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Qualité & management

Qu'en est-il du droit à être reconnu dans l'inconditionnel respect d'une vie digne et de qualité ?*

Auteur Rédaction

Temps de lecture 2 min

Date de publication 19/11/2018

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N’est-il pas paradoxal de refuser la moindre bienveillance à ceux qui ont mission de la mettre en oeuvre ?

Le 8 novembre 2018, Emmanuel Hirsch ouvrait la 11ème édition de notre colloque annuel approches non-médicamenteuses, par une réflexion sur l’engagement soignant. L’occasion d’annoncer sa volonté de lancer et soutenir une dynamique nationale autour des droits de l’Homme et des Ehpad, à l’occasion du 70 ème anniversaire de la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen le 10 décembre 2018.

Qualité de vie des uns et des autres ? Interrogeons-nous un instant à ce propos sur les conséquences d’évolutions qui bouleversent les pratiques professionnelles à travers des décisions essentiellement d’ordre gestionnaire. Les valeurs assumées au service du bien commun sont bafouées par des procédures trop souvent contestables. Que signifie alors, dans des contextes de haute vulnérabilité morale, une prétendue prévention de la « maltraitance institutionnelle » ? Il importe de réhabiliter et de respecter les fondements de l’engagement soignant et de ne plus se satisfaire de résolutions incantatoires. Telle est notre urgence politique !

La technicité semble dans bien des circonstances primer sur l’humanité. La disponibilité à l’égard des personnes est reniée au bénéfice du temps consacré à la mise en œuvre des procédures et des protocoles.

Au nom du dogme de l’efficience sollicité pour cautionner les renoncements, réorganisations, restructurations, redéploiements et autres modalités du « management de terrain », les intervenants sont « redistribués », « répartis », « ventilés » sans prévenance, au mépris de leurs valeurs propres.

Insultés dans leur dignité professionnelle, ils éprouvent le sentiment d’une disqualification. Leur autonomie, leur souci de concertation pluridisciplinaire, la vie en équipe vouée à servir un projet partagé, sont au mieux négligés et trop souvent bafoués, voire annihilés, sacrifiés au nom « d’intérêt supérieurs ».

Le discours managérial pénètre l’espace des pratiques, façonne des modes de pensée, altère la pertinence des actes, ramène les enjeux à l’obsession du quantitatif et du performatif, au point d’en paraître parfois caricatural ou alors tragique et d’une violence insoutenable.

À cet égard la dénomination de certaines fonctions dites innovantes comme celles de « gestionnaire de lits », « gestionnaire de cas » ou « gestionnaire de soins », s’avère aussi révélatrice de logiques, mentalités et conduites professionnelles qui imposent leurs règles et altèrent l’essence de l’accompagnement et du soin.

Au moment où nombre d’efforts sont concentrés sur l’objectif de réduire les pratiques maltraitantes, n’est-il pas paradoxal de refuser la moindre bienveillance précisément à ceux qui ont mission de l’incarner et de la mettre en œuvre auprès des personnes malades ou vulnérables qui se confient à eux ?

Il n’aura jamais été autant question dans le discours politique de « care », de sollicitude, de compassion, de souci témoigné à l’autre, au moment précisément où cette exigence éthique se trouve chaque jour davantage humiliée par des choix qui fragilisent les pratiques et contestent le droit même à être reconnu dans l’inconditionnel respect d’une vie digne et de qualité.

* Ces quelques lignes pour le moins critiques à l’égard des pratiques dont je conteste l’éthique, la pertinence et le caractère inacceptable au regard des principes de dignité, me permettent de rendre un hommage d’autant plus fort à celles et ceux qui, au cœur de l’action, dans l’engagement, défendent avec tant de passion et d’intelligence les valeurs démocratiques du soin et de l’accompagnement.


Emmanuel Hirsch est professeur des universités, directeur de l’Espace de réflexion éthique de la région Ile-de-France, de l’Espace national de réflexion éthique maladies neuro-dégénératives

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