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Bientraitance et gestion : un EHPAD public de la Drôme lutte contre la grabatisation. A ses dépends ?

Près de 300 000 euros d'économies


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Marie Claude Bath HeryLa Matinière, EHPAD que je dirige, accueille 70 personnes lourdement dépendantes. L’établissement est situé dans une zone rurale au pied du Vercors dans la Drôme.
Je souhaite vous faire partager quelques réflexions qui m’animent depuis quelques temps et plus particulièrement depuis que j’ai assisté à GERONT’EXPO 2011, salon réservé aux professionnels du secteur personnes âgées et personnes handicapées, à une conférence sur la réforme de la tarification et la convergence dans les établissements et services médico-sociaux.

Que ce soit les services de l’Etat représentés par Madame Magnan, sous-directrice des affaires financières de la DGCS (Direction générale de la cohésion sociale), ou Monsieur J.P. Hardy, chef de service politiques sociales et famille, insertions, habitat, de l’Association des Départements de France (ADF), tous ont été unanimes pour annoncer les économies drastiques qui allaient être réalisées sur nos budgets. Ce qui signifie obligatoirement des moyens humains en moins, puisqu’ils représentent 70 % de nos dépenses.
Comment allons-nous faire puisque nous n’arrivons même pas à obtenir les crédits des politiques annoncées ?
Certes M. Charlanne, directeur de l’ANESM (Agence nationale de l’évaluation sociale et médico-sociale) a cru bon de préciser que bien que nous nous plaignons, les choses vont plutôt mieux depuis 20 ans dans nos établissements, ce qui est vrai mais nous partions de tellement bas !

Je crois qu’il est temps néanmoins de rappeler une fois encore que la simple équation GIR + PMP = GMPS n’est pas suffisante et qu’elle ne représente pas le meilleur moyen de réaliser des économies. Il s’agit en effet d’un grand pas vers une convergence, mais il représente aussi une prime à la grabatisation pour les établissements négligents et une punition pour les plus vertueux qui améliorent, grâce à une prise en charge bien adaptée et un personnel bien formé, l’état de leurs résidents.

Afin d’étayer mes propos, j’ai classé nos résidents suivant 4 critères :

Autonomes

Dépendants Physiques    

Dépendants Psychiques    

Dépendants Physiques et psychiques

12/70

17/70

4/70

37/70

17%

24%

6%

53%

On constate ainsi que, la dépendance au sens large, des hommes et femmes vivants à La Matinière en 2010, concerne 83% de la population totale.

Depuis plusieurs années, nous avons cherché puis utilisé des prises en charge dites innovantes, sans trop y croire au début. L’ensemble des personnels de l’établissement a été formé par la québécoise Nicole Poirier  en 2007 et 2009. Elle a révolutionné l’état d’esprit de l’établissement, et notre manière de prendre en soin les résidents. Puis la méthode dite « Humanitude », ou « Méthodologie de soin Gineste-Marescotti ®» (la formation du personnel s’est déroulée en tout début 2010), est venue compléter notre recherche en apportant aux soignants les outils concrets dont ils avaient besoin et qu’ils n’avaient jamais reçus au cours de leur formation initiale.
Je découvre avec bonheur aujourd’hui que les « approches dites non médicamenteuses »,  gros mots qui n’étaient pas à prononcer devant tout le monde il n’y a pas si longtemps, deviennent « tendance », car même les plaquettes distribuées par la Caisse Nationale d’Assurance Maladie en font la promotion.

Je voudrais surtout attirer votre attention sur les résultats chiffrés obtenus sur l’établissement grâce à ces méthodes de soins appropriés:
En 2009, 457 journées d’hospitalisation contre 265 en 2010, soit une baisse de 58 % mais si l’on traduit en euros cette différence avec une moyenne de 1 500 € par journée d’hospitalisation, c’est une économie de 288 000 € qui a été réalisée.
Le personnel de soins de jours totalisait en 2009, 239 journées d’absences pour maladie ordinaire contre 101 journées en 2010. Soit plus de 42 % d’absences en moins en un an.
Les agents affectés au service hôtellerie, cuisine, lingerie, animation totalisaient en 2009, 974 journées pour « maladie ordinaire » contre 459 en 2010 soit 47 % d’absences de courte durée en moins.

Autres résultats : l’établissement comptait régulièrement une dizaine de personnes grabataires qui ne sortaient pas de leur lit, aujourd’hui plus aucune personne ne reste au lit. Tous peuvent s’asseoir un moment, manger avec les autres en salle à manger… 
L’effet des appuis sur la santé n’est plus à démontrer et on améliore de ce fait la qualité de vie des résidents jusqu’au bout. Nous ne comptons aucune escarre qui ait pris forme chez nous. Les escarres que nous soignons sont ceux que les résidents contractent,  lors d’une hospitalisation même de courte durée. Rappelons que le coût d’une escarre est de 12 000 € environ.

Les psychotropes ont également évolué à la baisse.
Évolution en 2010 (sur 6 mois) des prescriptions des principaux médicaments psychotropes selon la pathologie neuropsychiatrique.

30 juin 2010       

Déments 

Non déments        

Psy.            

Total     

%

Anxiolytiques

8

5

1

14/70

20 %

Antidépresseurs 

13

12

2

27/70

39 %

Neuroleptiques

14

3

8

25/70

36 %

Hypnotiques

8

4

1

13/70

18.5 %

31 décembre 2010 

Déments 

Non déments        

Psy.            

Total     

%

Anxiolytiques

8

4

1

13/70

18.5 %

Antidépresseurs 

17

7

3

27/70

39 %

Neuroleptiques

8

2

7

17/70

24 %

Hypnotiques

9

3

0

12/70

17 %

Le nombre de sujets déments prenant des neuroleptiques est passé de 14 à 8 en 6 mois. Toutefois la prise d’antidépresseurs a légèrement augmentée depuis que nous sommes passés de 13 à 17 résidents déments.
En revanche, pour les résidents non déments, la prise d’antidépresseurs ne concerne plus que 7 résidents contre 12 en début d’année.

Mieux on prend en soin les personnes, plus on réalise d’économies, dont une partie pourrait être réinjectée dans le médico-social pour recruter le personnel nécessaire afin de permettre un peu plus qu’un ersatz de dignité.
Mais cela demande une implication forte des professionnels, un réel consensus des équipes et une réelle concertation entre toutes les parties (pouvoirs publics, professionnels, utilisateurs), car il ne suffit pas de former, c’est un réel projet institutionnel qui mérite d’être rémunéré à hauteur de ses besoins.

Caractéristiques :
Nombre de personnes accueillies : 70
GMP 2010/2011 : 752
PMP validé : 199
Courriel : lamatiniere.stjean.rys@wanadoo.fr
Adresse : 19, rue de l'industrie 26190 Saint-Jean-en-Royans
Me Bath-Héry est membre de l’association Asshumevie (directeurs, médecins, cadres utilisateurs de la Méthodologie de soin Gineste-Marescotti® dite Humanitude)


mis à jour le



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Vos réactions

jacqueline

24/06/2011 23:06

grabatisation acceleree


la prise en charge en ehpad public a privilégié des médicaments au detriment de séances de kiné que mon mari avait au domicile chaque jour et deux mois après son admission, mon mari était grabataire, ne marchant plus, ne parlant plus, n'ouvrant plus les yeux tout le jour.J'ai proteste en vain. Il a fallu 10 mois pour que les médicaments soient un peu allégés et 1 an pour en supprimer un autre tout autant inutile. Je suis hostile a la pratique de la prison médicamenteuse pour museler le patient sous pretexte qu'il est opposant. Pas plus opposant le 14 au domicile que le 15 dans l'etablissement,...



pilar

31/05/2011 08:05

en etre humain


merci de donner un peu d'espoir dans la prise en charge de "l'etre humain" devenu vulnerable.il manque tellement de moyens humains ,si on les reduit encore, il y aura plus de maltraitances institutionnelles




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