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Réseaux & territoires

Crise des métiers du grand âge : plan d’urgence du gouvernement et recommandations du CESE

Auteur Annie De Vivie

Temps de lecture 8 min

Date de publication 20/07/2022

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Arrêtés, circulaire : le gouvernement lance un plan d'urgence et une mobilisation nationale pour garantir la continuité de service et le bon fonctionnement des établissements et services médicosociaux pendant la période estivale 2022. Les professionnels du domicile et des établissements annoncent des ruptures de service inédites et étaient dans la rue ce 8 juillet face aux oublis du ségur notamment, face aux profils des personnes accompagnées de plus en plus en situation de vulnérabilités. De son côté le CESE propose un plan d’actions contre la dégradation du secteur et des métiers de la cohésion sociale.

Urgences insupportables pour les professionnels en première ligne

Difficultés de l’hôpital, fermetures de services d’urgences, de longs séjours, avec retours aux domiciles chez les proches aidants, rebond de la crise Covid, canicule, incendies avec évacuation de domicile, d’Ehpad, postes éternellement vacants… De l’Uniopss aux services d’aide et de soins à domicile moins visibles, toutes les fédérations professionnelles de l’aide à l’autonomie au grand âge font face à une situation inédite, au bord de la rupture.
Alors que le gouvernement dégaine un plan d’urgence et une mobilisation nationale, ces professionnels exigent une loi Grand Age d’envergure et pour le domicile une réunion interministérielle d’urgence (Economie, Santé, Solidarité, Handicap, Organisation territoriale et Professions de santé).

Rupture de services

L’Uniopss lance une pétition nationale Pour continuer d’accompagner, les plus vulnérables, il est temps d’agir !“

Après une manifestation sur la voix publique le 8 juillet, l’Union interpelle le président de la République, le gouvernement et les parlementaires nouvellement élus.
Face aux lacunes dans la mise en œuvre de la prime de 183 € annoncée lors de la Conférence des métiers du 18 février pour laquelle l’État et les départements doivent tenir leurs engagements, face aux risques de concurrences déloyales entre types d’établissements et services (financés ou non), face aux tensions au sein des équipes augmentées (soin) et les autres tout aussi importantes à la qualité du service… l’Uniopss exige une augmentation significative du nombre de professionnels par personne accueillie ou accompagnée afin de préserver leur dignité et leurs droits fondamentaux. Les taux d’encadrement qui sont accordés doivent prendre en compte avant tout les besoins des personnes fragiles et suivre les recommandations et normes nationales.

L’Union alerte aussi sur les conséquences de l’inflation, pour les personnes les plus précaires accompagnées comme pour les salariés aux rémunérations faibles. L’inflation impacte aussi les établissements et services, déjà fragiles financièrement. 

Si les autorités publiques ne tiennent pas compte de l’inflation dans le financement des structures, elles auront à répondre d’une possible dégradation des conditions d’accueil des personnes vulnérables,” alerte l’Uniopss.

D’autant que les profils des personnes accompagnées indiquent leurs besoins en présences professionnelle, aide et soin : 40% des habitants des Ehpad, USLD sont atteints d’une maladie neurodégénérative (soit 261 000 résidents en 2019 selon la dernière étude Drees).

De leur côté Adedom, Fnaafp/​Csf et Una attestent que les prestations d’aides et de soins à domicile ne pourront pas toutes être honorées, cet été, laissant les familles dans des situations de grande précarité et plongeant les personnes fragiles, en perte d’autonomie, dans des situations à très fort risque de drame !

En plus du manque d’attractivité endémique des métiers du domicile, la période d’inflation que traverse la France entraine une érosion du pouvoir d’achat de ces professionnels, remettant en cause les récentes revalorisations salariales déjà rattrapées par le SMIC. A cela s’ajoute la hausse du prix des carburants qui impacte durement les intervenants contraints à des déplacements quotidiens, souvent en secteur rural, mais aussi en zone urbaine.

Faute de personnel, des services d’aide et de soins à domicile sont contraints d’informer les familles de l’impossibilité d’assurer la continuité de la prise en charge pendant la période estivale. Même les interventions les plus essentielles comme l’aide à la toilette, le lever, le coucher ou l’aide aux repas sont concernées.
Les offres d’emploi diffusées largement par les structures pour remplacer les professionnels en congés, restent dans une grande majorité des cas, sans réponse. Et aucune région n’est épargnée”.


Le contexte est inédit, il est urgent que les pouvoirs publics se mobilisent.

Ces fédérations du domicile exigent à très court terme une réunion interministérielle pour proposer des mesures en faveur du Domicile et de mettre à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale une réforme en profondeur du système dans le cadre d’une loi Autonomie ambitieuse et dotée de moyens financiers à la hauteur des besoins pour que cette situation inédite ne se reproduise pas chaque année”.

Le gouvernement lance un plan d’urgence, une mobilisation nationale pour soutenir les recrutements

Un arrêté du 5 juillet, une circulaire datée du 30 juin et sortie ce jour sonnent la mobilisation. Le rapport de François Braun Urgences et soins non programmés : des réponses rapides et fortes pour l’été”, voit ses recommandations déployées. Le désormais ministre était en déplacement dans un Ssiad d’Ille et Vilaine. Quant à Jean-Christophe Combe, il a annoncé des mesures d’urgence lors de ses déplacements dans des établissements d’Ile de France. Elles mobilisent aussi les services territoriaux et déconcentrés de l’Etat : Agences Régionales de Santé (ARS), les Directions Régionales de l’Economie, de l’Emploi, du Travail et des Solidarités (DREETS) et Pôle emploi.

1. La mise en place de campagnes de recrutement d’urgence et l’activation des dispositifs de Pôle emploi. Le ministre invite à innover dans les partenariats pour attirer de nouveaux viviers” via les POEI (Préparation opérationnelle à l’emploi), APFR (Action de formation préalable au recrutement) — (Ndlr : expériences en Rhône-Alpes, en Bretagne pour recruter par le sens).

2. La mobilisation et le renforcement des filières gériatriques et équipes mobiles de gériatrie sur les territoires afin de garantir la continuité de la prise en charge médicale sans oublier l’HAD ;

3. La possibilité de recourir aux professionnels de santé libéraux : médecins et paramédicaux. Le ministre permet aussi pour les ESMS [publics et privés non lucratifs] de recourir à des contrats de vacation de gré à gré avec des professionnels médicaux et paramédicaux libéraux ou exerçant en centre de santé”. La rémunération s’effectue au forfait à la demi-journée (non cumulable avec une facturation à l’acte), avec des tarifs plafonds de remboursement variant selon le statut des professionnels : 320 € pour les médecins, 168 € pour les infirmiers et 120 € pour les masseurs-kinésithérapeutes”.

4. L’accélération de l’entrée sur le marché du travail des jeunes diplômés du secteur ;

5. Le doublement de la rémunération des heures supplémentaires pour les professionnels des établissements médico-sociaux qui relèvent de la fonction publique hospitalière (FPH).

Par ailleurs la circulaire demande aux services de lever les freins périphériques liés à la garde d’enfants et au logement, en réactivant par exemple les dispositifs d’accueil d’enfants des personnels prioritaires des ESMS ou en mobilisant les services de l’Etat et leurs partenaires pour identifier des solutions de logement temporaire dans le parc public ou privé (Centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS), foyers de jeunes travailleurs, meublés touristiques, …).

De plus, alors que la France connaît un nouveau rebond épidémique, le ministre a rappelé l’importance de la vaccination et notamment de la 2ème dose de rappel, seule protection contre les formes graves du virus, en particulier pour les personnes âgées de plus de 60 ans et les Français les plus fragiles”.

20 propositions du Cese

Ce 12 juillet, la commission permanente Travail et Emploi du CESE (Conseil Economique Social et Environnemental) a présenté un avis intitulé Les métiers de la cohésion sociale”. Il était rapporté par Evanne Jeanne-Rose (Groupe des Organisations étudiantes et des mouvements de jeunesse).

Cet avis et son rapport proposent des pistes d’amélioration à court et long termes. Il s’est appuyé sur un large recueil des témoignages de professionnels, à travers une plateforme participative en ligne sur laquelle plus de 5 000 personnes se sont exprimés, trois déplacements au sein de structures ou encore l’audition de plus de 150 acteurs de terrain.

Pour répondre en urgence à la pénurie et au malaise du secteur en rendant les métiers plus attractifs, le CESE préconise de financer une hausse globale des salaires, en assurant une nette revalorisation des minima salariaux au-dessus du Smic, et étendre l’augmentation de 183 euros annoncée par le gouvernement à tous les salariés. Il préconise également de lancer une campagne de recrutements, en particulier aux niveaux infra-bac et bac pour préparer les diplômes d’Etat dans le cadre d’une formation en alternance. Enfin, le Cese souhaite promouvoir les métiers du social par une campagne de communication axée sur l’éthique et les valeurs du travail social.

Pour redonner la priorité au sens du travail par des meilleures conditions de travail, le Cese souhaite que soit permis un meilleur accompagnement et un échange de qualité avec les personnes accompagnées. Pour cela, il préconise de garantir des taux d’encadrement des publics et des ratio de personnels qualifiés pour l’ensemble des établissements et services sociaux et médicosociaux et structures agrées pour l’accueil collectif de mineurs. Par ailleurs, le CESE préconise de simplifier et réinventer les modalités de financement à partir d’indicateurs qualitatifs et d’utilité sociale. 

Pour anticiper l’évolution des activités et renforcer la formation continue, le Cese préconise d’améliorer cette dernière afin de l’adapter aux spécificités de l’action sociale et éducative. Pour cela, le Cese incite les partenaires sociaux des branches professionnelles à investir dans un système de formation, financé en fléchant différemment des moyens existants, par des fonds conventionnels et/​ou par le concours de la puissance publique.

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