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Qualité & management

Ulcérés, les professionnels se ressourcent sur le terrain

Auteur Annie De Vivie

Temps de lecture 3 min

Date de publication 28/09/2022

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Les professionnels du grand âge sont à fleur de peau, à vif, offensés, ulcérés.

Sous le feu des projecteurs pendant la crise covid, ils pensaient que le monde d’après” prendrait conscience de l’importance clé des métiers du lien, de la vie face aux défis devant nous. 

Mais les lois d’exception ont fait reculer les travaux éthiques engagés, estime Catherine Ollivet à l’université d’été de l’espace éthique à Nice.

Après le scandale Orpéa, l’été caniculaire et incendiaire a révélé l’urgence de la crise climatique et démographique qui vont aller crescendo, avec toujours les professionnels de l’aide et du soin en première ligne, mais de plus en plus démunis face aux pénuries de personnels.

Malgré les rapports documentés sur l’urgence d’une loi grand âge, face à la crise sans précédent des métiers, le gouvernement a pourtant abandonné cette réforme, cette structuration de la 5eme branche autonomie qu’il a pourtant créée pour relancer le débat sur la fin de vie afin de mourir dans la dignité”.

Et vieillir dans la dignité ? Et travailler à aider à vieillir debout, malgré tout, partout, jusqu’au bout ?

Aux Assises des Ehpad, le ministre Jean-Christophe Combe promettait un PLFSS 2023 en réponse aux urgences : le constat unanime est qu’il est offensant.

Plutôt qu’un baume sur les brûlures du secteur, il ravive les plaies.

Les fédérations professionnelles sont vent debout face aux revalorisations non financées, à l’inflation, aux pénuries de personnel. L’AD-PA et la Fnaqpa, mais aussi huit fédérations non lucratives réunies en intersyndicale mobilisent cette semaine, la Fnadepa le 4 octobre pendant la semaine bleue.

Les associations de personnes âgées, de familles manifestent elles aussi. Elles ont écrit, alerté les élus jusqu’à déposer leurs témoignages édifiants et leurs revendications au pied du ministère. Au coude à coude avec les professionnels plutôt que face à face. Dans l’écoute des réalités, des souffrances mutuelles. En alliance sans outrances au risque d’envenimer les tensions.

Aux Assises de la longévité à Nîmes, le blues des directeurs résonnait terriblement teinté d’un sentiment d’impuissance et d’abandon, même si des initiatives existent dans l’Aisne vers des équipes autonomes embarquées dans le Vaisseau Rêve-évolution II”, dans le groupe MBV qui défend sa philosophie Vitae Clementia® ou à la clinique Pasteur de Toulouse où la RSE n’est pas un vain mot avec des effets directs sur l’attractivité.

Seuls les professionnels de terrain, en première ligne, ont partagé l’énergie du lien au contact des personnes fragilisées. Elles (parce qu’elles n’étaient que des femmes) ont partagé le plaisir de voir les visages se détendre, sourire, des projets petits et grands se déployer, la vie jusqu’au bout de la vie. Elles ont raconté le plaisir d’accueillir et former les nouvelles recrues qui peuvent venir d’univers différents (comme le dispositif Passerelle entre Monoprix et Korian). Elles ont plébiscité le management participatif, la pluridisciplinarité indispensable à un prendre soin de qualité 24 heures sur 24, soutenu par les approches non médicamenteuses, que nous mettrons à nouveau en valeur dans notre 15eme colloque annuel les 8 et 9 novembre prochains à Paris.

Sans angélisme, sans triomphalisme, avec détermination, ces professionnelles défendent leurs métiers. Elles changent, se forment, se réorganisent pour s’aligner sur la vie des personnes aidées. Ces professionnelles vont chercher des ressources face aux risques de dénutrition à domicile, vers les gérontopôles comme celui d’Île-de-France qui déploie le dispositif Assure pour limiter les recours aux urgences, vers les acteurs de la Silver Economie, qu’ils soient publics, associatifs ou privés, qui innovent partout en France.

J’aurai le plaisir d’aller à leur rencontre ce 3 octobre à Troyes, le 6 octobre pour la Journée nationale des aidants, le 7 octobre à l’Ehpad labellisé Les Balcons du Lot à Prayssac pour une rencontre sur l’Humanitude, le 11 octobre à Roubaix au colloque Habiter en Ehpad entraine-t-il une sous-citoyenneté ?”

Parce qu’il en faut de l’engagement pour retrouver des chemins de liberté, rappelle Catherine Ollivet.

Elle compte sur nous.

Et si l’énergie du lien, du prendre soin de la vie debout jusqu’au bout était la source de la Révieuxlution ? Bien évidemment au sein de structures financées…

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