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Réseaux & territoires

Peut-on tout évaluer ?

Auteur Rédaction

Temps de lecture 3 min

Date de publication 17/10/2016

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édito d'Annie de Vivie

Voilà une excellente question posée par l’Espace éthique Ile-de-France le 12 octobre dernier (il vient de mettre en ligne les vidéos des débats de la journée mondiale Alzheimer 2016, sur la vulnérabilité, dans lequel j’intervenais).

Oui, on peut tout évaluer” a affirmé Jean-François Thebaut, membre du collège de la Haute autorité de santé (HAS), président de la Commission amélioration des pratiques professionnelles et de la sécurité des patients.
A partir des règles de l’art des professions, on peut évaluer les pratiques, les compétences, les process, les actions. La démarche d’évaluation devrait être un processus auto-apprenant plus que sanctionnant.
Plutôt que du travail en plus”, l’évaluation doit s’intégrer à la pratique.
Cela implique une évolution des systèmes d’information : plus souples, intelligents, accessibles, interopérables…
Et l’élimination régulière d’indicateurs afin d’aider à comprendre le réel plutôt que le complexifier.

Aux coûts cachés de la non-qualité (hospitalisation, surconsommation médicamenteuse, arrêts de travail…) il ne faudrait pas imposer les coûts de traçabilité au détriment de la qualité du prendre soin, de la relation. Attention à la procédure pour la procédure”, a souligné Frédéric Spinhirny, directeur des achats, de la logistique et du développement durable à l’hôpital Necker-Enfants malades de Paris.

Oui, on peut tout évaluer. Toute réalité si complexe soit-elle n’est pas résistante à l’évaluation” affirme Paul-Loup Weil-Dubuc, docteur en philosophie et chercheur à l’Espace éthique. Mais on distinguera l’évaluation de la valorisation d’une éthique de bientraitance par exemple.

Un système, une décision, une proposition sans évaluation, c’est la porte ouverte à la rumeur, l’opinion, l’autorité autoritaire d’un sachant”.

L’enjeu sera de savoir sur quoi porte l’évaluation, l’attention ? Sur les défauts, les manques, les erreurs, les besoins en soins (au risque de tombers dans la prime à la grabatisation”) ou sur les forces des individus et des organisations (voir l’édito : les soins infirmiers fondé sur les forces) ?

Et qui évalue les évaluateurs ?

Et puis évaluer pourquoi ? Pour quoi ? Pour qui ? Car les certifications des hôpitaux et cliniques, obtenues de haute lutte par les équipes, sont bien peu lisibles pour le grand public. Et le soufflé retombe vite, comme en atteste une cadre de santé.

Dans le médico-social, depuis le référentiel Angélique pour les Ehpad, il n’existe pas de référentiel opposable mais des démarches de certification (Afnor, Qualicert) et des recommandations de bonnes pratiques éditées par l’Anesm. D’où l’idée d’un label de bientraitance, le label Humanitude, construit par les acteurs eux-mêmes. Il suit trois indicateurs principaux : les hospitalisations, les arrêts de travail et la consommation médicamenteuse. Les résultats des établissements engagés vers le label et labellisés sont encourageants pour l’intérêt général. Et puis un label ça se donne (après une visite d’experts sur site) et ça peut se reprendre. La démarche d’amélioration continue de la qualité reste ainsi sous tension. Venez rencontrer les équipes labélisées lors de notre prochain colloque ces 3 et 4 novembre à la Cité des Sciences à Paris sur le thème De la douleur au bonheur” (attention les inscriptions seront closes ce 21 octobre).

Il en va de la qualité de vie des personnes vulnérables, protégées ou non. Voir cette semaine le rapport accablant de la Cour des comptes sur la mise en oeuvre défaillante de la protection des majeurs et l’interview de la juge Anne Caron-Déglise. Voir aussi l’analyse du CAE vers une assurance dépendance obligatoire.

Il en va de la qualité de vie au travail des professionnels du prendre soin (voir les initiatives sur la SQVT en médico-social). Un de mes indicateurs personnel est l’accueil du personnel : des professionnels ouverts, souriants, sereins, traduisent la confiance dans leur prendre soin, la fierté de leur travail, une vision claire du sens de leurs pratiques, des compétences et des techniques assurées.
Un autre indicateur : recommanderiez-vous votre structure à vos proches ?

L’évaluation est selon moi une démarche positive, dynamique, qui doit impliquer tous les acteurs.
Comme le suggère aussi l’association européenne des évaluateurs et certifiés des activités sociales, médico-sociales et de santé par Afnor certification (A2E), l’évaluation sert à « penser demain ».

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