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Qualité & management

Revalorisations non financées, inflation, pénurie de personnel : pour les fédérations comme les directeurs, il y a urgence

Auteur Raphaëlle Murignieux

Temps de lecture 4 min

Date de publication 28/09/2022

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A la veille de la grève générale prévue jeudi, huit fédérations du secteur social et médico-social non-lucratif*, réunies en intersyndicale, appelaient à la mobilisation ce mercredi. L’objectif : alerter sur les difficultés rencontrées par les structures du secteur, faute de personnel et de financements suffisants. Des difficultés également pointées par l’AD-PA et la Fnaqpa dans trois conférences de presse organisées cette semaine.

* Mutualité Française, Fédération des acteurs de la solidarité, CNAPE, Fehap, Nexem, Unapei, Uniopss et Unicancer.

Tous se rejoignent sur les constats : si elles ne sont pas nouvelles, les pénuries de personnel s’aggravent. « Nous comptons 39 % de candidats de moins qu’il y a dix ans », estime la présidente d’Axess Marie-Sophie Desaulle, alors que les besoins se multiplient et que les métiers de l’humain sont de plus en plus indispensables

Un manque de personnel qui conduit à une dégradation massive de l’accompagnement des plus fragiles : Marie-Sophie Desaulle, 20 % des interventions à domicile ne sont plus assurées, qu’il s’agisse d’accompagnement ou des soins, et les Ehpad limitent les admissions.

Face aux problèmes de recrutement, Antoine Renaudin, directeur du Village Saint-Joseph à Nancy (AD-PA), n’a pas d’autre choix que le recours à l’intérim : 3,5 ETP d’aide-soignant et un demi ETP d’IDE sont occupés chaque semaine par des intérimaires. Avec un surcoût non négligeable, qui augmente chaque année.

Pour Eric Morgenthaler (Fnaqpa et AD-PA), directeur de La Charmille de Saint-Quirin, une autre difficulté se présente : situé en milieu rural, l’établissement n’attire pas les intérimaires. Seule solution, fermer des places, confie-t-il.

Et l’avenir n’est guère plus rose : s’il manque 50 000 professionnels aujourd’hui à l’échelle du secteur privé non-lucratif dans son ensemble, d’ici à 2030, 150 000 postes seront à pourvoir. Mais comment attirer des candidats ?

« En début de carrière, une aide-soignante gagne, hors prime, moins que le Smic. Une IDE en fin de carrière, 2000 euros nets avant les primes, alors qu’à 62 ans, elle doit travailler le week-end, est en charge d’une équipe et de dizaines de résidents », s’indigne Isabelle Kuntz, directrice d’Ehpad à Bitche.

Des salaires peu élevés au vu des responsabilité et des conditions de travail, et un « feuilletonnage des revalorisations qui crée des tensions sociales dans les établissements et les services », souligne le nouveau président de l’Uniopss Daniel Goldberg.

Les fédérations du non-lucratif, qui se mobilisent dans une vingtaine de ville ce mercredi, demandent en conséquence l’extension du Ségur à tous, quelle que soit la structure, et l’application des mesures salariales actées dans la fonction publique pour les professionnels du secteur associatif.

Une revendication à laquelle Jean-Christophe Combe répond partiellement puisqu’il a annoncé mi-septembre le financement d’une revalorisation équivalente à celle de l’augmentation du point d’indice des fonctionnaires survenue en juillet.

Les revalorisations toujours pas financées en totalité

Mais chez les directeurs affiliés Fnaqpa et AD-PA, l’inquiétude règne : pour Guillaume Bertolotti, directeur du pôle gérontologique · GCSMS Grandir et vieillir en pays de Colombey et du sud toulois, « les annonces, c’est super, mais on nous a déjà fait le coup ! »

Les revalorisations salariales Ségur n’ont en effet par été totalement financées, rappelle-t-il. Pour Antoine Renaudin, la différence entre les sommes versées aux salariés et la dotation de l’Etat se monte à 130 000 euros en 2021.

Selon Eric Morgenthaler, il manque 50 000 euros en moyenne à chaque organisme gestionnaire.

Un constat partagé par Marie-Sophie Desaulle, qui compte bien porter l’affaire au contentieux.

Côté domicile, les directions s’interrogent aussi sur le versement des augmentations liées à l’avenant 43. D’après Laëtitia Pillloy, directrice de l’Adapa 54, elles représentent 4 à 5 euros de plus par heure, avec un financement de la CNSA qui se monte à 3,40 euros. Le reste, c’est selon la bonne volonté des départements…

Et l’inflation qui ne faiblit pas

Des difficultés financières auxquelles s’ajoute l’inflation galopante : coût de l’énergie, de l’essence, des denrées alimentaires…

En 2022, la facture d’énergie de l’Ehpad dirigé par Antoine Renaudin a ainsi bondi de 300 000 euros. Pour faire face à tous ces surcoûts, liés à l’intérim, l’inflation, les revalorisations non financées, il a dû puiser dans sa trésorerie, passé de 900 000 euros en décembre 2020 à 50 000 euros cette fin d’année.

« Pour être à l’équilibre, il faudrait que j’augmente le prix de 10 euros par jour et par résident ! », affirme-t-il. Impossible pour cet établissement habilité à l’aide sociale. « Ça devient intenable ».

L’intersyndicale du non-lucratif réclame en conséquence la compensation de la perte du pouvoir d’achat due à l’inflation pour les salariés, mais aussi pour les structures.

« Nous sommes contraints de proposer des budgets en déséquilibre aux ARS, qui nous répondent de faire des plans de retour à l’équilibre. Or le seul levier sur lequel on pourrait jouer, ce sont les salaires, qui comptent pour 80 % de notre coût », fait valoir Marie-Sophie Desaulle.

Réduire les effectifs revenant à dégrader un peu plus les conditions de travail, et donc rendre les recrutements encore plus difficiles. « C’est un cercle vicieux », conclut le président de la Mutualité française, Eric Chenut.

Pour l’intersyndicale comme pour les directeurs, il est urgent d’agir. Pour les structures, les professionnels, et, in fine, les personnes accompagnées qui risquent de se retrouver sans solution.

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