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Covid-19 : comment affronter les fins de vie en Ehpad ?

Eclairage du Dr Véronique Lefebvre des Noettes (AP-HP)


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Alors que les décès Ehpad comptent pour 35 % des morts dues au Covid-19, que le confinement contraint la plupart des victmes de la maladies à finir leur vie loin des leurs, comment accompagner, faire face à ces décès si difficiles ? Le psychiatre Boris Cyrulnik expliquaitfin mars sur France Inter comment « maintenir des substituts de lien », pour ne pas trop s’abîmer « en laissant ses parents mourir seuls ». Le Dr Véronique Lefebvre des Noettes livre ses pistes, de même que le Cercle Vulnérabilités et société dans une note publiée le 15 avril.


Lundi 13 avril, les autorités sanitaires recensaient 5 379 décès en Ehpad et établissements médico-sociaux.

Veillées numériques


Des fins de vie en isolement, face auxquelles proches et professionnels sont totalement démunis.

Si les visites restent possibles en Ehpad sur dérogation, comme l'a rappelé Emmanuel Macron le 13 avril (selon l’état de santé du résident mais aussi celui de ses proches), d’autres accompagnements peuvent aussi être mis en œuvre.

En Grande-Bretagne, où les visites sont aussi interdites à l’hôpital, certains établissements utilisent des moyens numériques pour permettre aux familles de dire au revoir à leur proche en fin de vie.

Citée par le quotidien The Guardian, le Dr Rachel Clarke, spécialiste des soins palliatifs, explique que le coronavirus transforme en profondeur l’expérience de la mort. « D’habitude, une présence proche, intime et tendre auprès des personnes en fin de vie est une composante essentiel d’un bon accompagnement palliatif (…). Les tablettes, smartphones, connexions vidéos sont utilisés comme alternatives au contact face à face, mais, bien sûr, ne peuvent le remplacer ».

Le regard du Dr Véronique Lefebvre des Noettes

Restent que ces veillées numériques constituent aujourd’hui un moyen de mieux accompagner les personnes en fin de vie et leurs proches, et méritent d’être déployées, afin de « maintenir le lien quoi qu’il en coûte », affirme le Dr Véronique Lefebvre des Noettes, psychiatre de la personne âgée à l’AP-HP et , docteure en philosophie pratique et éthique médicale (Upem).

« La fin de la vie est un moment si particulier qu’il nous affecte que nous soyons soignants, familles ou proche aidant. Qu’en est-il pour nos personnes âgées souvent polypathologiques, ayant de troubles cognitifs ne permettant plus leur maintien au domicile ?

Confinées  depuis déjà trois  semaines dans certains Ehpad, sans possibilité d’être visitées,  au soir de leurs vies ne vont-elles pas mourir seules dans le souci  paradoxal de les protéger du virus et de la mort ? Maintenir du lien quoiqu’il en coute, par l’envoie de mails, de texto, de messages en vidéo conférences maintenir de la vie aussi au travers des animations quand elles sont encore possibles, de l’écoute musicale, des petites sorties dans le jardin de l’Ehpad, du cinéma, et aussi ce que j’appellerais le bruit de fond du rythme institutionnel avec ses rituels,  du lever au coucher, des moments de repas,  de partages mêmes en petits groupe et en respectant les consignes barrières sont tout à fait possible à organiser.

Le maintien des repères spatio-temporels et des  personnels soignants sont essentiels dans le quotidien. Mais la fin de la vie n’est pas la fin de vie, et les soignants admirables dans leur mission souvent seuls au front sans autres protections que leur bouclier humain et éthique, ils répondent  présent et savent distiller, malgré le manque de masque parfois ou de gants, encore le geste qui apaise, la parole qui soutien, le lien d’humanité pour veiller sur ce souffle qui s’éteint.

Car nous nous souvenons de cette phrase de Paul Ricœur * « C’est peut-être là l’épreuve suprême de la sollicitude, que l’inégalité de puissance vienne à être compensée par une authentique réciprocité dans l’échange, laquelle, à l’heure de l’agonie, se réfugie dans le murmure partagé des voix ou l’étreinte débile de mains qui se serrent ». Le Covid-19 ne va pas assécher et déshumaniser ces moments ultimes. Même avec masques et gants, je sais que nous répondrons présents.

Mais certaines familles seront privées des gestes, des rituels cultuels qui permettent de se retrouver vivants, autour de la personne disparue pour la faire vivre encore dans nos cœurs et dans les souvenirs partagés. Car les règles hygiénistes incontournables doivent être respectées, pour préserver les vivants, alors il faudra penser de nouveaux rituels, une cellule d’écoute psychologique téléphonique avant le décès et après celui-ci. Que des émotions puissent s’échanger. C’est ce que nous avons mis en place dans mon hôpital gériatrique et cela apaise et fonctionne très bien. »

Pour aller plus loin

Partagez vos expériences, vos témoignages en écrivant à la rédaction d'Agevillapro : redaction@agevillage.com

* Paul Ricœur, Soi-même comme un autre, VII, 2.


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