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Coronavirus & grand âge aux domiciles et en Ehpad : face à une catastrophe annoncée

Pression sur les moyens, stratégie de délégation : interview de Rony Brauman, MSF, médecin de catastrophe


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A l'heure des décomptes macabres (avec les chiffres des décès en Ehpad), des alertes des soignants face au pénuries de protections, de moyens, de ressources humaines... le médico-social s'apparente aujourd'hui à la médecine de catastrophe, la médecine d'urgence et de pénurie.Nous avons demandé au Dr Rony Brauman, cofondateur de MSF, directeur d'études à la Fondation Médecins sans frontières, de partager son expérience.



Agevillage : La crise sanitaire liée à l’épidémie de Covid-19 transforme le prendre soin des personnes âgées fragilisées en médecine de catastrophe.
Aux polypathologies, aux troubles du comportement, à la fin de vie, s’ajoutent, dans notre pays, 7eme puissance mondiale, des pénuries en matériels de protection pour les professionnels en première ligne. Dr Brauman, vous vous informez des réalités en gériatrie et gérontologie. Quelle est votre analyse de la situation dans le secteur médico-social en France ?

Rony Brauman : Je ne me sens pas légitime pour porter une analyse fine de la situation mais je me tiens informé avec mes amis médecins et professionnels de santé, sur le front. Comme pour la médecine de catastrophe, les équipes, les familles, les élus, les médias doivent en premier lieu maintenir la pression pour obtenir des moyens humains, matériels, pour mobiliser toutes les ressources du territoire : des brancardiers aux pompiers, aux professionnels indispensables à la logistique, toute la chaîne doit être équipée et protégée pour prendre soin des personnes malades.

D’un côté le gouvernement tente de répondre aux attentes, de rassurer. De l’autre les pénuries en matériels sont réelles sur le terrain.

Bien qu’étant dans un pays riche, dans l’Est de la France notamment, au vu des moyens disponibles, les professionnels de santé, les médecins sont amenés à devoir trier qui aura des soins, qui n’en n’aura pas. Et les plus âgés en font les frais. Sans parler des conséquences psychologiques pour ces professionnels investis.

Mon premier mot d’ordre : faire pression pour obtenir des moyens.

Agevillage : Et si la situation s'aggrave ?

Rony Brauman : Si la situation s’aggrave, en médecine de pénurie, nous avons des protocoles discutés, connus, pour être en capacité de déléguer des compétences, ce que nous appelons dans le jargon de l’aide internationale « la décentralisation ».

En clair : des spécialistes seront remplacés s’il le faut par des généralistes, des médecins par des infirmiers, selon des protocoles prévus, définis, avec délibération des concernés.

Aujourd’hui en Afrique, les malades du Sida, faute de médecins, sont suivis par les auxiliaires de santé, des infirmiers. Ces derniers assurent la surveillance, le renouvellement des traitements avec des résultats remarquables, proches de l’Europe.

J'invite ici les professionnels ici à anticiper et mettre en œuvre cette délégation cadrée, le plus tôt possible dans chaque structure. Avant que la bombe du Covid n’éclate.

Je tiens à exprimer ma reconnaissance pour toutes ces équipes qui sont présentes sur le terrain et qui affrontent des dilemmes éthiques autour du confinement, de la fin de vie notamment.

Gageons que la pression que les pouvoirs publics soit assez forte pour leur venir en aide.

Voir aussi l'interview de Rony Brauman sur le Covid-19 en février dernier sur la chaîne FIFDH (festival international du film et forum international sur les droits humains)


mis à jour le



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Vos réactions

Bruno008

26/03/2020 11:03

Medecin


Tout ceci car il n'y a plus de masques et de protections depuis que sous le gouvernent Hollande- Touraine - Royal, ils ont jeté tous les stocks à la poubelle. 60% des médecins touchés sont des généralistes. Nous somme fin mars et nous n'avons toujours pas de FFP2. On nous envoie à la guerre en slip. C'est un scandale allant provoquer des centaines de morts chez les soignants




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