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Personnes âgées vulnérables : "Ce que la maltraitance nous enseigne – Difficile bientraitance" ; de Alice Casagrande, chez Dunod

Préface de Danielle Rapoport


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Ce que la maltraitance nous enseigne par Alice Casagrande édition dunodComment mieux reconnaître les formes de « maltraitance ordinaire » dans les établissements qui accueillent des personnes vulnérables ? Comment mieux voir ce qui insidieusement est installé, s’installe, peut s’installer dans l’institution et plonger dans la souffrance personnes accueillies et personnels soignants ?  Rassemblant dans cet ouvrage les textes de conférences  qu’elle a tenu sur ce sujet de la difficile « bien-traitance », Alice Casagrande* parle de ce dont tout être humain est en droit de recevoir. Pas d’intention de recettes toutes faites ici mais une invitation à réfléchir quotidiennement sur le sens de nos paroles et de nos actes. Leçon d’humanisme.

« Le plus communs des phénomènes dans les institutions est bien l’asphyxie lente des esprits que l’absence d’occasion de réflexion et de prise de hauteur vient sceller. »  C’est sur un chemin réflexif vers la notion de bientraitance qu’Alice Casagrande entraine le lecteur en lui livrant ses propres réflexions fruits de son expérience professionnelle d’une part mais aussi de sa formation en « Humanités » (philosophie, éthique, sciences humaines).

De quoi parlons-nous lorsque nous évoquons la maltraitance ? Que s’agit-il d’envisager par bien-traitance ?  Pour Alice Casagrande la lutte contre la maltraitance est une tentative d’éviter une réaction en miroir relativement prévisible ».
Il s’agit parmi les enjeux de permettre aux professionnels de « disposer d’une ressource de distanciation et d’estime de soi suffisantes ».  La « juste distance » ne s’établit pas dans une relation de simple face à face selon l’auteur  qui propose de l’envisager sous l’angle d’une relation à trois. Evoquant  la présence d’un ou plusieurs tiers invisibles mais décisifs elle cite en particulier le professionnel précédent ou suivant, l’entourage familial présent ou non physiquement au moment de l’action.

Comment ça va ce matin ? A partir de cet exemple de situation communicationnelle répétitive elle met en  parallèle au phénomène d’usure dont les professionnels sont l’objet celle de la personne accueillie qui se voit poser cette même question par une succession de membres du personnel soignant ou non. Tout au long de l'ouvrage c'est bien la parole de la personne accueillie qui guide la réflexion.

L’auteur s’interroge sur le chez soi en institution.  Le chez soi réel  est un espace réservé derrière une porte verrouillée, celui derrière lequel il est possible de dire non à l’autre. « Quel non reste-t-il aux personnes accueillies en institution ?".  « Un chez soi figé est-il encore un chez soi ? » demande-t-elle  encore. Le chez soi est « un tissu continu entre soi, son corps et les choses, un tissu que nous pouvons déchirer en retirant la personne de chez elle. »
Un propos qui n’est pas sans rappeler notamment celui  tenu par Eric Fiat dans son intervention "La maison, entre le ciel dont je viens peut-être et la terre où je vais sûrement",  lors du 4è colloque international sur les approches non-médicamenteuses de la maladie d'Alzheimer organisé par Agevillage et les Instituts Gineste-Marescotti, d’une part mais aussi celui de Philippe Crone qui dans son ouvrage "L'animation des personnes âgées en institution" compare le résident en maison de retraite à un arbre transplanté.

Trois deuils sont à faire pour aborder la bientraitance avance l’auteur en fin d'ouvrage.
Ceci au-delà spécifie-t-elle du risque que l’instrumentalisation du concept le fasse devenir un concept vide de sens. Un travail de deuil qui relève de l’accueil d’émotions douloureuses et du lent cheminement vers la réconciliation avec la réalité. Pour y parvenir les professionnels ne peuvent être laissés sans ressources pour suit Alice Casagrande. « Ressources de sens, de créativité et de joie, qui sont profondément solidaires d’un exercice professionnel à la fois lucide et apaisé. »

Alice Casagrande est directrice adjointe de la santé et de l’autonomie à la Croix Rouge française. Membre du comité de pilotage du Ministère de la Santé sur la promotion de la bientraitance dans les établissements de santé. Enseignante à Science Po et à l’Université d Paris Dauphine sur les thématiques d’éthique et de management.
A l’Anesm elle a été chargée de la rédaction de « Recommandations de bonnes pratiques professionnelles autour de la bientraitance, définitions et repères pour la mise en œuvre ».

Ce que la maltraitance nous enseigne - Difficile bientraitance [Broché]
Alice Casagrande (Auteur)
Prix conseillé : EUR 19,50
Broché: 224 pages
Editeur : Dunod (8 février 2012)
Pour commander Ce que la maltraitance nous enseigne - Difficile bientraitance


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