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Accompagnements & soins

Vivre ensemble en Humanitude

Auteur Rédaction

Temps de lecture 6 min

Date de publication 05/02/2020

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La tendresse au c½ur du prendre soin. Un outil : l’acte gratuit

Et si le métier de soignant rimait avec bonheur, plaisir, joie ? Et si la culture professionnelle abandonnait les notions de pouvoir et de souffrance pour la tendresse ? Est-il possible d’être heureux au travail dans le secteur de la santé ? C’est le pari de la philosophe de l’Humanitude associée à ces techniques de prendre soin. Et c’est un pari gagné dans les structures qui la déploie.


Mots-clés : Humanitude – tendresse – autonomie – solitude – citoyenneté – capture sensorielle — acte gratuit

En France, une personne sur huit souffre de solitude*. Chez les plus de 75 ans, 27 % sont concernés, soit plus du double.

Un tiers des personnes résidant dans des structures ne reçoivent jamais de visites de proches. Moins de 15 % ont des contacts répétés avec la famille proche. 20 % enregistrent une visite par mois ou plus. La solitude et l’isolement sont désormais reconnus comme des risques importants associés au vieillissement.

Le conseil économique et social (CESE), précise que « le manque de relations finit par engendrer la souffrance ». Mais nous savons que cette solitude a également des conséquences sur la santé et le renforcement de certaines pathologies comme la dépression, mais aussi un désengagement par rapport à l’envie de vivre. Elle a un impact au niveau collectif sur la citoyenneté.

Lorsqu’une personne vit seule et bénéficie de services à domicile, nous n’avons pas de mal à imaginer qu’elle soit dans la solitude par manque de rencontres. Cela semble plus étonnant dans les établissements qui accueillent des personnes fragilisées, ne serait-ce que parce qu’elles sont nombreuses, ensemble, avec un personnel, soignant, présent toute la journée.

Pourtant le constat est là : dans la grande dépendance, nos études en Humanitude ont montré que le temps moyen de rencontre soignant-soigné en soin direct est d’environ 40 minutes par jour. Sur ce temps, les personnes les plus fragilisées, grabataires, reçoivent une moyenne de :

  • 120 secondes de communication directe par jour
  • 9 regards validants
  • Aucun toucher à caractère amical. Les touchers sont souvent vécus comme agressifs car ils se passent au moment du soin. Ces touchers sont rarement acceptés lorsque l’approche n’est pas adaptée

Nous constatons de plus une grabatisation souvent iatrogène, qui ne permet pas d’aller à la rencontre de l’autre afin de créer les liens indispensables pour rompre la solitude et exprimer son autonomie.

Face à ces constats, comment défendre un prendre soin digne des personnes fragilisées par l’âge, la maladie, le handicap ?

Peut-on accepter qu’une partie de la société vivent dans l’exclusion ? Comment faire pour ne pas rester aveugle devant ce constat de solitude, face à ces personnes immobilisées dans un fauteuil, aux regards vides ou pleins de tristesse, s’enfonçant dans l’immobilisme, voire la dépression ?

Soignants, nous qui prenons soin des personnes fragilisées jusqu’au bout de leur vie, N’ACCEPTONS PAS qu’inconsciemment elles restent des personnes anonymes dans leurs propres regards.
Leurs visages, attitudes, silences ou cris, leur angoisse, tristesse, indifférence, leur vulnérabilité… Autant de détresse qui nous investissent de notre responsabilité et nous disent notre devoir.

Avec une main amie, nous pouvons dépasser la tristesse”


Pour l’Humanitude, la tendresse est au coeur du soin. Nous savons aujourd’hui qu’elle participe à la construction de l’enfant et nous connaissons les lourdes conséquences du manque de relations affectives lorsque ce besoin n’est pas satisfait. Elle est nécessaire tout au long de la vie afin que l’Humain se sente reconnu par ses pairs au sein du groupe. Il est donc de notre devoir d’intégrer la tendresse dans le prendre soin. La philosophie de l’Humanitude demande aux soignants de respecter les particularités de l’Homme, particularités qui l’ont construite tout au long de sa vie.

Donner et recevoir de la tendresse n’est pas un acte naturel dans nos institutions où l’on prône le plus souvent la distance thérapeutique” qui s’est progressivement transformée dans la recherche d’une juste distance” souvent difficile à trouver si des outils ne sont pas proposés. La tendresse c’est la sève de la relation, c’est ce qui fait que deux êtres vivants s’approchent, se rencontrent et qu’ils peuvent peut-être se découvrir et se reconnaître sans se menacer” (Jacques Salomé).

Une existence sans tendresse entraine un grand vide dans la vie psychique et affective de la personne


Par ailleurs, lorsque nous avons des regards, paroles, gestes qui montrent notre tendresse à une personne, nous diminuons notre stress et notre anxiété. L’ocytocine, qui joue le rôle de neurotransmetteur, est en effet libérée dans notre cerveau et dans celui de la personne qui reçoit de la tendresse. L’ocytocyne est une hormone impliquée dans les comportements sociaux comme la confiance, l’altruisme, la création de liens.

Il est donc indispensable d’intégrer la tendresse au soin et de professionnaliser la relation, de créer des outils qui nous permettent de tisser des liens avec la personne désorientée, fragilisée. Non pas pour prendre du pouvoir sur elle, mais pour qu’elle se reconnaisse dans le groupe des humains, qu’elle s’ouvre à la vie, à la rencontre, redécouvre son autonomie et son désir de participer à la vie de la collectivité.

La « Capture sensorielle » est en Humanitude le premier outil relationnel qui se déroule en quatre étapes (les pré-préliminaires – les préliminaires – le rebouclage sensoriel – la consolidation émotionnelle). Cet outil est un préalable à toute rencontre et il met en jeu trois piliers relationnels qui sont le regard, la parole et le toucher ainsi qu’un pilier identitaire qui est la verticalité.

Donner envie d’avoir envie


Nombreux sont les résidents qui ne reçoivent aucune visite. Leurs seules relations auront lieu au moment des actes de soins. Il est indispensable d’intégrer ces personnes dans les activités de la vie sociale et de leur donner envie d’y participer. Pour avoir l’envie d’avoir envie”, l’Humain a besoin de se sentir exister. La tendresse sera notre vecteur de l’indifférence vers l’envie, vers le plaisir du partage. Nous avons créé un outil professionnel paradoxalement appelé l’acte gratuit”.

L’acte gratuit est le fait d’agir en dehors de toute contrainte, c’est une preuve de bienveillance que l’on porte envers autrui, dans un geste de tendresse désintéressé. C’est donner des gestes, des attentions pleines de tendresse comme une main qui se pose amicalement et longuement sur l’épaule, s’asseoir quelques minutes face à une personne, votre main recouvrant celle du résident, partager une boisson, échanger quelques paroles…

Il s’agira d’augmenter les temps de rencontre avec les professionnels de l’établissement. Chaque rencontre doit être chargée de tendresse afin que cette dernière soit ressentie par le résident.

L’acte gratuit est aussi bénéfique pour le soignant, pour le professionnel de la structure. En partageant sur cet outil de l’Humanitude, une cadre de santé nous confiait que ce moment la recentre et lui procure une profonde sensation extrêment agréable. En effet, me dit-elle, dans ce temps-là, elle arrête tout travail pour être toute entière dans la relation.

Ces actes gratuits seront soit spontanés, soit planifiés. L’objectif est de permettre à la personne fragilisée de redécouvrir le partage, de lui permettre de sortir du sentiment de solitude, d’ennui, de réduire un comportement dit d’agitation pathologique, de lui donner l’envie d’être avec d’autres personnes, de s’exprimer, de retrouver son autonomie, continuer à se sentir citoyenne à part entière afin de participer à la vie de la cité comme elle a fait tout au long de sa vie, d’être heureux.

Rosette Marescotti, co-auteure de l’Humanitude, psycho-gérontologue, chercheuse associée Tokyo Medical Center, Japon, est formatrice, psychogérontologue, auteure d’un mémoire universitaire sur la maltraitance en institution, Le silence des soignants. Elle enseigne depuis plus de 35 ans en situation réelle de soins la méthodologie de soin Gineste-Marescotti® dite « Humanitude », conçue avec Yves Gineste. Elle est co-auteur avec Yves Gineste de la philosophie de l’Humanitude, de la manutention relationnelle®, de la capture sensorielle®, méthode de pacification des CAP, et spécialiste des communications non-verbales. Au Japon, elle a été nommée Visiting Reseacher au Tokyo Medical Center.

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