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Qualité & management

De l’incompétence inconsciente à la compétence inconsciente… et financée

Auteur Annie De Vivie

Temps de lecture 3 min

Date de publication 11/05/2022

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Pour développer une aptitude, on passe par quatre étapes du processus d’apprentissage :

1. L’incompétence inconsciente : on ne sait pas que l’on ne sait pas… 

2. L’incompétence consciente : on sait que l’on ne sait pas et on cherche à apprendre (à conduire par exemple).

3. La compétence consciente : on apprend, on voit les effets de l’apprentissage et on s’exerce pour les ancrer (des heures et des heures de conduite et quelques années les mains moites sur le volant).

4. La compétence inconsciente : on maîtrise les nouvelles compétences et on les met en œuvre sans y penser, de manière automatique, spontanée, « naturelle » (en conducteur aguerri).

Est-ce que les ESSMS ont les aptitudes pour déployer les évaluations que la Haute Autorité de Santé (HAS) vient de lancer ?

Se rendent-ils compte des attendus, des compétences qualité qu’il faut développer pour y parvenir ? Ont-ils les ressources ? 

Avec l’ouverture de la plateforme Synaé, l’incompétence inconsciente va voler en éclat.

L’incompétence consciente va alors s’imposer et réclamer de l’aide, des moyens, des logiciels (non interopérables avec Synaé à ce stade) et surtout des compétences, des temps de qualiticien pour mettre en œuvre les attendus, notamment les 18 critères impératifs centrés sur les droits des personnes accompagnées. Sans oublier les formations, les ateliers pour s’approprier le référentiel, la démarche, et les évaluations individuelles et collectives là aussi à organiser, planifier, chiffrer… financer.

La barre qualité est fixée mais qu’en est-il des moyens pour l’atteindre ?

Les postes restent désespérément vacants. L’attractivité des métiers ne remonte pas. La situation devient explosive partout sur les territoires comme dans le Grand Est où avec l’inflation, l’explosion des prix des énergies, les revalorisations Ségur non financées, on parle de « catastrophe annoncée ».

Comment chaque ESSMS va-t-il encore trouver l’énergie de remonter ses manches et tenter de répondre aux objectifs louables et critères qualité détaillés des éléments de preuve attendus ? Concernant les médicaments, voir cette semaine les outils pratiques des Dr Bréard et Benkemoun pour prévenir la iatrogénie médicamenteuse. 

Pour nourrir la qualité de vie au travail, découvrez aussi les réflexions de l’aide-soignant Alexis Bataille pour cultiver sans relâche son esprit et alimenter la relation parfois si difficile, voire impensée (inconsciemment ?) avec les personnes polypathologiques.

Inconscients du niveau de qualité du prendre soin réel sur le terrain ? Inconscients du niveau de professionnalisme requis pour accompagner les situations humaines les plus complexes ? Inconscients des pièges des pathologies, des impensés de la culture soignante, de l’âgisme ? 

Force est de constater que les médias s’emparent de la vie au grand âge quel que soit le domicile. L’enquête du livre Les Fossoyeurs a bousculé les consciences. Si l’évaluation HAS n’est pas un contrôle, le gouvernement en lance vers les Ehpad suite aux scandales qui se poursuivent. En forme de réponse : les structures privées commerciales ouvrent leurs portes et font évoluer leurs statuts en entreprises à mission. 

Mais pour que la compétence qualitative s’ancre dans les actes quotidiens, inconsciemment, on comprend que la HAS invite à des auto-évaluations régulières, annuelles, avec des regards croisés : personnes concernées, CVS, professionnels.

La démarche d’amélioration continue de la qualité basée sur des repères éthiques clairs est nécessaire pour affirmer le sens de ces ESSMS (des domiciles collectifs où l’on va vivre debout jusqu’au bout), pour relancer l’attractivité des métiers (voir la conférence réalisée par Reseda et l’ARS Bourgogne Franche-Comté cette semaine).

La prise de conscience s’impose donc, mais il lui manque de l’énergie, de l’outillage, des moyens humains et managériaux pour se transformer en actions évidentes, automatiques, inconscientes. 

Heureusement des structures pilotes existent. Elles montrent qu’on peut aujourd’hui aider à vieillir debout mais pas sans moyens. Je pense aux labellisés Humanitude (Quatre ont témoigné aux Digital Days de Silver Eco),. Je pense aux territoires amis des aînés.

Tous militent pour une vraie loi Grand âge structurée et structurante face aux défis démographiques (en lien avec les défis climatiques).

On ne pourra pas dire qu’on ne savait pas.

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