association VIF : vieux inégaux fous), Nicolas Foureur (médecin, fondateur de Vieux et chez soi) et Véronique Fournier (médecin et présidente-fondatrice de La vie vieille), il vise à secouer les politiques publiques en interministériel dans les domaines
de l’habitat, l’urbanisme, la mobilité, la culture, les finances, l’accès aux droits des personnes âgées, comme le CNCPH le fait pour les personnes handicapées.

Un engagement, une volonté de lutter contre l’âgisme, le manque de reconnaissance et les discriminations que toute l’équipe espère voir s’amplifier en 2022.

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