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Réseaux & territoires

Edito : Le 5eme risque n'est plus tabou

Auteur Rédaction

Temps de lecture 4 min

Date de publication 10/06/2020

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Que n’a-t-on pas entendu sur cette demande de nouvelle branche de protection sociale…

Mais vous n’y pensez pas.

La France n’a pas les moyens d’un nouveau risque de protection sociale : son niveau d’endettement l’interdit, ses finances publiques sont sous tension. Les Français n’accepteront pas de nouveaux impôts, des taxes ou une nouveau jour férié mobilisé.

Et de toute façon : même si des crédits étaient mobilisés, les écoles vers les métiers de l’aide et du soin ne remplissent plus, des postes budgétés sont vacants.

Et même quand une loi a ouvert des droits pour l’aide à l’autonomie (loi APA en 2001), les Français, ces ingrats, n’ont pas porté au pouvoir ceux qui l’avaient promulguée.

Et puis si les Français sont attachés à leurs vieux, dans leur famille, ils ne veulent pas voir la vieillesse, le vieillissement et les défis associés à relever. Le vieux de toute façon c’est l’autre, c’est demain, c’est jamais, c’est pas de vague”. Agisme quand tu nous tiens !

Et puis la gouvernance du système est à revoir complètement : tout est fragmenté (jusqu’à 5 solutions pour une aide à la toilette), les réponses sont très différentes d’un territoire à l’autre. Le système est historiquement cloisonné, en silo (sanitaire versus médico-social, médecine hospitalière versus médecine de ville, domicile versus établissement, ARS versus départements, préventif versus curatif, cure/​soin versus care/​prendre soin, approches médicamenteuses versus approches non-médicamenteuses pourtant plébiscitées par 74 % des soignants). Loin d’être uniques, les guichets sont multiples pour informer, orienter : il faut des coordonnateurs de coordonnateurs. Les grilles d’évaluation comme Aggir sont suffisamment solides pour obtenir l’APA, mais pas reconnues par les assurances dépendance…

Des propositions, les pistes de réponses ont pourtant été avancées, année après année, alors que les indicateurs viraient à l’orange puis au rouge vif face à l’évolution démographique, à la montée des besoins, aux tensions sur les citoyens âgés, sur leurs proches aidants, pour financer les services nécessaires, aux manques criants et reconnus de moyens pour une qualité attendue (et toujours pas certifiée alors qu’il s’agit de prestations auprès de personnes fragilisées, vulnérables), la gériatrie, la gérontologie ne sont toujours pas défendues comme des spécialités professionnelles valorisées, les coûts de la non-qualité ne sont pas comptabilisés, ni les coûts liées aux inévitables transitions (voir les pistes de matrices du changement)…

Depuis la loi APA en 2001, puis la création de la CNSA, force est de constater que les rapports et pistes de solutions n’ont pas manqué. Je pense spontanément au rapport de Maurice Bonnet au CESE en 2004,au rapport de la Cours des comptes en 2005 sur le retard français face à son vieillissement, aux travaux du Collectif Une société pour tous les âges” (dont je fais partie) dès 2006, au Plan Solidarité Grand Age en 2008, aux rapports Bachelot sur la mal nommée dépendance en 2011, aux alertes du HCAAM puis de la CNAM sur les coûts de la non-qualité, de la sinistralité (2 milliards d’euros de médicaments, d’hospitalisations, d’arrêts et accident du travail, absentéisme…). Plus récemment après les grèves de 2017, 2018, le Président de la République a annoncé une Loi Grand Age-Autonomie pour 2020 avec la sortie des rapports Libault et El Khomri sur les enjeux des métiers.

Au lendemain des premiers déconfinements liés à la crise sanitaire, alors que les premiers retours d’experience post covid nous éclairent (voir ceux labellisés Humanitude ou ceux d’Outre-Atlantique), nous assistons au retour de ce 5eme risque, de cette 5eme branche de protection sociale dans les amendements proposés pour la question de la CADES (Caisse d’amortissement de la dette sociale, qui repart), dans les travaux du Conseil de la CNSA sur le financement des politiques de l’autonomie, dans une note du think tank Matière Grise, dans les propos du ministre Olivier Véran et ceux du député Thomas Mesnier : Nous venons d’acter en commission spéciale la création d’une cinquième branche « Autonomie » à la sécurité sociale !”

Le Conseil national de la résistance (CNR) avait envisagé qu’un nouveau risque, qu’une nouvelle branche de protection sociale viendrait peut-être un jour compléter ceux qu’il avait mis en œuvre après la guerre, avec la Sécurité sociale que nous envie le monde entier, alors que la France était à genoux.

En 2020, enfin, après des grèves, un virus mortifère, des équipes engagées au point de préparer une nouvelle vague… l’idée d’un 5eme risque autonomie n’est plus tabou. Il y a urgence à débloquer les situations d’aide à l’autonomie tout en associant aussi une refonte de la gouvernance, des métiers, des outils d’évaluation, de la certification qualité des services et établissements (labels) pour rassurer, valoriser les métiers et affirmer que l’on peut vieillir debout malgré tout, jusqu’au bout.

Enfin, vous n’y pensez pas !

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