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Accompagnements & soins

Animaux, relations affectives et activités

Auteur Rédaction

Temps de lecture 8 min

Date de publication 19/03/2019

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De la création d’une mini-ferme à la colombophilie en établissement pour personnes âgées dépendantes

Une mini-ferme en centre-ville au sein d’une association d’hébergement et d’accueil de personnes âgées en perte d’autonomie, une initiative menée depuis 2012 pour améliorer la qualité de vie au quotidien. Devant l’intérêt de la médiation animale, l’équipe et les résidents ont suivi la passion d’un colombophile.

Mots-clés : Animal — mini-ferme – envie – caresse – soin — pigeons voyageurs – colombophilie — troubles du comportement – socialisation — médiation

L’association « Maison de l’Amitié » labellisée Humanitude depuis 2012, comporte 5 établissements dont 4 structures médico-sociales située au centre-ville historique d’Albi en zone piétonnière proche de la cité épiscopale reconnue patrimoine mondial de l’Unesco. En 2012, lors de la rénovation des locaux du centre d’accueil de jour autonome « Le Petit Cantou », a été créé une mini-ferme à l’intérieur de la cour. L’idée de départ était de créer un espace de vie supplémentaire et diversifier les relations affectives par la présence d’animaux.

Véritable travail d’équipe, il a fallu se documenter, se « former », lever les freins liés à l’hygiène, les odeurs etc. Notre action s’est centrée sur le bien-être de nos animaux avec des espaces pour les nourrir, entreposer leur alimentation, prévoir les vaccinations et vermifugations des uns et des autres.

L’accessibilité était aussi un point important afin de faciliter les allées et venues des professionnels comme des usagers dans la ferme. Le risque de mauvaises odeurs devait être pris en compte, mais l’utilisation de bois déchiqueté comme litière a permis d’éliminer totalement cette nuisance. Chaque membre de l’équipe a pu transmettre à son tour aux personnes accueillies, stagiaires et remplaçants les notions nécessaires aux bons soins à prodiguer aux animaux.

Des réunions de travail ont été menées avec comme ordre du jour : comment préparer une sortie avec Irma la chèvre, à quel rythme les alimenter ou bien encore faire comment attraper et baguer un pigeon… Cette étape était primordiale pour construire nos interventions et animations avec les animaux. 


Cette mini-ferme et ses habitants ont intégré le projet de service de l’accueil de jour « Le Petit Cantou ». Son activité s’est aussi élargie à l’ensemble de l’association. Il n’est pas rare de voir des bénévoles ou la directrice nous aider à nettoyer, le personnel de cuisine apporter les épluchures, ou des familles leur apporter des déchets verts.

Nous avons abordé cette mini-ferme comme une activité supplémentaire, quotidienne et riche en repères. La méthode de travail de l’équipe était « d’utiliser » l’animal dans le but d’améliorer la qualité de vie des usagers du cantou en augmentant leur motivation et leur envie à participer à des activités. Dans ce cas, l’animal n’est pas considéré comme un intermédiaire mais devient le centre d’intérêt de l’activité. La personne passe alors du statut de « soigné » à « soignant ». L’animal lutte contre la sédentarité, s’occuper d’un animal oblige, sans que l’on s’en rende compte, à rester actif par le biais des soins et des repas à donner.

Ces objectifs ont été rapidement atteints et certaines vertus inattendues sont apparues. Il nous est apparu important dès le départ comme pour toute personne adhérente de l’association Maison de l’Amitié, d’augmenter le périmètre de marche de la chèvre Irma. C’est pourquoi des promenades en ville et des sorties en nature sont organisées deux fois par semaine permettant à Irma de brouter et de sortir, accompagnée bien évidemment par de nombreux chevriers issus du Cantou. 

En ville, Irma est devenue une attraction et les personnes qui l’accompagnent ne passent pas inaperçues à Albi. Plusieurs articles dans le journal local avec photo sont parus, sans oublier les réseaux sociaux. Oui, en effet des « vieux » sont devenus, grâce à notre chèvre, des personnes plus faciles à aborder. Irma est devenue médiatrice, favorisant les rencontres et les échanges avec les passants, les touristes. L’équipe de l’association poursuit avec d’autres projets (emmener Irma en pique-nique, des oiseaux en vacances, le lapin comme support d’activité avec des enfants etc). A la Maison de l’Amitié, la mini ferme est en libre accès, notre cour étant ouverte à tous.

De la mini-ferme à la colombophilie


Ainsi, l’espace volière habité par des colombes et tourterelles n’a pas été investi de la même façon. Lors d’une journée porte ouverte en 2015, un colombophile passionné a proposé à l’équipe de l’accueil de jour « Le Petit Cantou » de transformer cette volière en colombier pour pigeons voyageurs. Ce projet avait pour but d’impliquer les personnes accueillies dans une activité régulière, structurante dans le temps, en les incitant à prendre soin des pigeons, à participer à leur développement. Il s’agit de les élever et les éduquer à rentrer au colombier. L’intérêt est aussi de réguler une population de pigeons de ville trop importante dans la cour.

Après validation du projet par la direction, l’équipe, les usagers et les familles, ce passionné est devenu notre parrain. La volière a été totalement réaménagée pour accueillir 15 pigeonneaux en mars 2016. Nous ne connaissions pas du tout ce sport qu’est la colombophilie. Nous sommes devenus adhérents de la colombe albigeoise qui nous a accompagnés, soutenus et transmis toutes les connaissances et compétences nécessaires pour soigner et élever ces pigeons. A débuté les entraînements, le conditionnement en sifflant pour les habituer à revenir, les caresses, les câlins. Nous les avons regardé grandir, apprendre à voler et ce chaque jour. Et c’est ainsi qu’en mai 2016 nous avons organisé notre premier lâcher au centre-ville d’Albi.

Cela était un tel évènement que la presse locale s’est déplacée. Il a été intéressant encore de voir un enrichissement des interactions sociales en présence de l’animal avec des passants curieux de voir ces oiseaux s’envoler. Petit à petit les distances de lâchers ont augmenté, les sorties avec les usagers du Petit Cantou ont été organisées en suivant un plan précis d’entraînement. Chaque personne avait une tâche à accomplir, les usagers restés au Cantou avait pour mission de siffler pour aider les pigeons à rentrer et de veiller à ce qu’il trouve l’eau et la nourriture nécessaire.

Pour tout le monde, ces pigeons sont devenus des déclencheurs de « souvenirs et de sourires », nous avons constaté un profond attachement à nos oiseaux, l’émotion exprimée ou affichée lors de l’envol ou du retour à la maison en témoignent.

En 2018, la 3ème génération de pigeonneaux a été inscrite en compétition, encore une fois les usagers et l’équipe ont su relever le défi. Au mois de mai, pour leur première course, nos oiseaux ont pris le départ à Agen, et notre premier pigeon est rentré à la vitesse de 58 km/​h. Ce résultat ne nous a pas permis de remporter la victoire, mais « jouer nos pigeons » (selon les termes colombophiles) a été encore une étape dans notre projet.

Cette initiative est assez unique et originale en France. Un article paru dans le bulletin national de la fédération colombophile française en témoigne comme « Une initiative originale : un colombier auprès de personnes âgées en terre albigeoise ».

L’animal comme auxiliaire du prendre soin


A l’accueil de jour « Le Petit Cantou », les personnes accueillies souffrent de maladies neuro-dégénératives et vivent à domicile. Ces pathologies peuvent induire des troubles du comportement : anxiété, agitation, apathie… La prévention et la gestion de ces troubles est une part importante du travail des accompagnants. Leur présence et fréquence, impacte directement la qualité de vie des personnes et la qualité de vie au travail des professionnels dans nos établissements.

Au quotidien l’approche non médicamenteuse Humanitude est indispensable, nécessaire et efficace. Et c’est dans la même démarche que nous inscrivons de plus en plus la présence de nos animaux auprès des professionnels et des personnes accueillies.
Boris Lévinso, pédopsychiatre, fondateur de la zoothérapie, souligne que « les animaux sont utiles aux personnes qui atteignent des stades plus fragiles dans leurs vies » (perte d’autonomie, vieillesse, maladie, isolement). Dans notre pratique, nous avons pu le tester, l’observer et le mesurer. L’animal appelle à la communication tactile, en effet souvent le premier réflexe des personnes face à l’animal est de le caresser. L’animal est vivant, chaud, il bouge et peut entrer en contact par son regard et son mouvement.
La simplicité de la relation basée uniquement sur le contact physique va stimuler la personne sur le plan émotionnel. Il apporte du réconfort et permet la baisse du stress et de l’anxiété par le contact tactile que procurent les caresses. Il enrichit les relations affectives et émotionnelles si importantes pour ces personnes.

L’animal ne juge pas et la parole n’est plus de mise. Le toucher prend alors toute sa dimension. Cette stratégie est de créer des sensations corporelles douces, liées aux caresses. L’animal n’est pas un thérapeute, il ne va résoudre tous les problèmes. Pour que cela fonctionne il faut qu’il y ait une accroche, une envie, un désir en fonction de la personne et de son histoire de vie. La présence de l’accompagnant au moment de la rencontre est nécessaire mais lorsque le lien est créé, il peut s’effacer.

C’est avec ces expériences que nos animaux sont devenus des auxiliaires d’animation et d’accompagnement au quotidien. Et pour un accompagnant, cette dimension de l’animal auprès de publics âgés, désorientés comme moyen d’améliorer la qualité de vie et de prendre soin des personnes est une formidable source de motivation pour mettre en relation l’homme et l’animal.

Julien Bacabe est employé depuis 2009, au Centre d’accueil de jour autonome « Le Petit Cantou » de la Maison de l’Amitié comme aide-soignant. Il est référent du projet « mini ferme ».

Nelly Bedout est employée depuis 2004 au Centre d’accueil de jour autonome « Le Petit Cantou » de la Maison de l’Amitié. Depuis 2010, elle est responsable et chef de service. En 2014, elle devient référente Humanitude.
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