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La Méthodologie de soin Gineste Marescotti : "un merveilleux outil de management", témoignage d'une cadre de santé

L'humanitude : résultats immédiats, difficultés, règles de l'Art


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"L'humanitude" s'est imposée aux "Lavandines" :
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parce que c’est une philosophie partagée par l’ensemble de l’équipe de direction (directrice, psychologue, cadre) et c’est devenu « la philosophie » de l’ensemble de l’établissement ; 
- parce que pour moi elle est  basée sur le respect de l’individu qui reste un être unique capable de choix qui peut rester digne jusqu’au bout. Elle permet de chercher à comprendre pourquoi telle ou telle personne réagit de telle manière. Elle implique de travailler sur les histoires de vie, les habitudes, de personnaliser le soin;
- parce que pour moi c’est un merveilleux outil de management : les soignants  sont centrés sur leur travail et sont dans une dynamique constante de qualité, d’amélioration. Ils peuvent trouver tous les jours des satisfactions auprès du résident  si minimes soient elles, et  sont  valorisés dans leur pratique quotidienne. Le questionnement est permanent, rien n’est jamais acquis, c’est l’école de l’humilité à l’encontre de la toute puissance du pouvoir soignant ;
- parce que la bienveillance est contagieuse et cela rejaillit sur l’équipe, les relations professionnelles sont plus harmonieuses. C’est un formidable moteur de l’esprit d’équipe Cependant rien n’est parfait, et il peut y avoir des moments de « creux de vague », de tensions  mais cela ne dure jamais bien longtemps ;
- parce que les familles se sentent impliquées et partie prenante de la prise en soins de leur parent, elles font partie de l’équipe dans une certaine mesure en nous aidant à mieux comprendre leur parent  et se sentent accompagnées, déculpabilisées, partie prenante.

Les résultats se sont très vite fait ressentir
car le regard même du soignant sur le prendre soin à été modifié
- Tout de suite la formation sur méthodologie a fait réagir chaque soignant individuellement car çà fait écho avec ce qui est la base du métier et ce pourquoi la plus-part des soignants ont voulu le faire  à savoir «  la relation d’aide »  de ce fait chacun  a mis aussitôt en application sur un plan individuel  , le résultat est tellement rapide que les autres soignants prennent exemple  et veulent faire de même  , « puisque ça marche avec ma collègue pourquoi pas moi ».
- Il  ne s’agit plus de faire pour faire, un acte technique, mais de donner du sens à ce que l’on fait et pourquoi /pour qui.
- Les habitudes ont été changées, le report du soin fait que les soignants ont appris à s’adapter : de jour (toilettes, douches ou repas différés) comme de nuit (certains résidents sont couchés par la veilleuse, ne sont pas réveillés la nuit pour être changés), pas de soins  « forcés ».
- Il n’y a plus du tout de contention (ni barrières, ni sangles, ni fauteuils coincés devant les tables).
- Le calme règne dans l’établissement, peu de cris, peu d’agitation, on peut même entendre des rires et des chants (de soignants ou de résidents). Une infirmière intérimaire me disait qu’elle avait été surprise par le calme le matin en arrivant, de ne rien entendre pendant les temps de soins, une autre me disait ressentir le profond respect de la personne. Les seuls  troubles sont souvent le fait d'un nouvel arrivant pour lequel il nous faut un temps d’adaptation et de compréhension.
- En quelques années nous avons vu le nombre de grabataire diminuer considérablement  (actuellement  seulement   6 personnes ne sont pas « verticalisables » sur 92, avant la mise en place de la méthode plus de 35, tout un étage !).
-  L’usage des neuroleptiques a été diminué de plus de 50%. 
-  Nous avons acquis dans la région une certaine réputation et la reconnaissance d’un certain savoir faire( ce qui a pour inconvénient d’avoir une liste d’attente très longue et des demandes de plus en plus importantes pour l’accueil de jour et l’hébergement temporaire : calendrier  déjà complet jusqu’en octobre 2011).
-  Nous travaillons en étroite relation avec les médecins traitants  du secteur, les CLICS, les centres de consultation mémoire,  les  Hôpitaux du secteur qui ont accepté de nous renvoyer rapidement les personnes désorientées afin de ne pas majorer leurs troubles suite à des interventions (même des fractures) pour que la personne retrouve son milieu de vie rassurant.
- Nous travaillons en confiance avec les familles (à quelques exceptions près) qui voient les résultats rapides de la méthode sur leur parent.

Les difficultés rencontrées à la mise en place de la méthode
- Au départ les soignants pensaient qu’ils n’y arriveraient jamais : pas assez de temps, tout le monde ne le fera pas, le regard des autres soignants qui n’avaient pas encore suivi la formation, les familles  qui ne comprenaient pas que l’on reporte un soin
- Il a fallu réorganiser  pour arriver à mettre en place les toilettes évaluatives, les formations, les référents, les ateliers
- Beaucoup d’investissement personnel, de force de persuasion et de conviction car la critique était très facile dès qu’il y avait un échec
- Il a fallu apprendre à tous que l’on ne pouvait pas toujours y arriver du premier coup et qu’il fallait souvent changer d’avis et essayer  de nouvelles approches
- Il a fallu accepter les «baisses de régimes » des agents et être vigilante pour rappeler à l’ordre lors de « dérapages » et là c’est un travail de tous les instants et ce n’est pas toujours facile de dire ce qui ne va pas et de faire comprendre que c’est pour le bien être du résident et pas pour  faire plaisir au cadre ou à la direction
- Les médecins ont eu du mal à accepter ces techniques «  non médicamenteuses »
- Nous avons perdu des agents qui sont partis dans les hôpitaux alentours parce qu’elles étaient formées  (nous ne faisions pas le poids contre les hôpitaux où les ratios en personnels sont supérieurs)
 
Zoom sur les règles de l’art de la méthode
- Le « toc-toc »est généralisé à tous les personnels, intervenants, visiteurs et un poème a été affiché sur la porte pour inviter tout visiteur à le faire.
-  Les préliminaires aux soins sont systématiques.
- Le toucher « tendresse » a été travaillé et les gestes sont plus doux.
- Les toilettes évaluatives sont faites à J2 après l’arrivée d’un nouveau résident avec l’infirmière, la psychologue et une aide soignante, et sont refaite dès que le besoin se fait sentir  s’il faut changer de méthode de manutention ou d’approche.
- Un soignant référent est régulièrement détaché une a plusieurs fois par semaine en renfort pour accompagner ses collègues dans la méthodologie.  
- Il n’y a plus de soins « forcés » mais un report, nous faisons parfois des toilettes  l’après midi ou a un autre moment plus propice 
-  Nous avons multiplié le couchage « en canoë »car avons remarqué qu’il était facilitateur pour des nuits de qualité
- Les techniques de manutentions sont revues régulièrement en ateliers et appliquées par l’ensemble des soignants puisque portées au plans de soins et validées
- Les nouveaux soignants sont pris en charge par les référents
- Les référents se corrigent mutuellement pour être sûr de ne pas perdre les bons gestes
- Pour les repas, nous proposons des collations ou gardons le plateau pour proposer à nouveau ultérieurement en cas de refus, nous avons à disposition certains aliments « faciles » que nous laissons à disposition (bananes, flans, gâteaux de riz, yogourts), il nous arrive de laisser manger les personnes debout   plutôt que de les contraindre à s’assoir, ou les laisser manger avec les doigts plutôt que de passer au « mixé » en systématique
- Le «  cantou » n’a d’intérêt à mes yeux que pour le côté rassurant de la petite structure et la proximité du personnel , je dis souvent qu’il pourrait rester ouvert , cependant les résidents n’y restent pas cloisonnés car ils vont participer à des ateliers , animations , groupes de paroles dans le restant de la structure mélangés aux autres résidents
- Nous avons fait un gros travail autour du sommeil, cela commence par la préparation au coucher , nous avons travaillé sur la qualité des repas du soir facilitateur d’un endormissement rapide , la qualité de l’accompagnement au coucher , le confort avec la méthode « canoë », et surtout aucun résident n’est réveillé s’il dort pour être changé mais est systématiquement accompagné aux toilettes s’il se réveille et l’heure de réveil est noté  et nous analysons le contexte des réveils nocturnes afin de faire des liens, ensuite nous analysons tout cela en équipe pluridisciplinaire et prenons des mesures jusqu’à ce que l’apaisement soit établi
- Les réflexions en équipe pluridisciplinaires sont hebdomadaires afin d’approfondir  telle ou telle situation, de l’analyser et de trouver ensemble des solutions à mettre en place, essayer et évaluer ( on réfléchit mieux à plusieurs)



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Vos réactions

Sabine

14/06/2012 08:06

Humanitude !


Bonjour à tous et à toutes ! Je souhaite réagir sur le concept de l'Humanitude. Il y a quelques années, j'ai eu la chance de suivre cette formation. Si je n'en ai pas vu les bénéfices immédiatement, ils sont apparus très rapidement. Je continue à suivre ces préceptes le mieux possible dans ma vie d'aide soignante de tous les jours.




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