Aller sur la navigation Aller au contenu principal Aller sur la recherche

Qualité & management

Ces soignants qui craquent

Auteur Annie De Vivie

Temps de lecture 3 min

Date de publication 20/02/2019

0 commentaires

mais ne peuvent passer à l’acte

Les derniers faits divers mettent à nouveau les professionnels de l’aide dans le collimateur des médias friands de réalités qui choquent, qui suscitent de vives émotions.

Des émotions négatives qui peuvent aider à faire prendre conscience de réalités encore cachées, encore tues entre pairs, entre corporations.

Oui des soignants craquent : ils le disent, l’écrivent, démissionnent ou ne prennent pas tous ces postes vacants. Après les mouvements sociaux de 2018, ils vont sûrement le crier à nouveau demain dans la rue pour alerter la société, la République, sur ces risques de gestes d’épuisement par manque de reconnaissance, de soutien, d’assistance, de moyen.

Oui des soignants craquent : ils ne reconnaissent pas le métier dans lequel ils se sont engagés. Ils piétinent chaque jour leurs valeurs professionnelles par des soins déshumanisés, à la chaîne.

Oui des soignants craquent devant ce prendre soin de plus en plus complexe (troubles du comportement, fins de vie en série, pressions des proches, des normes, de la gestion…).

Sont-ils assez munis, outillés ? Ont-ils appris à travailler en équipe ? Connaissent-ils les approches alternatives (non médicamenteuses par expemple qui misent sur la tendresse), connaissent-il les ressources de leur territoire ? Voir cette semaine les démarches (télémédecine), outils et jeux proposés aux équipes de terrain par l’ARS des Hauts-de-France. L’objectif est d’aider les équipes à travailler ensemble, en interdisciplinarité avec une meilleure connaissance des relais de proximité. Voir aussi ces rapprochements entre acteurs (Una/​Nexem cette semaine) pour mieux répondre aux enjeux du vieillir aux domiciles.

Oui des soignants craquent mais ils ne peuvent passer à l’acte.

Si le risque zéro de dérapage, de geste malheureux n’existe pas, le cadre et les repères doivent être clairs : aucun geste maltraitant ne peut être toléré. Il doit être immédiatement repéré et circonscrits. Si l’erreur occasionnelle est une source d’amélioration de la qualité, tout acte maltraitant répété et intentionnel vaut sanction.

Cela demande de clarifier ce cadre, de l’expliquer, le ré-expliquer chaque jour (sur le terrain, lors des transmissions), chaque semaine (staffs, ateliers), chaque mois (comités de direction, de pilotage, de qualité, de bientraitance), chaque année (entretiens annuels, réunions, fêtes, bilans individuels et collectif avec tous les professionnels, les clients, résidents, proches, familles, élus…).

Cela demande des recueils de signalement connus, lisibles, efficaces car suivis d’effets.

Cela demande de rester humble, vigilant mais aussi déterminé à prévenir, lutter et réagir à toute maltraitance (voir notre dossier cette semaine en écho aux recommandations de la Commission bientraitance pilotée par Denis Piveteau).

Cela demande de rester apprenant chaque jour : comme ces ESMS laboratoires voulus par l’action sociale de l’Agirc-Arrco présentée par Anne Saint-Laurent, comme ces ESMS engagés dans les démarches RSE pour la qualité de vie des uns et des autres.

L’innovation comme moteur de la Silver Economie et du prendre soin quotidien.

Parce que les soignants, les professionnels de l’aide et du soin ne veulent pas craquer.

Ils veulent être fiers de leur travail. Ils veulent rassurer la société, la République sur le fait que l’on peut vieillir debout même avec une maladie neurodégénérative, neuro-évolutive (voir le reportage au 13h de France 2 à 21 minutes, dans un Ehpad de la région parisienne engagé vers le Label Humanitude, en contrepoint des faits de maltraitance relayés).

Adaptons notre société à son vieillissement et faisons en sorte que ces soignants, indispensables, ne craquent pas.

Partager cet article
Tags