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Qualité & management

Les soignants peuvent aussi être des aidants : comment se ressourcent-ils ?

Auteur Annie De Vivie

Temps de lecture 5 min

Date de publication 30/03/2022

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La Maison des soignants à Paris organisait le 16 mars une journée sur les soignants-aidants avec le soutien des accueils Manureva Répit. Aux témoignages poignants ont succédé les pistes de réponses à cette question : comment les soignants-aidants se ressourcent-ils ?

Témoignages poignants de soignants-aidants : ils se réfugient beaucoup dans le travail

En tant que soignant, on peut facilement se désigner ou être désigné comme l’aidant d’un proche malade, qui se fragilise.

Pour le docteur Vincent Valinduck, médecin généraliste à Paris et chroniqueur à Télématin, il est évident de s’investir en tant que proche aidant de sa maman, malade Alzheimer, diagnostiquée jeune. 

« C’est douloureux de voir son parent avancer dans cette maladie qui demande une présence constante et ajustée. C’est aussi une chance d’être un professionnel de santé pour vérifier les piluliers, accélérer certains processus avec des confrères. Accepter d’aller vers des solutions de répit à la maison (aides à domicile) a été long. Mais la maladie nous a soudé avec mon père et mes frères », témoigne-t-il.

« Comment je me ressource ? J’essaie de dormir mais je pense que c’est mon travail qui me ressource. L’inactivité m’angoisse. Plus j’en fais mieux je me porte. »

Même son de cloche du côté du docteur Marion Lagneau, gastro-entérologue et proche aidante de son époux atteint d’une maladie invalidante invisible depuis 20 ans. Elle aussi avoue s’être réfugiée dans son travail tout en gardant une journée pour ses enfants. « Je ne réfléchis pas : j’avance », confie-t-elle. « Mes vacances c’est quand les autres le sont. J’ai découvert les difficultés de relations avec mes pairs, médecins. Aucun ne m’a posé la question de comment j’allais, moi. Aussi je me suis formée à la communication médicale : comment annoncer une maladie ? Comment écouter la personne malade sans oublier ses proches ? »

Oser dire que l’on ne veut plus aider
 : c’est le parcours de Florence Braud, aide-soignante en unité d’hébergement renforcée, auteure, blogueuse. Elle s’est retrouvée proche aidante de sa belle-mère. A son divorce, elle s’est sentie piégée, obligée de continuer d’aider. Seule solution, la fuite ? Elle a posé le fait que ce n’est pas elle qui avait fait le choix de rester dans une maison isolée, loin de son fils qui était parti, lui.

Sa manière à elle de se ressourcer ? C’est là encore de travailler, d’écrire dans des revues spécialisées, de participer à des évènements, conférences.

En tant que soignant, comment résister au fait que l’on sait, que l’on doit prendre en soin son proche qui se fragilise ? Ne pas le faire est-ce que ce serait le trahir ? Est-ce que « être un bon enfant” c’est trouver sa place auprès de son parent ou agir 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 ? questionne le Dr Rossinot auteur de « Aidants c’est invisibles » aux éditions de l’Observatoire. Les chirurgiens savent qu’ils ne doivent pas opérer leurs proches au regard du manque de recul, de discernement que la situation impose, rappelle la médecin.

Retour en vidéo des interventions à la journée soignants-aidants du 16 mars 2022 à la Maison des soignants à Paris 

Pistes pour trouver du répit, se ressourcer

La Maison des soignants est une initiative de l’association SPS : Soins aux professionnels de santé. Elle rappelle que 50 % des professionnels de santé déclarent être ou avoir été en situation de burn out, 47 % ne savent pas à qui s’adresser en cas de difficulté, 48 % pensent que leur souffrance psychologique pourrait impacter la qualité des soins au point de mettre en danger la santé des patients.

Ces réalités peuvent s’accentuer quand le soignant devient proche aidant.

La Maison des soignants offre des solutions autour de trois axes :

Parmi les autres ressources partagées ce 16 mars qui cherchent à aller vers les proches aidants et leur proposer des solutions de répit :

24 recommandations de la stratégie gouvernementale pour les salariés aidants et donc les soignants-aidants

Dans le cadre de la stratégie gouvernementale 2020 – 2022 Agir pour les aidants, la plateforme RSE a rendu son avis mi-mars, riche de 24 recommandations. Des recommandations qui s’adressent au gouvernement, aux entreprises, mais aussi aux partenaires sociaux et aux fédérations professionnelles. 

Elle recommande notamment au gouvernement de faciliter la vie des aidants en accompagnant plus efficacement les personnes âgées dépendantes, les personnes en situation de handicap, les patients en sortie d’hospitalisation et de soutenir la valorisation des compétences acquises par les aidants.

Tout comme aux entreprises, qu’elle encourage aussi à sensibiliser sur la question en interne (direction, managers, collaborateurs), à donner plus de flexibilité aux aidants en matière de temps et d’organisation du travail, ou encore de proposer des programmes de soutien et d’accompagnement à leurs salariés aidants.

Des mesures déjà mises en œuvre dans un certains nombres de structures. Une cinquantaine d’initiatives sont ainsi recensées sur le site du prix Entreprises & salariés aidants.

De quoi inspirer les entreprises en quête de bonnes pratiques RSE.

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