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Accompagnements & soins

Est-il possible d'être heureux au travail ?

Auteur Rédaction

Temps de lecture 6 min

Date de publication 02/01/2019

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La cohérence pour éviter la perte de sens : La philosophie de l’Humanitude au service de la qualité de vie

Et si le métier de soignant rimait avec bonheur, plaisir, joie ? Et si la culture professionnelle abandonnait les notions de pouvoir et de souffrance pour la tendresse ? Est-il possible d’être heureux au travail dans le secteur de la santé ? C’est le pari de la philosophe de l’Humanitude associée à ces techniques de prendre soin. Et c’est un pari gagné dans les structures qui la déploie.

Mots-clés : bonheur au travail — qualité de vie — culture soignante

Êtes-vous heureux au travail ?

Etes-vous capables d’être fier de votre métier, non pas parce qu’il est difficile, parce que vous êtes dans la souffrance, parce que peu d’autres peuvent le faire, mais simplement parce que c’est un beau métier qui vous donne du bonheur, qui vous permet de donner du bonheur ?

En établissement comme dans les médias, on nous montre essentiellement des soignants épuisés, qui décrivent des situations scandaleuses de soins : « à la chaîne, pire qu’à l’usine, on les jette dans le lit, on fait des toilettes en moins de trois minutes, qui s’appellent TMC : tête-mains-cul, on les bouscule, on ne leur parle pas, on n’a pas le temps, on n’est pas assez nombreux, on les maltraite … »

Il nous paraît incroyable qu’une profession détruise son image avec une telle vigueur.

Pointe alors l’incroyable perte de sens et l’écart manifeste entre les valeurs d’une profession et les valeurs produites.

Qui blâmer ? Les conditions de travail ? Les manques d’effectifs qui seraient si importants que les soignants seraient condamnés à être maltraitants ?

Changer la culture

Depuis maintenant 40 ans, tous les jours, avec des soignants de tous les services de soins, dans de très nombreux pays, nous allons dans les services, aux lits des personnes malades présentées comme les plus difficiles, les plus souffrantes, les plus vieilles, les plus fragiles, aux comportements les plus incontrôlables.

Avec ces professionnels, au plus près de l’action, nous faisons tous les soins en essayant d’inventer de nouvelles approches, de nouvelles techniques (un peu plus de 400 d’après nos amis japonais qui les ont comptées).

Et tous les jours depuis 40 ans, nous vivons des émotions magnifiques, des instants magiques dans des rencontres improbables. Tous les jours nous voyons des soignants pleurer d’émotion et de plaisir.

Tout simplement parce que l’Humanitude procède d’un changement de culture.

Tout simplement parce que nous pensons que la culture soignante traditionnelle est source de souffrance.

Abstraction de soi, c’est-à-dire ne pas exister, ne pas exprimer ses émotions, obéissance aveugle, capacité à exécuter des besognes rebutantes, privation de liberté, souffrances… sont ainsi les bases des valeurs soignantes jusque dans les années 80. Nous nous sommes aperçus de l’impact de ces valeurs inconscientes en analysant les résultats des formations : dans le monde entier, de très nombreuses études scientifiques montrent que les formations à la manutention des malades depuis 40 ans ont fait baisser le mal au dos de zéro pour cent ! Alors que dans tous les autres secteurs de l’industrie, les formations à la sécurité donnent d’excellents résultats.

Au Québec face à ce constat d’échec, l’accent a été mis sur les équipements (lève-personne, rails au plafond…). On a vu progressivement les lombalgies baisser de 30 %… mais dans le même temps a‑t-on assisté à une augmentation des problèmes musculo-squelettiques sur les bras et à l’augmentation des cervicalgies. Pour y remédier, l’usage des draps et des alèses a été restreint pour les mobilisations dans le lit. Ne pouvant plus se plaindre du dos, des coudes, des mains ou du cou, le résultat ne s’est pas fait attendre : les professionnels ont sombré dans le syndrome d’épuisement professionnel des soignants (SEPS), et le Burn-out est rapidement devenu la première cause des arrêts maladie.

Et si une piste pour expliquer ces réalités était l’obligation inconsciente de la souffrance imposée par l’histoire de la culture soignante ?

Face à la souffrance du malade, nous opposons la nôtre. Et toutes les tentatives pour résoudre ces problèmes par des augmentations de moyens, le matériel, de personnels, sont vouées à l’échec … si la culture de la nécessité de la souffrance ne change pas.

Nous avons donc fait évoluer nos démarches de formation Humanitude de la manutention des malades à la manutention relationnelle. Puis progressivement nous avons développé des concepts d’abandon du pouvoir, de partage de plaisirs et d’émotions, appuyés par des techniques et des rituels de comportement, comme l’abandon de la blouse, le passage à la tenue civile, la demande d’autorisation de rentrer dans la chambre par la technique toc-toc, l’interdiction de faire un geste à la place d’une personne sans lui demander au préalable d’exécuter le geste, la demande systématique de l’autorisation de toucher… et des centaines de techniques qui emmènent à rendre le pouvoir à l’autre et ne jamais exercer le moindre pouvoir contre l’autre.

Comme n’importe quel professionnel, les soignants sont heureux lorsqu’ils font du bien, lorsque ce « bien » est validé par l’autre, lorsqu’ils ont la certitude d’être reconnu par les personnes et les familles pour la qualité de leur accompagnement. Ces professionnels disent retrouver le sens de ce métier. Ils ont posé le fardeau de la souffrance, ils sont enfin libres d’être ce qu’ils sont, à savoir des hommes bons et généreux, heureux dans le métier qu’ils ont choisi.

On voit alors les accidents, les arrêts de travail diminuer. Dans ces établissements labellisés Humanitude, les résidents se lèvent à l’heure qu’ils veulent, se couchent à l’heure qu’ils choisissent. Ils viennent avec leurs animaux et peuvent recevoir leur famille, leurs amis 24 heures sur 24. Ils sont quasiment tous accompagnés debout jusqu’à la mort.

Certes les soignants ont développé les techniques et les organisations de soins nécessaires à cet accompagnement debout, mais pour eux aussi, la vie a un sens : le sens de la qualité de la rencontre humaine.

Et c’est dans ces conditions, avec pour les uns les difficultés de la maladie et de l’âge, et pour les autres les difficultés d’un métier complexe, non plus face-à-face mais côte à côte, ils peuvent cheminer ensemble, librement, en essayant d’être heureux.


Rosette Marescotti est formatrice, psychogérontologue, auteur d’un mémoire universitaire sur la maltraitance en institution, Le silence des soignants. Elle enseigne depuis plus de 35 ans en situation réelle de soins la méthodologie de soin Gineste-Marescotti dite « Humanitude », conçue avec Yves Gineste. Elle est co-auteur avec Yves Gineste de la philosophie de l’Humanitude, de la manutention relationnelle, de la capture sensorielle®, méthode de pacification des CAP, et spécialiste des communications non-verbales. Au Japon, elle a été nommée Visiting Reseacher au Tokyo Medical Center.

Yves Gineste est formateur, conférencier international. Il enseigne depuis plus de 35 ans en situation réelle de soins la méthodologie de soin Gineste-Marescotti conçue avec Rosette Marescotti. Il est co-auteur avec Rosette Marescotti de la philosophie de l’Humanitude, de la capture sensorielle, méthode de pacification des CAP, de la manutention relationnelle. Au Japon, il est nommé Visiting Professor à l’Université de Shizuoka et Visiting Reseacher au Tokyo Medical Center.

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